Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Ces dernières semaines, le thème des nègres
littéraires revient sur le devant de la scène. Il y a d’abord la sortie de ces films – L’autre Dumas et Ghost writer – et puis cette polémique autour du livre d’Olivier de
Kersauson, Océan’s Songs (Le Cherche Midi éditeur).
Ce récit est sorti à l’automne 2008 et fut un véritable best-seller. Kersauson n’en est pas à son premier
livre : depuis plus de vingt ans, il a signé des mémoires, témoignages et autres récits de mer. Dans l’esprit des gens, Kersauson, en plus de voyager à travers le monde, faire rire à la
radio chez Bouvard ou Ruquier, trouve le temps de prendre sa plume pour narrer ses nombreuses aventures… Mais voilà que depuis un peu plus d’une semaine, la vérité a explosé dans les journaux : Olivier de Kersauson n’a pas écrit une ligne d’Océan’s songs, pire, son
nègre, Jean-Louis Touzet a porté plainte contre son éditeur.
L’affaire n’est pas si simple et pour la comprendre, revenons d’abord sur les faits. Pour écrire son récit,
Olivier de Kersauson a fait appel à un journaliste, Jean-Louis Touzet. Tout semble conforme à ce genre de situation : le « nègre » signe un contrat prévoyant un à valoir de 10 000
euros et un pourcentage de 2% sur les droits d’auteur. Le contrat est des plus classiques. La collaboration entre les deux hommes commence alors jusqu’au moment où Jean-Louis Touzet transmet le
manuscrit à l’éditeur qui estime le résultat tellement mauvais qu’il décide d’embaucher un autre nègre et de revoir le contrat à la baisse : 10 000 euros pour le nègre et pas un centime de
plus… La situation est surprenante car il n’est pas rare qu’un éditeur fasse retravailler un auteur jusqu’à obtenir satisfaction ou bien demande à ce qu'il soit réécrit en interne. Mais puisqu’il
s’agit d’un livre qui promet d’être un coup éditorial, Le Cherche Midi préfère trouver un meilleur nègre. Pourtant, lorsque Océan's songs paraît, Jean-Louis Touzet a la mauvaise surprise
de découvrir – du moins c’est ce qu’il prétend – que celui-ci est fort proche du manuscrit qu’il avait rendu à l’éditeur… Au vu des ventes, le journaliste estime avoir droit à sa part du gâteau.
Selon lui, il aurait pu toucher près de 100 000 euros sur les droits d’auteur perçus par Kersauson. Un avocat se charge de cette affaire…
Toutefois, ce n’est pas la première fois qu’un scandale éclate entre éditeur et nègre littéraire. Au début des
années 1990, Anne Bragance avait été contactée par Olivier Orban pour écrire, en collaboration avec Michel de Grèce, La Nuit du Sérail. Sans bien connaître ses droits
ni les enjeux financiers d’un tel accord, l’auteur a signé un contrat « à l’américaine », c’est-à-dire un forfait sans droit d’auteur sur les ventes. Bien sûr, le livre fut un succès et
Anne Bragance s’est sentie flouée. Elle a porté plainte contre l’auteur et son éditeur. Selon elle, grâce à son procès et aux quelques autres qui eurent lieu à la même époque, la situation des
nègres littéraires a bien changé : ils ont droit à un à valoir et un pourcentage sur les ventes. Jean-Louis Touzet peut considérer avoir signé un contrat à l’américaine. Mais ce n’est pas
tout à fait le cas non plus puisque, d’après son éditeur, on a fait appel à un autre nègre pour reprendre l’écriture du texte. Une autre personne a donc été payée pour recommencer le
travail...
D’autre part, le nègre littéraire, Bernard Fillaire, m’avait confié lors de l’enquête que j’ai menée sur les
nègres littéraires, il y a presque déjà trois ans, que près de 20% des contrats signés entre un nègre et un éditeur n’aboutissent pas, et ce pour diverses raisons : incompatibilité d’humeur
et de sensibilité avec l’auteur, manque de matière pour aller au bout du projet et tout simplement… préférence pour un autre collaborateur ou un autre éditeur. Il semble que la mésaventure de
Jean-Louis Touzet peut s’apparenter à cette dernière option : l’éditeur a choisi un autre nègre qui faisait mieux l’affaire. Cependant, il reste un dernier point que le procès
éclaircira sûrement. Il concerne le plagiat. Le second nègre a-t-il ou non reproduit largement des passages du manuscrit de JL Touzet ?
Dans ces affaires éditoriales et évidemment financières, il est toujours très difficile d’avoir un avis tranché. Le travail de collaboration sous-entend le silence des différentes parties, des non-dits et parfois des chausse-trapes pour tirer parti de la situation.
Kersauzon m'était apparu comme le héros absolu de la Terre et de la Mer réunies...eh bien, ça a fait "plouf!"
Merci pour toutes ces révélations en tout cas, qui me renvoient encore symboliquement à mes écrits, où je sentais que les histoires de "nègres" allaient sortir un jour, devenir intéressantes, bref...
J'ai peut-être raté mon coup dans l'édition, mais le thème étant tellement récurrent, je me demande si finalement, en envoyant mon récit à une vingtaine de maisons d'édition, je n'ai pas réussi mon coup d'attirer l'attention sur la thématique... même si la lecture de mon ouvrage est restée pour eux lettre-morte ou superficielle...
Je n'en sais rien, mais ça me fait plaisir... comment expliquer cela...un "nègre" a forcément une certaine frustration en lui quand on sait ce que c'est que d'écrire et d'assumer ce que l'on dit...
Merci en tout cas pour vos billets critiques ...j'apprécie.
Merci de nous desciller les yeux !
Bridge
Je suis outrée. Savez vous que Ceausescu a "écrit" les œuvres complètes ? (ni plus ni moins, vraiment complètes) On a rouspété après lui, l'Occident en tête, comment ose-t-il se pavaner avec des écritures qui ne lui appartenaient pas ? Egalement sa femme fut une écrivaine de tonnerre !!! Avec des diplômes en règle !!!
Je découvre ici que l'Occident fait pareil. Toute personne "bourrée" d'argent peut se payer un "ombreux" pour atteindre la gloire (fausse), l'immortalité ( ?), position star et autre imposture. Et ça ne choque personne. Moi, je suis outrée de la pratique misérable de ces personnages qui n'ont jamais écrit un mot et qui laissent entendre qu'ils sont des écrivains. Outrée !!
Vous allez me dire : eh ben, tout le monde sait ça. Tout le monde ? Et cela ne dérange personne ? C’est devenu tellement banal qu’on s’en fiche royalement ?!?
Comment sont nées les « ombres » ? Comment l’imposteur est capable de signer un livre qui ne lui appartient pas ? Comment ce Kersauson a pu ramasser les lauriers d'un travail qu'il n'a pas fait ?
Il y a des repères qui sont complètement bafoués !!
Dois-je la prochaine fois lors d’une dédicace, me demander si c’est vraiment lui (elle) qui a écrit le livre ou s’il (elle) a payé une « ombre » pour le faire ? Ce monde de l’apparence acheté par les imposteurs sous les yeux de tout le monde m’écœure.
Comment on est arrivés là ? L’argent. Il n’y a plus aucune valeur, aucune à part l’argent.