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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 18:38

Le-Nazi-et-le-barbier.jpgEdgar Hilsenrath est un auteur inclassable. Allemand, c’est pourtant aux Etats-Unis, dans un premier temps qu’il parvient à être publié. Boycotté dans son propre pays, il bouscule les consciences en proposant une vision burlesque de la Shoah.

Il y a un an déjà, j’avais eu loccasion de le rencontrer dans son hôtel parisien lors de la parution de Fuck america. Personnage étrange, à l’humour noir bien particulier, Hilsenrath avait évoqué ses années pénibles aux Etats-Unis en tant qu’exilé juif, pauvre et marginal. La toute jeune maison d’édition Attila nous faisait avec ce premier livre redécouvrir l’univers impitoyable d’Edgar Hilsenrath. En effet, Le Nazi et le Barbier a été publié une première fois en France en 1974, chez Fayard mais est passé quasi inaperçu. Avec le phénomène des Bienveillantes, les éditions Attila ont dû penser que les lecteurs français étaient prêts à lire un roman sur la Shoah du point de vue du bourreau. Toutefois, ceux qui auront lu Littell ne doivent pas s’attendre à retrouver le même cynisme chez Hilsenrath ou des références à l’histoire, à la philosophie ou la linguistique. Dans Le Nazi et le Barbier, le burlesque et la fantaisie l’emportent sur tout autre chose. Un grain de folie est à l’origine de ce roman décalé.

 

Max Schulz est donc cet anti-héros qui va commettre les crimes les plus effroyables sans le moindre regret. Ce « fils illégitime mais aryen pure souche de Minna Schulz » se révèlera bourreau, opportuniste de la pire espèce.

 

Enfant, Max est élevé par ses cinq pères. Il apprend le métier de barbier et fréquente

Itzig Finkelstein jusqu’au jour où Hitler prend le pouvoir et exerce une fascination sans bornes sur lui. Persuadé que le Führer détient la vérité, Max s’enrôle dans les S.S. et commet ses premiers crimes. Mais c’est au camp de concentration de Laubwalde qu’il découvre sa vraie nature : bourreau, assassin de plusieurs centaines de milliers de juifs et parmi eux, son ami Itzig. À la fin de la guerre, Max est recherché : les nazis doivent payer pour les actes qu’ils ont commis. Mais lui n’éprouvant aucun repentir et surtout voulant sauver sa peau, il change son identité pour se faire passer pour juif. Il décide de prendre celle de l’ami qu’il a lui-même condamné : Itzig Finkelstein. Sans scrupules, il affirme se sentir si bien en juif, qu’il prend la décision de s’installer en Israël et d’embrasser avec la même fougue que le nazisme, la cause juive ! Ne vous attendez donc pas à trouver en Max un bourreau fin et intelligent : c’est tout le contraire ! Ce fanatique de tout poils n’a qu’une cervelle de moineau, ne voyant pas plus loin que le bout de son bec. Vivant au jour le jour, il n’a qu’un objectif : se trouver toujours du bon côté et surtout ne rendre aucun compte à quiconque. Car, c’est bien là que Hilsenrath veut nous conduire : sous les apparences de la farce, se pose la question de la culpabilité et de la rédemption. Le Nazi et le Barbier est l’unique roman publié à ce jour sur la Shoah du point de vue d’un bourreau écrit par un juif rescapé des ghettos. 

 

Publié dans : Pas mal...
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