Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Pierre Jourde est un auteur atypique dans le paysage littéraire français. D’abord parce que c’est un auteur engagé qui n’a pas froid aux yeux : en 2002, il publie
C’est à Fontenay-sous-Bois, hier soir, que j’ai rencontré Pierre Jourde à la Maison du citoyen, invité pour présenter son œuvre et donner son point de vue sur l’actualité littéraire.
Deux tendances complémentaires : la loufoquerie et la mélancolie
En septembre dernier, Pierre Jourde a publié L’Heure et l’ombre (L’Esprit des péninsules). Il a expliqué comment lui venait en général l’inspiration, les premières idées d’un roman : il perçoit un tableau. Pour ce roman, s’est dessiné dans son esprit un enfant, devant une maison, attiré par la famille voisine. Le garçon est fasciné par ce spectacle et croit qu’il y a un lieu idéal juste à côté de lui. Toute sa vie, il va tenter de pénétrer dans ce lieu. Le narrateur réalise finalement que sa vision de l’enfance n’est qu’une construction de l’imaginaire.
Mais, si Pierre Jourde aime écrire des romans mélancoliques, il aime également le loufoque au point d’avoir organisé un colloque sur l’Incongru dans la littérature et l’art (dont les actes sont publiés chez Kime), et écrit divers textes loufoques comme Petits chaperons dans le rouge ou L’œuvre du propriétaire (Archange Minotaure). Il s’agit d’une fausse édition critique d’un faux recueil de textes d’un écrivain fictif. Ce livre serait, à la manière des éditions savantes, empli de notes explicatives et érudites. Comme l’écrivain de son roman, Pierre Jourde a composé les poèmes en deux minutes trente. Il nous confie qu’il est persuadé que l’on ne ferait pas la différence entre ces poèmes bâclés et ceux publiés dans des revues spécialisées. On reconnaît bien là son esprit sarcastique !
Le réel et la fiction
Pierre Jourde estime que l’écriture de roman consiste à serrer au plus près le réel et que, pour y parvenir, il faut introduire du silence et de l’insignifiance. « L’écrivain doit donc lutter contre la posture oratoire sans tomber dans l’ennui ». Ainsi, Kafka serait le seul à être parvenu à représenter l’insignifiance bureaucratie de la vie dans son œuvre.
D’ailleurs, la littérature ne consiste pas, comme voudrait le faire croire les auteurs d’autofiction, à traduire ce qui serait dans le réel parce que la vie elle-même est engluée de mythes, d’images, de croyances… La littérature doit essayer d’y voir clair dans ce malentendu et ces simagrées, « elle doit chercher la vérité car dans le réel, cela n’est pas possible ». Les rêves aussi peuvent nous permettre d’atteindre le vrai. En effet, grâce à eux, on peut communiquer avec soi et le monde. L’œuvre de Nerval en est un exemple : il est parvenu, grâce au rêve, à dire le réel.
Contrairement à l’essai, le roman, paradoxalement, incarne le réel. En effet, l’essai se consacre aux généralités, théorise des principes alors que la littérature raconte une expérience et « les personnages sont souvent chargés d’émettre, de formuler des hypothèses sans conclure ».
Le rôle des journalistes littéraires
Pierre Jourde goûte peu la presse en général et la presse littéraire en particulier. Il y a quinze jours, il participait au débat sur les artistes face à la critique dans l’émission de Taddéï. Il avait notamment raconté comment le Monde des Livres se peopolise en demandant à Wayergens de prendre en photo sa mère pour illustrer son roman. Ce soir, il poursuit ses attaques en affirmant que bien souvent, les journalistes ne lisent pas les livres qu’ils critiquent ou font des articles de complaisance. Ils se contentent de reprendre ce qui a déjà été écrit ou dit sur les auteurs ou leurs publications, sans vérifier le bien-fondé de leurs informations.
Pierre Jourde reproche surtout aux journalistes de déformer la réalité, de la fabriquer puis de la diffuser comme un fait réel. Selon lui, ces derniers substituent un langage préfabriqué et imposent dès lors une vision du monde stéréotypé.
Les Bienveillantes
Pierre Jourde a lu Les Bienveillantes de Jonathan Littell mais se demande combien de personnes, sur les
D’autre part, Jourde montre que les journalistes ont raconté n’importe quoi sur ce roman : il ne s’agit pas d’un roman sur les horreurs de la guerre puisque celles-ci se résument à quelques pages, mais sur la bureaucratie nazie. Je ne vous cache pas que ces propos émis publiquement et établissant la vérité sur ce livre m’ont ravie !
Le défaut de Littell, selon Jourde, a été d’introduire des scènes fantasmatiques ou incongrues. Par exemple, l’auteur perd toute crédibilité lorsqu’à la fin du roman Max Aue tord le nez de Hitler.
En guise de conclusion, Pierre Jourde a affirmé que la littérature française contemporaine est riche et comptait notamment Richard Millet ou Antoine Volodine. Dans un mois seront publiés deux essais : Présence de Jaccottet (Kime) et Le Feu aux banlieues (Gallimad). J'aurais l'occasion de vous en reparler prochainement.
Fin de soirée
Pierre Jourde est non seulement un auteur talentueux mais c'est aussi un homme ouvert et accessible. A la fin de la rencontre, un repas était organisé à la Maison du citoyen. Il est resté avec nous dîner, en toute simplicité et nous a raconté quelques anecdotes dans une ambiance conviviale.
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