Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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C’est avec un a priori très favorable que j’ai commencé la lecture
de La Moustache d’Emmanuel Carrère. J’aime l’écriture épurée et sobre de cet auteur qui, dans ses derniers récits, parvient à toucher avec justesse son lecteur. Et pourtant, cette fois, la magie n’a pas opéré. Pour commencer, il faut accepter le postulat
initial : Marc, le héros, décide un jour, comme par défi, de se raser la moustache. Mais, contrairement à ce qu’il espérait, personne ne semble le remarquer, pas même sa femme Agnès. Tel un
thriller psychologique, Carrère choisit de mener son roman à la troisième personne, créant ainsi une certaine distance entre le récit et les pensées de ses personnages. Ce qui est fort astucieux.
Le réel est nimbé d’incertitudes, de doutes. En effet, Marc, après s’être rasé, se débarrasse de ses poils comme s’il s’agissait de preuves à conviction. Mais il se retrouve complètement
désarçonné quand son entourage lui assure qu’il n’a jamais eu de moustache… Le narrateur ne se place que rarement du point de vue des autres personnages – la femme, les collègues – mais parvient
à montrer leur bonne foi. Aussi, le lecteur ne sait si c’est Marc qui a raison ou son entourage. Cet aspect du roman est rondement mené et l’on prend un certain plaisir à chercher les preuves de
l’existence ou non de cette moustache.
En revanche, les nombreuses questions que se pose Marc m’ont paru lourdes, redondantes. Bien sûr, un homme, persuadé d’avoir porté une moustache pendant des années, a de bonnes raisons de s’étonner du déni des autres. Mais, est-il vraiment utile de le préciser de façon si insistante ? On lit ainsi des scènes qui se veulent absurdes où Marc et sa femme téléphonent en pleine nuit à leurs amis pour s’assurer que celui-ci n’a jamais eu de moustache…
Comme l’auteur ne veut pas donner d’explication rationnelle à ce phénomène étrange, il fait dire à l’épouse que son mari traverse certainement une dépression et qu’il a besoin de voir un psychiatre. Encore une fois, j’ai été très gênée par cette manière d’aborder le thème de la folie. Certes, Marc doit être troublé. Et comme tout roman fantastique, la folie domine. Mais est-il besoin de l’aborder en ces termes et surtout, pourquoi le narrateur ne montre-t-il pas les indices de cette folie ? Jai regretté ce manque de subtilité que l’on retrouve pourtant dans un roman troublant comme L’Adversaire…
Enfin, pour se sortir de ce cauchemar, Marc décide de s’enfuir à Hong-Kong. Cette dernière partie m’a plus dérangée encore. J’ai eu l’impression que le roman avait comme échappé au narrateur… On ne comprend pas cette fuite, pas plus que le récit des journées du personnage errant… Quant à l’issue fatale… elle est… fatale !
Vous l’aurez compris, ce roman m’a laissé perplexe. Prochaine étape : son adaptation cinématographique, par Emmanuel Carrère lui-même.
j'ai vu le film La moustache (même histoire) et même perplexité que toi, avec un Vincent Lindon pourtant très bon (comme souvent), mais le film ne m'a pas fait marcher dans ses bobines, c'est le moins que je puisse dire !
Hello !
bel article et blog super intéressant !
bonne soirée
Dommage, j'aurais cru justement qu'en lisant le roman, j'aurais préféré le livre au film. Merci pour cette confirmation, car franchement, je partage entièrement votre opinion ! Et c'est pas comme si on avait pas le choix pour nos lectures, autant pas en commencé une qu'on sait pas à notre goût ! ; )
encore merci et bravo pour votre blog !
J'avais apprécié ce livre à sa sortie même si la fin m'a terrifiée.
Le film est moins noir mais également déroutant.
Bonjour, J'ai moi-même accueillie le livre avec une certaine perplexité et il est vrai que la dernière partie donne l'impression d'échapper au narrateur.