Anne-Sophie Demonchy
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Comme vous le savez déjà, je suis attachée au style d’un roman. Un texte, même bien fichu, écrit
platement me gonfle très rapidement. Aussi, quelle ne fut ma surprise en découvrant Le Joli Mois de mai d’Émilie de Turckheim aux éditions Héloïse
d’Ormesson ! Je vous livre l’incipit :
« Mon prénom, c’est Aimé. Comme quoi, ça veut rien dire. Vous allez voir, je sais pas raconter les histoires.
On était tranquilles et voilà qu’on se croirait à l’automne. Le sale mois de novembre où les visiteurs louent les chambres du premier et se lèvent plus tôt que le soleil pour aller tirer du plomb dans les bêtes. Combien y sont les Parisiens ? »
Et ainsi de suite. Le narrateur, unique, s’appelle donc Aimé, il est l’homme à tout faire de la propriété de Monsieur Louis. Comme vous l’avez constaté, son langage est limité. Dès les premières pages, j’ai eu envie d’abandonner ce livre qui sent le plouc. Certaines formules me semblent même venir d’un autre temps, à l’instar du dialogue entre Pierrot et Toinette du Dom Juan de Molière.
Toutefois, très vite, se dégage un humour grinçant. Les observations de ce pauvre Aimé (quelque peu demeuré et pourtant très lucide) font rire. J’ai lu ce roman court comme une sorte de sketch macabre. Aimé rapporte une série d’événements tragiques sur un ton badin : son maître, Monsieur Louis, s’est suicidé ; la veille de la remise du testament à différents légataires, l’un d’eux meurt subitement… Il est également question de prostitution, viole, vengeance…
Au cours de cette soirée, les héritiers se retrouvent dans la demeure de Monsieur Louis, plus ou moins étonnés de bénéficier de ce legs n’ayant aucun lien de parenté avec le défunt. Aimé observe, analyse les réactions de ces gens avides de posséder des biens auxquels ils ne s’attendent pas et qui ne se posent pas la question de leur présence en ces lieux. Leurs tares sont décrites avec finesse dans une syntaxe malhabile et ce décalage rend la situation plus terrible encore.
Le Joli Mois de mai n’est certainement pas le meilleur livre de l’année, mais si on le lit pour ce qu’il est – une fable cruelle -, on passe un bon moment de rire… jaune.
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