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Anne Sophie Demonchy
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 10:12

Comme chaque année, le festival Les Belles étrangères met à l’honneur un pays. L’objectif est de faire découvrir aux Français des auteurs plus ou moins connus et surtout s’essayant à des genres variés (roman, nouvelle, mais aussi essai, poésie et BD). Cette année et pendant ces deux prochaines semaines, douze auteurs américains vont sillonner la France continentale et la Corse à la rencontre de lecteurs dans différents lieux dédiés : librairies, espaces culturels, bibliothèques.

 

Pour découvrir l’univers de ces auteurs, les éditions Payot-Rivage ont publié une anthologie réunissant les textes des douze écrivains américains invités. A l’intérieur un DVD y est inséré. Il s’agit d’un documentaire, très intéressant, de Michael Smith, intitulé De New York à Los Angeles, douze écrivains américains. L’un des aspects qui m’a le plus interpellé c’est la réflexion de certains d’entre eux sur l’appartenance à un lieu, les spécificités littéraires... 

 


Parmi eux, il en est un qui ne doute pas de l’importance capitale d’avoir un lieu où écrire : Percival Everett, l’auteur entre autres de Blessés, Effacement (Actes Sud). Celui-ci affirme donc : « toute écriture est régionale. Il faut vivre quelque part pour écrire. Et la littérature de Los Angeles est si riche… Tous ces écrivains, Chester Himes, Nathanael West, Philip K. Dick, Dashiell Hammett… Pas un ne ressemble à l’autre, sauf que c’est Los Angeles qui joue le premier rôle. Mais il y a un point commun, qui revient souvent dans la littérature de l’Ouest, une attention particulière à l’espace, une ouverture, la sensation diffuse qu’il y a une « frontière », pas une frontière au sens physique du terme, mais au sens d’une aventure. Une frontière mentale. L.A. a quelque chose de particulièrement littéraire ».

 

Comme Everett, Andrew Sean Greer  explique pourquoi il préfère écrire sur la Côte Ouest : « Pour beaucoup d’Américains, surtout les écrivains, on a le choix entre New York ou San Francisco. Chaque ville a une communauté d’écrivains importante et très différente. On dit que New York peut devenir trop dure et San Francisco trop douce, à cause de la douceur de vivre californienne. A New York, je suis trop pris par ce qu’il y a à faire, les maisons d’édition, les agents, toutes choses qui ne comptent pas quand on écrit. A San Francisco, on ne voit que les autres écrivains, et on parle de nos livres, j’adore ça. Quand je suis bloqué, je contemple l’océan, et cela m’aide. A New York, je me promène, je vois des gens, c’est utile aussi… Je peux les mettre dans mon livre. » Parce que les auteurs sont attachés à un lieu, Andrew Sean Greer visite le domaine de Yaddo, situé au nord de New York. Dans ce lieu, les artistes viennent s’y retrouver : John Cheever y a fait construire une piscine, Philip Roth a écrit un roman dans une tour ans la forêt, Truman Capote et bien d’autres y ont séjourné. Aujourd’hui, les artistes peuvent y être pensionnaires comme à la Villa Médicis, par exemple.

Andrew Sean Greer est moins connu en France. Il est l’auteur de nouvelles parues dans des revues, dont « How It Was for Me », dans Story en 1999, qui donnera son titre au recueil publié l’année suivante. En 2001, il publie son premier roman, The Path of Minor Planets. Il doit sa notoriété et ses traductions à une critique de John Updike dans le New Yorker sur Les confessions de Max Tivoli. Est également traduit en français L’Histoire d’un mariage (L’Olivier).

 

De l’autre côté du pays, Jack O’Connell, est né et continue de vivre à la Nouvelle-Angleterre. Son lieu de prédilection, c’est la zone industrielle… Cette Nouvelle-Angleterre là est « faite de béton, de brique rouge et de mortier, de rues défoncées, et de fil de fer barbelé. Wocester en est l’exemple parfait. C’est la quintessence de la ville industrielle du nord-est, en plein dans la « ceinture de la rouille ». Elle a prospéré avec la Révolution industrielle. On faisait tout pour l’Amérique, des outils, des clefs surtout, du barbelé, des pièces de machines… » Or, raconte l’auteur, depuis une quarantaine d’années, cette ville a été laissée à l’abandon, a perdu de sa puissance et « est devenue une ville typique de la ceinture de la rouille », miséreuse, délabrée, avec des usines abandonnées. C’est cette ville que j’ai connue, celle qui existe toujours dans ma tête et surtout, c’est la ville qui a donné naissance à ma ville, la ville de mes livres, Quinsigamond. Ce n’est pas Worcester, elle est inspirée de Worcester, Worcester nourrit tout mon imaginaire mais Quinsigamond est à peu près dix fois plus grande, en termes d’étendue et de population. Worcester est sans doute plus ennuyeuse que Quinsigamond. Je voulais rester totalement libre, créer une ville où tout ce que j’imaginais pourrait arriver ». L’objectif de John O’Connell est de faire une saga sur les « 350 ans d’histoire de Quinsigamond », y consacrer toute son énergie. James Ellroy estime que son œuvre est l’ « avenir du roman noir ». Dans ce huis clos qu’est Quisigamond, John O’Connell met en scène des crimes et meurtres effroyables mais propose une véritable réflexion sur différents aspects de la société comme l'image dans Porno Palace, sur le langage dans Et le verbe s'est fait chair, sur le pouvoir dans Ondes de choc ou sur le pouvoir des livres et la fabrication des récits dans Dans les limbes (L’Olivier).

 

Colson Whitehead habite Brooklyn. Casanier depuis sa plus tendre enfance, il ne sort pas de chez lui, préférant regarder la télévision, lire des comics et écrire. Enfant, raconte-t-il, c’est les X-men et Spiderman qui lui ont donné envie de « devenir écrivain » car cela lui « semblait un métier amusant ». Etudiant, ses goûts ont évolué, cette fois, il a souhaité devenir le « Stephen King noir ». Quand il s’est vraiment décidé à écrire, il a pris d’autres modèles encore : Ralph Ellison, Toni Morrison et Ishmael Reed. L’identité noire l’intéressait tout particulièrement. Finalement, il s’est rendu compte qu’il « parlait des gens qui se font un chemin dans le monde, pas spécifiquement des Noirs ». Et de poursuivre : « La race est donc quelque chose dont j’aime parler, c’est un des prismes à travers lesquels je vois le monde, mais je ne parle pas de ça tout le temps ». Son premier roman, qu’il préféra garder dans ses tiroirs, raconte l’histoire d’un « chérubin génial », à mi-chemin entre Michael Jackson et Gary Coleman, l’Arnold de la série Arnold et Willis...

 

Après cet échec, Coslon Whitehead, toujours grâce à la télévision, trouve le sujet de son premier roman publié : les inspecteurs d’ascenseur ! Le roman s’intitule L’Intuitionniste (Gallimard). Tous ses romans racontent New York aujourd’hui : « J’aime écrire sur la culture pop, sur notre vie d’aujourd’hui, et sur la direction étrange que prend la société contemporaine, je me concentre sur la culture américaine, les villes américaines ».

 

Enfin, Charles d’Ambrosio, lui n’est pas vraiment attaché à un lieu. Au contraire, c’est un vrai baroudeur, actuellement en résidence à Vincennes. Il a vécu dans divers coins, dont un entrepôt de meubles à Chicago, puis un temps à Phillipsburg, ancienne ville minière du Montana. Dès janvier, il devrait retrouver la côte Nord-Ouest. Son parcours est assez original : de père irlandais et de mère italienne, il naît en 1960 à Seattle. Evoquant l’appartenance à une certaine culture, le nouvelliste déclare :   « Quand on commence à avoir le sens de ce qu’est la culture, on croit qu’elle est fabriquée quelque part. Si vous venez de l’Ouest, vous êtes habitué à cette forme d’impérialisme intérieur propre aux Etats-Unis. La culture est créée, puis diffusée depuis New York, ou Los Angeles, mais elle vient d’ailleurs. Si vous avez un peu d’ambition, vous vous tournez vers l’Est pour cet idéal, à défaut de quelque chose de réel et de local. C’est classique : un jour vous partez, vous allez en France, à New York, et c’est plus fort que vous, vous ne pensez plus qu’à ceux que vous avez laissés derrière vous, ceux qui avaient du mal à parler, les taiseux, ceux qui ont fait de vous ce que vous êtes, et vous ne pensez plus qu’à eux. A la minute où j’ai commencé à écrire, j’ai compris que mes histoires étaient faites de ces gens que j’ai fuis ». On le comprend : dans la nouvelle « Le Cap » (in Le Cap, éditions Albin Michel), d’Ambrioso raconte que l’un de ses personnages se tire une balle dans la tête, comme son frère de 16 ans. Dans Les Orphelins (Albin Michel), il est encore de ce frère décédé et de son jumeau, interné pour schizophrénie. L’auteur entretient des relations avec son père, professeur d’économie à l’université : « J’ai souvent pensé que l’unité de mesure qui convient le mieux à la prose est la respiration humaine, mais il n’y avait pas d’air dans les phrases de mon père : il semblait suffoquer à l’intérieur » (Les Orphelins). Avec cet héritage, pas étonnant que d’Ambrosio ait voulu fuir les siens !

 

Retrouvez toute la programmation sur le site Les Belles étrangères.

 

Publié dans : Salon du livre
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