Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Nous avions bien ri, l’an passé des mésaventures de Calixte Beyala qui avait été déboutée de sa plainte contre Michel Drucker. L’animateur télé
lui avait promis, sans faire un contrat écrit, la somme de 200 000 euros (vous ne rêvez pas…) pour écrire les réponses que seraient censées faire Drucker à Régis Debray dans un livre d’entretien
qui aurait dû paraître chez Albin Michel. Et puis, la situation entre eux tournant au vinaigre, le livre ne devant plus se publier, Drucker a décidé de ne rien donné au ghostwriter.
La situation était piquante : aucune morale dans cette affaire. Un people confie à sa maîtresse un livre à écrire pour une somme exubérante, somme qu'il se gardera bien de donner. Elle, pour se venger d'une relation amoureuse ratée n'hésitera pas à confier leur histoire dans L’Homme qui m’offrait le ciel…
Nous croyions que l’affaire s’arrêterait à ce procès désastreux où Calixte Beyala a été condamnée à verser un euro pour procédure abusive. Mais, celle-ci a finalement obtenu gain de cause. La cour d'appel lui a donné raison : celle-ci a bien « œuvré à la composition du manuscrit », en précisant que, si elle n'a pas signé de contrat écrit, c'est parce qu'elle se trouvait « dans l'impossibilité morale » de le faire ayant une « relation intime établie depuis plus de deux années » avec Drucker.
Hélas, ce n’est pas 200 000 euros que l’auteur a obtenu mais… 40 000… Je sais, je sais… la plupart des auteurs aimeraient toucher une telle somme pour rédiger une douzaine de réponses. Mais je me permettrais de rappeler à ces gourmands que pour gagner un tel pactole il faut accepter d’être le nègre d’un people… Sinon, au mieux pour un à-valoir dans une maison d’édition prestigieuse, si l’on n’est personne, c’est-à-dire un auteur de talent sans renom, on peut espérer au mieux 3 000 euros. Et estimez-vous heureux qu’on ne vous réclame pas d’argent pour publier votre livre invendable !
Eh oui… c’est bien cela le fond du problème de ces nègres et de ces plagiats… Au moment où l’affaire PPDA défraie la chronique, on se rend compte que l’édition ne vit que de coups et de tricheries. Le boulot d’éditeur cherchant à faire découvrir des textes de qualité ou celui d’auteurs désireux d’atteindre une perfection littéraire ou intellectuelle ne rapportent pas un radis. Combien croyez-vous que Peter Griffin, auteur aujourd’hui décédé et biographe d’Ernest Hemingway a touché d’à-valoir ? Parce que Patrick Poivre d’Arvor, lui a certainement dû empocher une somme pharaonique pour ce livre plagié et écrit très certainement par un autre - Bernard Marck.
Mais ils sont très forts ces auteurs qui n’écrivent pas leur livre et espèrent s’en tirer à bon compte. Drucker a déclaré dans France soir : « Mme Beyala a obtenu à peu près la somme que nous proposions au départ. Tout ça pour ça ! Elle a demandé plus de 200.000 € alors que, je tiens à le préciser, il s'agit de la réécriture de 60 pages, au sein d'un livre qui n'a jamais vu le jour ». On se demande pourquoi il n’a pas écrit ces 60 pages lui-même… Quant à PPDA qui n’a pas eu l’honnêteté intellectuelle d’avouer son plagiat, il s’est empressé de mettre en cause son éditrice puis a demandé à son nègre d’intervenir dans Le Parisien pour expliquer ses pratiques douteuses consistant à recopier les textes des uns et des autres sans penser toujours à mettre des guillemets. Il est fort ce Patrick : il a raison, on ne peut pas l’accuser de quelque chose qu’il n’a pas fait. Parce que pour plagier un livre encore faut-il l’avoir écrit !
Oui, ces deux hommes, Drucker et PPDA ont du talent : quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, ils auront toujours le public avec eux et surtout le réseau. Nombreux sont ceux qui seront toujours prêts à les défendre, endosser leurs erreurs, travailler corps et âme pour eux...
Je lis régulièrement vos posts et je vous en remercie. C’est vraiment passionnant ! Je sors pour une fois de mon silence pour vous faire part de ma lecture de Folle Alliée par Emma Psyché, un roman sombre sur la deuxième guerre mondiale et la déportation des homosexuels.
J’ai été très étonné de cette lecture bouleversante, je n’ai pas lâché le livre avant de l’avoir fini et je l’ai, depuis, relu avec plaisir.
Connaissez-vous cette auteur ? Ce roman ? J’aimerais connaître votre avis, c’est important pour moi de partager cette vive émotion et de savoir ce que quelqu’un d’important pour moi comme vous l’êtes peut en penser.
Je ne sais si vous trouverez un exemplaire quelque part en librairie, il date de 2003. J’ai vu qu’il s’en vendait d’occasion sur amazon.fr - cependant j’ai acheté le mien sur ebay.fr tout bêtement, à l’auteur qui dédicace d’ailleurs les exemplaires vendus (moins chers en plus !)
Merci
AAron
Génial ! Le titre, la photo, c'est une invitation au rire
Bravo !!!!!
Ce billet avait tellement bien commencé par un empreint à l'anglais du "Ghostwritter" qui est tellement moins laid que "nègre". Il y avait aussi le "hombre littéraire" des québécquois en stock, mais non... le "nègre" revient inlassablement :-(
Je sais, l'intégrité de la langue française qui a une histoire et qui se doit de s'affranchir des susceptibilités culturelles de tout un chacun. Mais tout de même... jogging, management, coaching, networking, sandwich, mailling-list, marketing, brainstorming, consulting, flyers, teeshirt....
Bonjour Anne-Sophie,
Cela fait bien longtemps que je ne suis pas intervenu sur ton blog, mais je repasse toujours avec plaisir dans ton antre.
Au-delà de cette polémique et les dessous de cette histoire de sous, j'aimerai exprimer à haute voix, une gêne. Ce terme de nègre utilisé dans le domaine de l'édition me pose problème. Ce concept qui renvoie à l'idée d'une personne qui fait le travail d'un autre m'embarasse. Il renvoie à la condition du nègre sous l'esclavage, qui a défaut d'être rémunéré était nourri par son maître, mais faisait le travail de ce dernier et contribuait à la fortune de ce dernier.
Ce qui fait sourire ici, c'est que le nègre est une négresse. Ce qui accentue à mon niveau la gêne à la lecture de ce billet au demeurant excellent. Et si on banissait les nègres du système de l'édition?
Je suis d'accord, ce terme est très laid et suis souvent gênée d'en parler moi-même devant une personne noire. Mais pour moi, ce terme est polysémique et hélas, si j'emploie un autre terme, il n'est pas compris par tout le monde... Mais tu as raison, à force eut-être d'employer un autre terme comme "ghost writer", on finirait par ne plus employer ce terme si évocateur et certainement très douloureux pour certains...
oui, oui, oui, lynchons la polysémie. c'est tellement post-moderne.
l'art ghostwriter , ça aurait de la gueule. une tête d'ombre littéraire, humm, alléchant.
et les négresses vertes ...brûlons leurs disques.
ludo
Le plus triste dans tout cela, c'est que ces personnes sont sensées représenter une élite intellectuelle qui devrait donner l'exemple...
Pendant ce temps-là, les petits auteurs comme moi se battent pour se faire connaître !
Battez votre coulpe.
Nègre ou négresse, cela ne vous empêche pas de confondre Debré et Debray.
M. Régis DEBRAY ne doit pas voir son nom écorché, même si votre ire contre ces tristes sires Drücker et PPDA vous aveugle.
Oh merci mon cher Forges44 de voler au secours de Drucker et PPDA qui ont bien besoin de votre soutien ! J'ai corrigé ma coquille dans les deux articles concernant votre idole.
Bien à vous,
(les commentateurs sont des gens parfois étranges…)
Je me souviens pourtant de ce livre de PPDA les enfants de l'aube que j'avais trouvé très beau… (y'a longtemps longtemps). Pour moi, c'était un vrai auteur à cause de ce livre - mais je n'ai lu que celui-là. Celui-là aussi écrit par un (une) autre ?
Plagiat - un métier succulent ; mais où est allée chercher Gavalda sa Consolante qui ne concole nullement sur cette triste manie d'élogier la panne de talent ? Annoncer au tambour le plagiat qui va venir par des chiffres à six unités et cinq zéros, merci les escrocs ! Avons-nous encore un roman ?
Bingo ! Gavalda aurait radiographié le profil d'un manuscrit proposé par un auteur (qui ?) à son éditeur. Le manuscrit a été refusé (of course...) mais il a peut-être servi à guider le poignet de l'écri-vaine en panne d'inspi. Loin de consoler, son roman brille par son indigestion et son écriture disloquée, visiblement une tentative malheureuse de reproduire l'ambiance du...qui sait ? Bref, un coup de bistouri brillament raté.
Merci pour vos messages. Je vous cite sur http://lefenetrou.blogspot.com
Je reviendrai.