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Anne-Sophie Demonchy
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Dimanche 14 août 2011 7 14 /08 /Août /2011 22:35

la-moustache.jpg C’est avec un a priori très favorable que j’ai commencé la lecture de La Moustache d’Emmanuel Carrère. J’aime l’écriture épurée et sobre de cet auteur qui, dans ses derniers récits, parvient à toucher avec justesse son lecteur. Et pourtant, cette fois, la magie n’a pas opéré. Pour commencer, il faut accepter le postulat initial : Marc, le héros, décide un jour, comme par défi, de se raser la moustache. Mais, contrairement à ce qu’il espérait, personne ne semble le remarquer, pas même sa femme Agnès. Tel un thriller psychologique, Carrère choisit de mener son roman à la troisième personne, créant ainsi une certaine distance entre le récit et les pensées de ses personnages. Ce qui est fort astucieux. Le réel est nimbé d’incertitudes, de doutes. En effet, Marc, après s’être rasé, se débarrasse de ses poils comme s’il s’agissait de preuves à conviction. Mais il se retrouve complètement désarçonné quand son entourage lui assure qu’il n’a jamais eu de moustache… Le narrateur ne se place que rarement du point de vue des autres personnages – la femme, les collègues – mais parvient à montrer leur bonne foi. Aussi, le lecteur ne sait si c’est Marc qui a raison ou son entourage. Cet aspect du roman est rondement mené et l’on prend un certain plaisir à chercher les preuves de l’existence ou non de cette moustache.

 

En revanche, les nombreuses questions que se pose Marc m’ont paru lourdes, redondantes. Bien sûr, un homme, persuadé d’avoir porté une moustache pendant des années, a de bonnes raisons de s’étonner du déni des autres. Mais, est-il vraiment utile de le préciser de façon si insistante ? On lit ainsi des scènes qui se veulent absurdes où Marc et sa femme téléphonent en pleine nuit à leurs amis pour s’assurer que celui-ci n’a jamais eu de moustache…

 

Comme l’auteur ne veut pas donner d’explication rationnelle à ce phénomène étrange, il fait dire à l’épouse que son mari traverse certainement une dépression et qu’il a besoin de voir un psychiatre. Encore une fois, j’ai été très gênée par cette manière d’aborder le thème de la folie. Certes, Marc doit être troublé. Et comme tout roman fantastique, la folie domine. Mais est-il besoin de l’aborder en ces termes et surtout, pourquoi le narrateur ne montre-t-il pas les indices de cette folie ? Jai regretté ce manque de subtilité que l’on retrouve pourtant dans un roman troublant comme L’Adversaire

 

Enfin, pour se sortir de ce cauchemar, Marc décide de s’enfuir à Hong-Kong. Cette dernière partie m’a plus dérangée encore. J’ai eu l’impression que le roman avait comme échappé au narrateur… On ne comprend pas cette fuite, pas plus que le récit des journées du personnage errant… Quant à l’issue fatale… elle est… fatale !

 

Vous l’aurez compris, ce roman m’a laissé perplexe. Prochaine étape : son adaptation cinématographique, par Emmanuel Carrère lui-même.

Publié dans : A priori... mais
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