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Anne-Sophie Demonchy
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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 19:16

loup.jpgÉtant très occupée par diverses activités littéraires ces derniers mois, je prends moins le temps hélas, de passer du temps, avec vous, sur ce blog. Mais aujourd’hui, il me semble important de sortir de ma tanière pour vous faire part de mon agacement… Eh oui, cela faisait longtemps ! En septembre, j’ai lu le dernier roman de Virginie Despentes, Apocalypse bébé. J’ai trouvé une certaine énergie dans les premières pages, sentiment qui remettait en cause un premier jugement que je m’étais forgé de cet auteur après avoir lu, consternée, Baise-moi il y a quelques années. Tout y était pauvre, dénué du moindre intérêt. Provocation gratuite, style plat. Bref, je ne m’étais depuis plus attardée sur cet auteur. Cette année, parce que j’avais entendu les rumeurs positives sur ce nouvel opus de Virginie Despentes, j’avais envie de dépasser ce jugement et de constater ce changement stylistique loué par la presse, quasi unanime.

 

Passé les premières pages assez vives et enthousiasmantes donc, qui évoquent le contexte de la disparition d’une adolescente à la sortie de son école et dressent un rapide portrait de la détective, je me suis vite agacée. La lassitude s’est installée car contrairement à ce que l’on pouvait s’attendre de la part d’un auteur qui se dit « rebelle », tous les clichés étaient là : les bourges sont des cons, les jeunes ne pensent qu’à fumer des joints et le sexe est fatalement graveleux et violent. Cette vision si stéréotypée de la société ne m’a pas choquée mais interloquée. Comment un auteur peut-il avoir une vision si étroite de ce qui l’entoure ? Son image de la banlieue est tellement cliché que l’on se demande si elle s’est intéressée au sujet, aux gens qui y vivent, y travaillent… Certes, Yacine, le jeune qui rencontre la disparue, existe. Il y a des jeunes en effet qui prennent toutes les filles pour « des putes » (dixit le narrateur) et ne méritent aucun respect. Des médiateurs, des éducateurs passent du temps avec ces jeunes pour ouvrir le débat, discuter des relations « garçons-filles » dans les cités. Il est vrai que ce regard misogyne et agressif existe mais Virginie Despentes ne donne que cette image négative dans son roman. Tous les personnages qu’elle présente reflètent un aspect de la société le plus médiocre. Prenons le cas du père de la jeune fille disparue. C’est un écrivain. Comme tout écrivain qui se respecte, il a de nombreuses conquêtes, passe son temps sur Amazon à vérifier son rang dans le classement des ventes… C’est, selon le narrateur, un pauvre type, pas très intéressant, qui n’est préoccupé que par son image d’auteur. Encore une fois, ce type peut exister. Mais qui ne se figure pas ainsi l’écrivain ? N’est-ce pas cette image que l’on retrouve dans les médias ? En quoi Virginie Despentes offre-t-elle, comme elle le souhaiterait (ou du moins comme les journalistes le laissent entendre), une image décapante de la société ? En quoi son regard est-il neuf ? Oui, c’est un monde crasseux, sans amour, sans rédemption. Et ? C’est tout ?

 

Je passerai sur la fin qui est complètement ratée. Ne voyant certainement pas d’issue à son livre, Virginie Despentes décide de tout faire exploser. Ce qui est, bien sûr, très crédible. Sur ce point, je ne contredirai pas ceux qui ont écrit que la fin est inattendue !

 

Quant au style, que dire d’autre que… rien de bien original.

 

Je m’étais tue jusqu’alors sur ce roman sans grand intérêt mais comme il revient à la une des sites et des médias et qu’on l’encense, je ne puis réprimer plus encore mon agacement. Voilà, c’est fait. 

Publié dans : Sans intérêt
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Commentaires

J'aime l'Anne -Sophie toutes griffes dehors ET bien moi il y a peu j'ai lu " la terre des affranchis " de Lilian Lazar Prix des 5 Continents j'ai vraiment adoré l'ambiance, un très beau roman. J'ai détesté le livre d'Emmanuel Carrère Roman Russe, pas vraiment aimé ni séduite. Par contre le B.S Johnson R.A.S infermière chef c'est de la grande littérature.En tout cas à la soirée Gallmeister, j'ai bien pensé à toi et c'était très sympa ! Une très chouette soirée, pendant que tu étais à New York.

Commentaire n°1 posté par Alice le 14/11/2010 à 20h06

La photo est très bien trouvée ! Je suis tout à fait d'accord sur ce jugement... Le choix du jury Renaudot est déplorable et franchement je ne comprends pas l'engouement pour ce livre aussi illisible que le trop fameux Baise-moi. Je suppose que cela fait "jeun" d'aimer ce livre qui effectivement est plein de clichés et dont le style (si on peut parler de style) me semble être un peu le degré zéro de l'écriture.

Commentaire n°2 posté par Hortense le 14/11/2010 à 20h21

Comme je suis d'accord avec toi! Enfin quelqu'un de mon avis, merci

Commentaire n°3 posté par Readpocket le 14/11/2010 à 20h37

Merci Alice ! 

Je viens de lire tes billets. Excellent ! Oui, c'est vrai que Carrère m'a séduite... Même si j'ai été très embarrassée par cette impudeur envers sa compagne et envers son secret de famille. Mais le style est là. Quant à Johnson... que dire à part : génail !

A très bientôt... 

Commentaire n°4 posté par Anne-Sophie le 14/11/2010 à 21h51

Je lis votre site régulièrement , j'ai trouvé passionnant ce que vous m'avez appris sur "les nègres " en littérature.
Je me suis permis de citer votre site à la fin de mon texte sur ce livre. Personnellement , j'aime bien la création du langage de cette auteure, pas son style mais sa langue. Elle sait glaner les expressions où les inventer et ça va bien avec  notre époque.
C'est assez drôle.

http://luocine.over-blog.com/article-apocalypse-bebe-virgine-despentes-59348165.html

Amicalement

Luocine

PS j'espère que vous aurez le temps d'écrire plus souvent sur votre blog

 

Commentaire n°5 posté par Luocine le 15/11/2010 à 09h57

D'accord avec vous : de la provoc gratuite et vieillissante... pour avoir un texte vraiment "jeune" au meilleur sens du terme, mieux vait chercher en direction des vieilles plumes... comme chez Pynchon et son "Vice caché"... un vrai trip californien par un détective privé, surtout privé d'enquête et de sens policier, lancé à la poursuite de son propre délire et porté par un style d'une rafraîchissante modernité, même chez un "vieux" pas médiatisé pour deux sous !

Commentaire n°6 posté par PV le 15/11/2010 à 11h22

Souvent, en suivant les débats sur les attributions de prix marketing, je me dis que la littérature s'invente ailleurs, dans les mauvais genres de l'imaginaires, là où des auteurs français prennent de vrais risques pour débusquer des mondes et des modes de vie possibles tout en sachant faire passer au lecteur le plaisir de les arpenter.

Heureusement, je finis toujours par croiser ce genre de surprise jouissive dans la littérature dite générale. Assez loin des critiques convenues de la presse, il est vrai... Despentes ? Quoi qu'on m'en dise, certainement pas ! Un feuilletage en librairie m'a suffi.

Commentaire n°7 posté par Don Lo le 15/11/2010 à 15h01

Ah, quelle horreur, Anne-Sophie. Baise-moi est une merveille de style, qui enfonce tout ce qui a été publié en France ces trente dernières années. Personne n'écrit comme Despentes. Le rythme, l'équilibre, la grâce improbable. 99% des auteurs français écrivent exactement de la même manière, plate et mécanique, et Despentes vole sur le papier.

Commentaire n°8 posté par PhJ le 15/11/2010 à 15h14

Ah, sacré PhJ, toujours autant à côté de la plaque. Mais c'est vrai que chez Grasset, les auteurs se serrent les coudes. J'espère que votre éternelle promotion "indépendante et sincère" des auteurs maison et des copains vous rapportera un jour un petit quelque chose...

Commentaire n°9 posté par Ivan le 16/11/2010 à 10h24

Merci Ivan de m'avoir devancé dans ma réponse. Je comprends bien le positionnement de Ph. J. C'est très aimable de sa part de défendre une copine mais si une phrase composée d'un sujet, verbe et d'un complément dans le meilleur des cas constitue la preuve que l'on a à faire à une oeuvre littéraire, subtile, originale et d'une grande créativité, je m'incline... Que répondre à cela ? On a le droit d'aimer ou de ne pas aimer, mais en revanche, parler du style de Despentes en louant "sa merveille", il ne faut pas exagérer, ou... lire davantage, peut-être...

Commentaire n°10 posté par Anne-Sophie le 16/11/2010 à 11h30

Bonjour Anne-Sophie,

Es-tu bien LA Anne-Sophie que je connais...? Bussy, il y a quelques années...?

En tout cas, bravo pour ton site!

Au plaisir de te lire...

Karine

Commentaire n°11 posté par Karine le 17/11/2010 à 14h26

Bonjour Karine, 

je suis bien cette Anne-Sophie là... Je suis ravie de te retrouver et j'ai parcouru ton blog : je reconnais tes méthodes très organisées, les tableaux de progression, ta passion pour le théâtre... 

Au plaisir de nous lire mutuellement !

A bientôt !

Commentaire n°12 posté par Anne-Sophie le 17/11/2010 à 16h05

Je partage assez les impressions que vous avez sur les auteurs actuels. Pourtant, nous ne manquons pas de talents qui peinent à se faire éditer. Les petites maisons d'éditions leurs laissent encore une chance. A nous de savoir les trouver et d'avoir envie de les entendre. Je viens de découvrir Anoki par Cordélia aux éditions Praelego, et ça faisait longtemps que je cherchais un livre avec ce style qui vous emporte et vous oblige à quitter vos repères pour sombrer avec délices dans cette histoire, presque un conte. Je vous le conseille vivement.

Commentaire n°13 posté par Julie le 17/11/2010 à 21h29

C'est vrai que ça devient rare, les critiques de Despentes !

Généralement, j'aime bien ce qu'elle fait: je l'aime bien en interviews (elle y défend des positions à la fois originales et courageuses), et ses romans sont assez agréables à lire. J'ai tout de meme souvent l'impression qu'après de très bonnes premières pages, elle relâche quelque peu la pression... Dans King Kong Théorie, j'adorais le ton, tout en regrettant qu'on ne voie très bien où elle voulait en venir exactement

Commentaire n°14 posté par aymeric P le 21/11/2010 à 12h29

Euh, PV : Pynchon "pas médiatisé pour deux sous", c'est quand même une méga légende de la littérature américaine ! Pas Salinger, mais pas très très loin derrière. Pas le petit écrivain à moitié inconnu en tout cas... 

Commentaire n°15 posté par Scott Summers le 21/11/2010 à 23h28

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