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Mercredi 9 mai 2007 3 09 /05 /Mai /2007 19:26

    Pierre Belfond

 © ¨Norbert Lébely 

Le 11 avril dernier, l’éditeur Pierre Belfond, désormais retraité, était l’invité de Frédéric Taddéï sur Europe 1, dans son émission très hétéroclite, Regarde les hommes changer. L’animateur était curieux de savoir si les éditeurs publient vraiment des romans arrivés par la poste, si c’est une démarche « rentable ». Belfond a alors raconté une anecdote : l’éditeur Jean-Jacques Pauvert se serait un jour vanté de ne jamais ouvrir un ouvrage arrivé par la poste, pas plus que son équipe, mais de le « mettre directement à la cave ». En effet, il avait remarqué que ces manuscrits publiables ne représentaient qu’un livre sur mille. Les lire était donc une « perte de temps », il préférait passer à côté de ces auteurs, persuadé que d’autres les publieraient. Cette démarche si surprenante soit-elle, est monnaie courante dans les maisons d’édition. En effet, en octobre dernier, Le Magazine des livres avait fait une enquête sur ces « deux millions d’écrivains » qui cherchent à être publiés. Frédéric Ploton avait fait le même constat : à peine 0.1% des manuscrits envoyés par la poste se métamorphoseront en livres brochés. Les éditeurs se lamentent : Joëlle Losfeld réclame que les auteurs regardent plus attentivement les catalogues des maisons avant de s’adresser à elles, Anne Carrière, qui au contraire accepte de nombreux textes arrivés par la poste, observe que les gens ont besoin de se confier, de raconter leurs malheurs sans se préoccuper ni de la forme ni de la structure de leur ouvrage ; et de façon unanime, les éditeurs déplorent la « mauvaise qualité de l’orthographe, syntaxe, vocabulaire, tournures de phrases » (MdesL).

 

Si la démarche de Pauvert était radicale, les autres éditeurs déclarent pour la plupart lire les manuscrits ou confier la lecture à des stagiaires ou personnel compétent. Pourtant, nombreux ont été les éditeurs à se faire piéger par des esprits malins qui ont voulu leur jouer des tours et remettre ainsi en cause leur bonne foi. Ainsi, Pierre Belfond raconte à Taddéï que l’animatrice radio Anne Gaillard a fait un coup pour sa dernière émission littéraire. Elle a envoyé à vingt éditeurs deux ouvrages dactylographiés en changeant l’identité des auteurs : un texte de Victor Hugo et un autre de Jean-Louis Bory (publié justement chez Belfond). Tous les éditeurs hormis Denoël, qui avait reconnu le texte de Hugo, ont refusé les deux manuscrits, y compris Belfond. L’expérience n’est bien sûr pas unique et prouve que la démarche de Pauvert fait légion dans le milieu.

 

Aussi est-on en mesure de nous interroger. C’est un fait, il y a trop de livres qui ne seront jamais lus et qui partiront trop vite au pilon faute de lecteurs. Et pourtant combien de livres si « inutiles » ? Combien de biographies, sur un même sujet, reprenant les mêmes informations ? Combien de romans préfabriqués, fondus dans un même moule ?

 

Néanmoins, en écoutant Belfond fustiger les prix littéraires ne revenant qu’aux mêmes éditeurs et attirant ainsi à eux tous les auteurs de qualité, je comprends mieux le point de vue des uns et des autres. Les éditeurs tentent d’attirer à eux évidemment de grands auteurs, ce qui est légitime, ainsi que des noms vendeurs. Et les auteurs, même novices, veulent être publiés chez ces grands éditeurs, persuadés qu’ils auront une meilleure visibilité. Dominique Gaultier, du Dilettante, rappelle que pour qu’un livre se vende, la publicité ne sert à rien, il faut faire fonctionner le bouche-à-oreille. Anne Carrière également souligne le fait qu’un auteur attend tout de la publication de son livre et espère que cela va lui changer la vie alors que bien souvent, il ne se passe rien : la presse reste muette, les ventes n’ont pas lieu. Finalement, le plus difficile n’est peut-être pas de trouver un éditeur, à condition bien sûr de s’adresser au bon, mais de trouver son lectorat. 

Publié dans : Editeurs
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