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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 12:38

Après avoir lu Contours du jour qui vient, j’avais très envie de lire L’Intérieur de la nuit de Léonora Miano, publié en 2005, chez Plon. Ce roman a été classé 5ème parmi les meilleurs livres de l’année 2005 par le magazine Lire  et a obtenu deux prix littéraires.

L’histoire se passe dans un pays imaginaire d’Afrique noire. Une jeune femme, Ayané revient au village pour les vacances. Elle a oublié les coutumes et les traditions locales, elle qui a quitté l’Afrique pour faire ses études en Europe. Ses parents, marginalisés par les villageois parce qu’ils ont fait le choix de vivre différemment, sont mis au ban de la communauté. Pourtant, après la disparition du père, la mère est recueillie par les femmes du village qui s’occupent d’elle avec bienveillance. Lorsque Ayané la retrouve, celle-ci est sur son lit de mort. Après le décès, Ayané décide de rentrer en Europe, n’ayant plus rien à faire dans ce pays où elle ne se sent pas la bienvenue. Tandis qu’elle s’apprête à partir, elle entend une armée rebelle arriver au village. Elle se cache donc dans un manguier et assiste à cette rencontre. Les rebelles sont venus au village afin de le soumettre à leur volonté : réhabiliter une Afrique mythique et glorieuse. Les villageois sont sommés de tuer le chef du clan puis de sacrifier un enfant, orphelin : ils le décapitent, le dépècent, le mitonnent et le mangent. Ayané qui regarde la scène ne comprend pas pourquoi le clan s’est soumis à cet acte de barbarie et surtout de cannibalisme, pratique prohibée dans cette région d’Afrique.

Ayané figure l’œil et la pensée du lecteur européen qui ne comprend pas pourquoi les rebelles ont demandé un tel sacrifice et encore moins pourquoi le clan s’est soumis sans discussion.

Dans Les interviews d’Amina, en novembre 2005, Léonora Miano explique comment lui ai venu cette histoire du sacrifice humain par des miliciens : « J'avais vu un reportage sur la cinquième, il y a deux ans, sur les enfants soldats dans l'est du Zaire. On y interrogeait un adolescent de quatorze ans et on lui demandait pourquoi il était devenu enfant soldat. Il racontait qu'un jour des miliciens étaient arrivés dans son village. On avait tué son petit frère, on avait obligé la population à le manger et il avait la rage. Une question m'a obsédée : pourquoi les gens ont-ils accepté de manger cet enfant ? Je voulais comprendre les mécanismes mentaux qui expliquent comment on peut commettre un acte aussi horrible. Pourquoi on l'accepte et comment on vit avec... ». Ce sont ces questions que se posent Ayané. Mais un autre personnage se rebelle également : Inoni ne supporte pas que son mari ait massacré l’enfant : elle se révolte en le tuant à son tour puis se suicide. L’auteur décrit la vie en Afrique avec réalisme : elle est camerounaise, a fait des études d’anthropologie, s’intéresse aux mœurs et coutumes du continent. Son roman montre donc comment la vie dans de petits villages reclus oblige à vivre en clan, à ne pas se démarquer des autres. Inoni n’a donc pu rien dire lorsqu’on a tué l’enfant, mais le poids de la culpabilité est trop fort pour continuer de vivre comme autrefois.

Après le meutre d'Eyia, Ayané se trouve confrontée à un choix : rejeter son peuple et rentrer en Europe, s’en moquer et apprendre à vivre avec cette réalité ou bien apprendre à comprendre les siens. Le roman s’achève sur cette question. On ne connaîtra pas la décision de la jeune femme.

Mais ce roman ne raconte pas seulement ce sacrifice humain et l’acceptation de la perversion, il développe également différents thèmes sur la virginité des femmes, la famille, les traditions, les guerres civiles… C’est un roman bien écrit, froid, intelligent et qui ose poser des questions qui dérangent. Léonora Miano a le courage de dépeindre une réalité cruelle, de remettre en cause des pratiques ancestrales et de lever des tabous.

Publié dans : Pas mal...
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