Je viens d’évoquer le dossier de Télérama dans lequel les candidats étaient appelés à s’exprimer sur la culture. Dans un des commentaires, je m’étais moquée de Ségolène Royal qui a non seulement demandé un délai de quelques jours pour réfléchir à ses goûts en matière de culture – parce qu’à ce moment-là, on la prenait à l’improviste – mais en plus, a renvoyé un fax pour déclarer qu’elle «ne déteste aucun livre et aime tous les films français ». Je me marre. Bravo les conseillers ! Mettre plusieurs jours pour souffler une idée pareille ! Ca donne aussi une piètre idée des intérêts de notre candidate pour la culture.
Mais il y a mieux, parce que celui-ci a des très bons conseillers : Nicolas Sarkozy. Le candidat UMP quant à lui a aimé Les Bienveillantes, qu’il a bien sûr lu d’un bout à l’autre. Quand l’équipe de journalistes tique, Sarko bondit et tire de son sac de voyage le bouquin. Je m’inquiète du degré de mégalomanie de notre pauvre candidat prêt à tout pour nous faire croire qu’il connaît et aime les « vraies valeurs ». Pourquoi a t-il dans son sac de voyage un pavé de 900 pages et de plusieurs kilos, s’il l’a déjà lu ? Non pas parce qu’il préparait la venue des journalistes et qu’il voulait avoir le livre sous la main. Sans doute pour relire ce « chef d’œuvre ». En effet, en octobre dernier, il était invité chez FOG sur France 5. A la fin de l’émission, auteurs comme invité politique doivent conseiller un livre. A l’époque déjà, Nicolas Sarkozy avait brandi Les Bienveillantes ! C’est plus de l’amour…
A agir ainsi, les politiques perdent tout crédit. Littell a obtenu le Goncourt, a reçu les éloges de la majorité des critiques littéraires, il a donc un certain aura en France. Mais le citer à chaque entretien culturel, c’est prendre les citoyens, attentifs, pour des autistes.
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