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Anne Sophie Demonchy
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 23:15

Moi, je crois au coup de foudre, celui qui d’un coup d’œil vous fait aussitôt chavirer. Vous sentez que c’est lui. Immédiatement. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas ressenti un tel bouleversement. C’était il y a deux ans déjà. Un certain Jérôme Lafargue, dont je crois vous avoir évoqué à maintes occasions combien son Ami Butler était une merveille. Ce soir, je suis troublée par un certain Olivier Deck, auteur d’une nouvelle délicieuse et infiniment triste : La voie ferrée.


Dès les premières lignes, je suis envoûtée par cette écriture poétique qui m’emmène loin de chez moi :


« L’hiver s'acharnait. Les fils barbelés des prairies avaient déchiré le voile de la neige qui subsistait par lambeaux sur l’herbe rase, brune, exténuée par le gel et le vent, le vent glacial qui venait avec le froid balayer les reliefs bosselés des hauts plateaux volcaniques.

A l’horizon, les nuages gris happaient les sommets.

Pos’ sur un névé, un grand corbeau lissait ses plumes noires et bleues en râlant de temps à autre comme un vieillard proférant pour lui-même des réflexions acerbes. Les arbres brandissaient çà et là leurs branchages transis, on aurait dit des mains décharnées et pierreuses sortant des prairies pour tenter de s’accrocher à toute cette froidure, sans que l’on sache si gisaient sous la terre de grands corps ensevelis, pétrifiés, anéantis par quelque désastre immémorial ».


Sur cette terre de solitude, loin de tout, habite Gaspar. Autrefois, dans ces plaines, les paysans cultivaient leurs champs mais « on » a décidé, un jour, d’y faire passer une voie ferrée afin de pouvoir exploiter les mines. C’était il y a longtemps déjà. Aujourd’hui, plus de mine, plus de train non plus. Paysans comme mineurs désœuvrés ont tous décidé de quitter cette plaine stérile, écœurés d’avoir accepté de sacrifier leur seul bien : la terre. Tous, sauf Gaspar qui a préféré rester, en compagnie de son cheval.


Mais une maladie touche la région et les hommes des services vétérinaires ont demandé de faire abattre toutes les bêtes. Gaspar serait dans l’obligation de faire tuer son cheval… C’est pourquoi, en cette fin de journée particulièrement froide, il se hâte de le conduire chez son ami d’enfance. Un boucher.


La voie ferrée est une magnifique nouvelle, mélancolique, sur l’absurdité de l’administration et des décideurs, l’amitié et l’attachement aux racines. Ce court texte évoque notre société, la perte des repères, la disparition d’une certaine culture, celle de la terre. En quelques pages seulement, Olivier Deck est parvenu à m’émouvoir, à la fois par son texte plein de sagesse et par son écriture. C’est pleine d’enthousiasme et de gaité que je vous recommande chaudement ce texte qui s’intègre dans le coffret Travelling littéraire, aux éditions Atelier In8, que j’aurais prochainement l’occasion de vous présenter. Très bonne lecture !


Pour ceux qui, comme moi, ont envie d’en savoir plus sur Olivier Deck,découvrez le site

 

Publié dans : Vraiment bien !
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