Anne-Sophie Demonchy
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Il y a deux ans, était paru aux éditions Le Dilettante un petit livre caustique :
La Belle maison, histoire décalée d’un
couple pauvre très heureux vivant en toute liberté dans la forêt, mais contrarié par la grande "générosité" du maire et des villageois. En cette rentrée, Franz Bartelt récidive avec une nouvelle
extrêmement dérangeante mais tout aussi passionnante : Parures (aux éditions Atelier In8 dans la collection Polaroid).
Le narrateur a 14 ans, il vit dans un HLM pourri d'une cité à l’abandon, auprès de sa mère, sans emploi, qui met un point d’honneur à habiller son fils comme "un prince". Mais, dans ce quartier où tout le monde a l’air pouilleux, il n’est pas de bon goût de vouloir jouer aux riches… Cet adolescent est en complet décalage avec ses camarades. Chemises à jabot, boutons de manchette et pantalon de flanelle, queue de pie, ongles vernis, tout cela ne cadre pas avec le paysage : « Il n’y a pas à s’étonner que les gens d’ici ne cherchent pas à s’extraire de leur saleté : ailleurs, sûrement qu’ils dépériraient. Ils ne veulent pas avoir à se gêner avec la propreté. Ils pissent donc sur les murs, ils crachent dans les escaliers, ils se débarrassent de leurs ordures par la fenêtre, au plus court, au plus pressé. Leurs immondices s’entassent le long des trottoirs. Un fameux mélange de boîtes vides, de chiffons, de papiers, d’ossements de volaille, d’excréments roulés dans du journal, d’épluchures d’où monte une odeur horrible – paraît-il, d’après les services d’hygiène de la ville qui déblaient les rues cinq ou six fois par an à l’aide d’engins mécaniques. Nous, on a la narine moins délicate. L’odeur du quartier ne nous dérange pas. Peut-être un peu en été. Du moins, pendant les étés très chauds. Rares dans la région, par chance. »
Les gens du quartier comme l’instituteur détestent ce couple étrange habillé de frusques grotesques et extravagantes. Les apparences sont essentielles pour cette mère aux petits soins pour son fils qu’elle lave, coiffe et pare elle-même. Cette mère exclusive, au bord de la folie, a quelque chose de la Folcoche de Vipère au poing ou de Nina, la grand-mère étouffante d' Enterrez-moi sous le carrelage (Pavel Sanaïev). Elle n’entend pas les plaintes de son fils, elle ne veut pas qu'ils vivent comme « des paysans », c’est-à-dire en gens « qui n’hésitaient pas à emprunter les chemins les plus fangeux, à manipuler des choses puantes, alors que la dignité humaine exige qu’on se salisse le moins possible et qu’on refuse les travaux dégradants ». Pour vivre dans son monde de princes et de princesses, la mère est prête à tous les sacrifices et accommoder son univers à ses prétentions, quitte à s’exclure complètement de la société et attirer l'attention des services sociaux. Mais la société elle est là pour lui rappeler qu’elle ne peut mener sa vie à sa fantaisie et que les règles doivent être respectées. L’individu doit se soumettre à sa condition. Quitte à perdre son identité.
Parures est une nouvelle drôle et cruelle, qui ne peut laisser indifférent. C’est acide, ironique, sarcastique, tendre, émouvant, tragique. Encore une fois, Franz Bartelt a su m’emporter dans son univers complètement décalé. Je vous le recommande, évidemment !
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