Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
Il y a quelques jours, Ph.J. m’interpellait ici pour défendre
Virginie Despentes, affirmant que « Baise-moi est une merveille de style, qui enfonce tout ce qui a été publié en France ces trente dernières
années. » Vous avez bien lu : le meilleur roman français de ces trente dernières années. Pourtant, je viens de lire une petite « merveille de style » qui devrait sans doute
aucun, remettre en cause ces propos catégoriques. Bien sûr, on me rétorquera que je triche, je propose un roman dans une veine bien classique. C’est vrai, sous la plume de Romain Verger, on retrouve Flaubert, Rimbaud, Alain-Fournier, Michaux…
Souvenez-vous, Grande Ourse est un roman qui m’avait émerveillé… Sa beauté stylistique, son univers organique m’avaient envoûtée… Avec Forêts noires (Quidam Éditeur), Romain Verger poursuit l’exploration de l’inconscient, des rêves et des traumatismes de l’enfance.
Parce qu’on pourrait me rétorquer que le monde de Romain Verger est archaïque, très loin de notre époque, je vous invite à ouvrir son livre et pénétrer dans ses forêts noires, pleines de génies malins et de démons… Vous serez surpris d’entrer en contact avec vos propres émotions, vos sentiments les plus secrets. Comme dans Grande Ourse, les besoins primaires dominent : la faim, la soif, la survie…
Le narrateur est un scientifique envoyé en mission au Japon pour étudier la forêt d’Aokigahara Jukai. Ce départ marque une rupture avec sa vie routinière et solitaire, auprès d’une mère malade et impotente. Au Japon, il côtoie les villageois, dont Shintaro qui le mène dans la forêt diabolique :
« Entre deux lacets, le Fuji-Yama émergeait de la couverture végétale telle un dragon, crachait sa brume dans le soleil levant pour en baigner la forêt. Cà et là, de part et d’autre de la route, de longs rubans noués aux branches s’enfonçaient parmi les troncs ; uniques traces de fréquentations passées. Voilà deux heures peut-être que nous marchions lorsque Shintaro m’entraîna parmi les arbres. Aussitôt nous passâmes du jour à la nuit quasi totale. Pas une once de ciel ne perçait le manteau végétal. Au fur et à mesure, les bois se resserraient, d’une exubérante malignité : pins noirs et bambous tressés autour d’énormes troncs tordus pétris de rhumatismes. »
Dans cette forêt maudite où des promeneurs y meurent mystérieusement chaque année, le narrateur voit ressurgir ses souvenirs d’enfance en Sologne, des souvenirs traumatisants d’écolier violenté par un camarade, effrayant mais séduisant, Vlad. Les peurs renaissent et des épisodes bien enfouis dans l’inconscient apparaissent sous ses yeux comme cette partie de chasse où les deux garçons, après avoir tué un cerf, boivent ensemble, son sang. Vlad n’est pas le seul revenant qui vient hanter le narrateur : les différents membres de la famille font aussi partie des cauchemars. Toutefois, Vlad exerce une influence sans pareille sur le narrateur qui accepte, fasciné, de participer aux rites de son ami. Son charisme, l’envoûtement qu’il exerce sur ses camarades n’est pas sans rappeler Meaulnes. Les correspondances avec le roman d’Alain-Fournier sont nombreuses : la jeunesse, la forêt merveilleuse, l’évasion et la liberté.
Les pulsions de vie et de mort sont au cœur de ce récit puissant, étrange et poétique. Je n’ai pas regretté ce voyage angoissant à travers mes Forêts noires. Me suivrez-vous ?
Le site de Romain Verger
Le point de vue de La Taverne du Doge Loredan, Bartleby les yeux ouverts.
J'apprécie beaucoup ton intro, remplit d'intelligence et de bon sens ;-) Avec ce billet tu aiguise bien ma curiosité car j'ai une admiration pour Flaubert et Alain-Fournier , ce livre devrait m'intéressé je le note en tout cas
Je n'ai jamais fréquenté les livres de Romain Verger. Evidemment, raconté comme ça, avec l'enthousiasme et les mots choisis, tu me donnes sacrément envie de plonger sous les épines de sa forêt. Noirs, aveuglants ou propres à faire surgir des éclats de l'enfance, ses arbres ont l'écorce poétique : le petit extrait me plaît.
Quant à l'affirmation de Ph.J., je la passe à la moulinette. Chaque lecteur trouve lui-même son "meilleur roman français des trente dernières années". Tout ici n'est qu'émotion et subjectivité : l'absolu n'a pas sa place dans le plaisir pris à la lecture d'une oeuvre. Ou alors à s'engouffrer sur la voie du totalitarisme des "bons goûts", ravageur et délicatement puéril... Je soutiens ton choix. Et pourquoi donc "s'aventurer sur une veine bien classique" relèverait-il de la "tricherie" ?... Il ne manquerait plus que ça...
Je suis en train de lire Apocalypse bébé , cela ne m'étonne pas qu'elle soit aimée par les hommes, elle a d'ailleurs été saluée par le prix Virilo, sa scène de partouze lesbienne est assez hard , on lit ce qu'on est , je vais essayer de lire Romain Verger
Moi je veux bien te suivre et découvrir Romain Verger, même si j'aime les romans de Virginie Despentes, et même si j'ai un très mauvais souvenir de lecture scolaire du Grand Meaulnes d'Alain Fournier..... ;-)
Bonjour, cet écrivain m'intrigue et la manière dont vous en parlez me donne envie de le découvrir. Votre blog, je suis venue souvent y faire un tour et j'ai décidé de m'inscrire à votre newsletter ! J'écris et mon entourage touvent mes histoires originales. Je pense qu'ils sont influencés par l'affection qu'ils me témoignent ! Écrire me procure du plaisir ! Comme je suis une lectrice assidue, c'est un peu les yin et le yan pour mon harmonie ! Si vous en avez le temps venez faire une petite promenade dans mon univers ! Je n'ai aucune prétention, juste partager un même plaisir les lettres !
à bientôt Amicalement Patricia