J’avais envie depuis quelque temps d’évoquer un
livre que j’aime beaucoup, Un
Couple infernal : L’écrivain et son éditeur (publié chez Bartillat), mais je ne savais pas encore sous quel angle l’aborder. Il traite des relations passionnelles et ambiguës entre
ces deux protagonistes, flirtant entre la haine et l’amour. Un essai, très clair, bourré d’anecdotes, écrit par la journaliste Sylvie Perez.
Et puis, aujourd’hui, Ecaterina m’a demandé de plaider une cause, celle
de Stefan Coïc, auteur de Contravention, publié chez Héloïse d’Ormesson. Quel rapport avec l’essai devenu mon livre de chevet ? Stefan Coïc s’est inquiété de ne plus avoir de nouvelles de son éditeur et a
adressé une lettre hyper sensible, déchirante et paradoxalement pleine d’humour à Gilles Cohen-Solal pour lui demander des comptes,
exprimer ses angoisses de jeune auteur délaissé par son éditeur qu’il croit déçu par les ventes médiocres de son livre. Alors, l’éditeur a répondu à Stefan Coïc par une lettre non moins sincère
et plaisante pour s’excuser de son absence. Ce qui est touchant, c’est que Gilles Cohen-Solal a voulu rendre publique cet échange sur son blog alors qu’il aurait pu le garder confidentiel. Parce que Stefan Coïc n’a pas écrit ce mail pour lui passer de la
pommade mais pour lui reprocher de ne pas être là, de ne pas le tenir au courant du parcours de son livre :
« Voyons... ... ça doit faire six mois que,
– Écoute j'ai pas le temps là, je te rappelle !...
et encore, ça c'est sur ton portable, sinon je n'espère même plus arriver jusqu'à toi, oulala,
non...
Rends-toi compte, on ne s'est pas parlé depuis que Contravention est sorti !!!!!!!!!!!!!!!!!
Oui oui, vas-y, repasse-toi la bande...!
Rien...
Rien de rien, je sais que dalle sur son parcours, que dalle de ton opinion sur son parcours "commercial", que dalle de
comment il a été perçu, que dalle des retours que vous avez eus sur lui... (je t'avais prévenu au début pour le "vous", eh ben voilà, ça arrive, c'est malin).
Bonjour l'angoisse !
Bonjour les encouragements !!
C'est vachement engageant sur l'avenir !!
C'est si pitoyable que ça, les retours sur Contravention ???
Alors c'est fini, on fait plus un bout de route ensemble ? Tu crois plus en moi ??
Et viens pas me dire que t'es désolé ! parce que t'as forcément cinq minutes pour m'appeler !
Et si tu les as pas, prends les !... »
L’auteur m’a fait sourire (je partage l'avis général sur cette maison) lorsqu’il remarque : « Il m'arrive,
hélas, de lire, malgré moi et par hasard — et de toi à moi, je préférerais pas lire ce genre de conneries — que chez Eho on choie ses auteurs, d'aucuns d'ailleurs s'en félicitent, ne jurent plus
que par là, je lis même qu'ils angoissent dans un protable (non, un portable, pardon) tard le soir, mais c'est comme ça, un auteur, ça s'épanche à 22h, dit-on, mais moi qui me tiens bien — oui
parce que je n'appelle pas à 22h, moi, j'appelle uniquement quand tu es à 6000 kms d'ici, moi ! —, je ne vois rien de tout ça — bon il se peut que ça n'existe pas, d'ailleurs... — et donc —
d'ailleurs non, ça n'existe pas, la preuve —, et moi qui me tiens bien, donc, je me dis que je dois être banni. Ou indésirable, ou je ne sais quoi encore... »
Cet échange nous permet de percevoir la familiarité instaurée entre l’auteur et celui en qui il a placé toute sa confiance. Les deux hommes parlent librement de leurs doutes, angoisses et
souffrances. Gilles Cohen-Solal évoque en effet des circonstances extérieures qui l’ont mené à ce mutisme et Stefan Coïc craint que Eho refuse son prochain manuscrit à cause des ventes
passables de son premier roman. Il est question ici de rapports humains. L’auteur se sent délaissé par son éditeur, moins aimé parce qu’il a déçu et angoissé à l’idée d’être rejeté à
l’avenir. De son côté, l’éditeur fait amende honorable pour reconquérir la confiance de son auteur.
Commentaires