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Anne-Sophie Demonchy
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 22:23

du-domaine-des-murmures.gif La lauréate du Goncourt des lycéens 2011 est finalement Carole Martinez pour son second roman, Du domaine des murmures (Gallimard).

 

Des critiques élogieuses ont plu depuis sa parution en septembre. Et pour cause : ce roman est à la fois facile d’accès et sujet à de multiples interprétations.

 

Me concernant, j’ai toujours aimé les romans courtois et l’ancien français. Mes études littéraires m’ont poussée à étudier cette littérature ainsi que cette langue fort éloignée de notre époque. Mais je conçois parfaitement que le Moyen Age ne soit pas la période de prédilection des lecteurs. Et pourtant… Si ce roman est déjà en tête de gondole et surtout, s'il a su séduire des adolescents, c’est que Carole Martinez sait envoûter le lecteur de son écriture à la fois limpide et riche, de son art de raconter des aventures fabuleuses. Je n’ai pas été surprise de découvrir que l’auteur était prof de français car les références littéraires – qu’elles appartiennent à l’époque médiévale comme contemporaine – sont légion. Evidemment, cette richesse littéraire m’a enchantée. Mais, ce n’est pas la seule ressource de ce roman si éloigné des codes du roman historique traditionnel : l’auteur aborde de nombreux thèmes comme la liberté, la foi et l’enfantement avec finesse, et tient en haleine son lecteur jusqu’à la dernière page grâce aux nombreuses aventures.

 

L’histoire, a priori, ne semble pas engageante : nous sommes en 1187, et la narratrice, Esclarmonde, refuse de dire « oui » à son prétendant, Lothaire, un jeune homme fougueux et volage. Elle sait le risque qu’elle prend en se refusant à l’homme que son père lui a choisi. A cette époque, il n’est pas concevable, sans ruiner l’honneur d’une famille, de désobéir à son père puis à son mari. Mais Escarboucle appartient à la catégorie de ces femmes libres qui préfèrent la punition à la soumission. Elle choisit donc de se consacrer à Dieu plutôt qu’à une famille où elle serait réduite à « un pudique récipient que les grossesses successives finiraient par emporter ». Pour échapper à ce destin fatal, devant l’assemblée venue assister à son mariage, Escarboucle se tranche l’oreille et réclame d’être enfermée dans une cellule attenante à la chapelle du château pour y être emmurée. Tandis qu’elle croit être à l’abri d’un destin qu’elle rejette, lors de sa dernière sortie en forêt, elle est violée. Neuf mois plus tard, dans sa prison, elle donne naissance à son fils, Elzéar. Parce qu’à cette époque, le viol est considéré comme une honte, elle garde pour elle ce secret. La prenant pour une sainte, les pèlerins viennent dans le domaine pour entendre sa parole. Grâce à cette péripétie incroyable, Escarboucle est dotée d’un pouvoir immense qui permet à l’histoire de se déployer au-delà du domaine. La narratrice parvient ainsi à envoyer son père et ses gens en croisade. Le lecteur assiste alors à leurs aventures épiques et à leurs fins merveilleuses.

 

Comme tout roman médiéval qui se respecte, le merveilleux a bien sûr une place de choix : lac magique, géants, animaux fabuleux font partie du décor. Pourtant, Carole Martinez nous épargne une langue éloignée de la nôtre ainsi que l’esprit folklorique.

 

Pour toutes ces raisons, il apparaît donc logique et mérité que ce roman ait reçu les suffrages des lycées, qui ont fait, une fois encore, un très bon choix !

Publié dans : Vraiment bien !
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