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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /Mars /2007 18:43

Vendredi dernier, j’ai rencontré et interviewé avec Joseph Vebret, Jérôme Garcin pour le Magazine des livres. L’animateur du Masque et la plume vient de publier un roman aux éditions Gallimard, Les Sœurs de Prague qui aborde différents thèmes sur le milieu artistique comme l’agent littéraire, la relation entre éditeur et auteur, les raisons d’un succès, celles qui poussent à écrire…


Dans Les Sœurs de Prague, le narrateur est un auteur cynique, antipathique, quelque peu répugnant dans ses manières de considérer son rapport à l’écriture. Le roman commence quand Klara Gottwald, agent artistique, le contacte pour collaborer avec lui. En effet, celle-ci, mise au courant de son succès éditorial qu’a été Tête brûlée, a souhaité le rencontrer et lui proposer ses services. En réalité, on comprend très vite que cette femme est une manipulatrice qui sait très bien repérer les artistiques capables de remporter un succès commercial. C’est son job, et selon Jérôme Garcin, c’est une très bonne professionnelle.


Mais, le narrateur est bien plus antipathique encore. Il ne vise que le succès. Il n’écrit pas parce qu’il éprouve une nécessité viscérale à le faire mais parce qu’il espère se retrouver en tête de gondole, obtenir une reconnaissance sociale et voir son livre adapté au cinéma. Ce qui le motive n’est donc pas le plaisir d’écrire. Il écrit pour de mauvaises raisons et finalement, son roman n’avance guère. Alors que le fait d’avoir recours à un agent aurait dû lui permettre de travailler sereinement sans se soucier de la paperasserie, des problèmes financiers, il commence à se disperser. Il abandonne son poste de critique de cinéma à la radio, il flâne, assiste, en spectateur aux intrigues des sœurs Kottwald. Il se détache complètement de sa vie : sa compagne le quitte parce qu’elle souffre de son indifférence, elle a tenté de le mettre en garde contre les risques d’avoir un agent et surtout n’a pas supporté qu’il se plie à tous les exigences de Klara. Elle a compris qu’il n’écrirait pas son roman parce qu’il s’égare, se perd dans des considérations qui n’ont pas de rapport avec ses recherches littéraires. De même, alors qu’il entretenait de bonnes relations avec son éditeur, quand il lui annonce qu’il a un agent, ce dernier est déçu et estime qu’il se prend pour un « grandécrivain, mais [n’a] pas les épaules assez solides ». Il perçoit que son auteur est plus attaché à son succès, à son statut d’écrivain plutôt qu’à sa fonction, sa raison d’être et finit par lui dire « tu ferais mieux d’écrire ».


Malgré ces différentes disputes et crises avec son éditeur et sa compagne, le narrateur poursuit son objectif, quitte à être abandonné de tous. Et finalement quand Klara est calomniée, que le scandale éclabousse son agence et qu’elle est obligée de s’exiler en Suisse, il cesse d’écrire et déclare : « la littérature est pour moi une époque révolue. J’y ai consigné mes regrets, mes remords, ma fierté, mes jouets d’enfant, une collection de timbres, des photos en noir et blanc, la valise est pleine, je l’oublie au grenier ». Quand Klara ne peut lui promettre la gloire espérée, il n’a plus le goût de l’écriture tout simplement parce que cette activité n’était qu’un rêve d’enfant, alimenté par des ambitions bassement matérielles, aussi le premier obstacle a mis fin à ses projets vaniteux.


 

Les exemples, selon Jérôme Garcin, sont nombreux en littérature, d’auteurs qui ont connu un succès éditorial, grâce à un malentendu (il donne d’ailleurs l’exemple de Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?), et qui ensuite cessent d’écrire parce qu’ils étaient motivés par de mauvaises raisons. Qu’en pensez-vous ? Connaissez-vous des exemples ?

Publié dans : La littérature en question
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Commentaires

Préférer le statut à la fonction.
Je ne sais pas si cette idée est de Garcin ou de toi, mais elle est criante de vérité, en tous les cas.
Je ne me lancerai sans doute pas dans une tentative exhaustive de débusquer tous les écrivants actuels qui jouent la même carte que le pauvre personnage de Garcin (d'abord parce que ce serait complètement vain, ensuite parce que je risquerais de me planter sur certains, enfin parce que, bon... espérer atteindre l'exhaustivité  en ce domaine confinerait à la bonne vieille chimère), mais je te remercie (vous remercie, Garcin et toi ?) de cet éclairage.
Commentaire n°1 posté par Franswa le 07/03/2007 à 22h34
Pas d'exemple à donner, bienqu'il doit en exister beaucoup... Ce personnage anthipathique ne me donne pas vraiment envie de lire le livre. A voir....
Commentaire n°2 posté par Gambadou le 08/03/2007 à 09h28
Jerôme Garcin est un écrivain que je connais car nous aimons les chevaux ..et j'avais bien aimé  Bartabas et Cavalier seul. J'ai apprécié aussi Théatre intime qui est une belle rencontre racontée avec des mots très beaux..pour moi c'est aussi une belle écriture. ..pour ce nouveau personnage je n'ai pas assez de recul car je n'ai pas encore lu le livre..mais bon c'est certain que le problème doit exister.
Commentaire n°3 posté par beatrix delarue le 08/03/2007 à 20h54

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