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Anne Sophie Demonchy
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Jeudi 28 février 2008

livre.jpgPromis, juré, j’ai essayé de le lire ce fameux livre que tout le monde attend, mais je n’ai pas pu… Lundi soir, tandis que je venais de finir un très beau roman de Denton Welch, Soleils brillants de la Jeunesse (Viviane Hamy), à la fois très sensible et angoissant, je me suis dit que j’allais me détendre avec ce roman… Je me suis engagée à le lire pour Le Magazine des Livres. J’avais vraiment envie de le lire pour savoir si mes a priori étaient fondés ou si au contraire, j’étais passée à côté d’un auteur dont j’ignorais les qualités littéraires.

Je me suis donc installée confortablement au fond de mon lit, callée entre deux coussins, bien au chaud sous ma couette, dans l’espoir de passer un bon moment. J’ai ouvert le livre avec une certaine impatience. Mais dès la première ligne (je n’exagère pas), toutes mes appréhensions ont rejailli : pas de sujet, pas d’effort dans la mise en forme… le narrateur écrit comme il parle, ou plus exactement comme il pense, passe d’une idée à l’autre sans transition… C’est une véritable catastrophe ! Je m’accroche… tourne les pages espérant un miracle. L’auteur a peut-être voulu surprendre son lecteur… Au bout de la trentième page, toujours pas d’amélioration et j’ai la désagréable impression qu’il n’y a pas d’intrigue, les personnages se rencontrent, discutent mais il ne se passe rien, ne se dit rien. Le livre est long certes, il peut réserver encore des surprises. Mais… toujours rien à la cinquantième page. Je me désole et commence à m’impatienter. Alors je triche : j’ouvre le livre en plein milieu pour savoir ce qui se passe, si je vais subir le même traitement. Hélas… oui… L’auteur est cohérent. Je lui reconnais cette qualité. Il a poursuivi sur la même lancée. Je voulais écrire « style » mais dans ce livre il n’en est guère question. D’ailleurs, dans l’argumentaire que j’ai reçu avec le livre, l’auteur sait qu’on lui reprochera ce défaut mais s’en moque. Evidemment, il peut écrire ce qu’il veut, sa réputation est faite et ce n’est pas un article de plus ou de moins dans un magazine qui aura le moindre impact sur ses lecteurs fidèles. A quoi bon d’ailleurs écrire un article pour démolir ce livre… Ce n’est pas le genre de textes que j'apprécie… Je voulais en avoir le cœur net. A présent, je sais…

 

par Anne-Sophie publié dans : A priori... mais
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Mercredi 20 février 2008

9782742768585-copie-1.gifA priori, j’aime André Brink. J’avais lu avec un plaisir immodéré (et plusieurs fois en quelques semaines de surcroît, pour les besoins de mon boulot de prof) Une Saison blanche et sèche. Un turbulent silence et Au plus noir de la nuit m’avaient également profondément troublée. Mais voilà, le dernier roman de l’écrivain afrikaner le plus célèbre en France m’a déconcertée, même déçue.

D’abord, il a créé chez son lecteur quelques attentes : dans ses romans épais, fort bien construits et ficelés, il décrit, souvent sous la forme d’intrigues policières, les conditions de vie des Noirs en Afrique du Sud, victimes de l’apartheid. Or, La Porte bleue est très mince et prend la forme d’un conte fantastique, racontant une passion amoureuse irréelle. Même si le sujet est nouveau chez Brink, on retrouve ses grandes obsessions : l’opposition entre l’être et le paraître (tandis que le héros est enseignant, il rêve de se consacrer à sa peinture, d’en faire sa profession), le désir pour le corps noir, le rejet des conventions sociales.

La Porte bleue est une sorte de parabole où le fantasme l’emporte sur la réalité : David est un professeur d’une quarantaine d’années, vivant en couple et résigné à vivre sans enfant. Il a accepté de sacrifier sa passion, la peinture, pour en faire un passe-temps. Pour contenter sa femme comme son entourage, il s’accommode de cette existence confortable et morne.

Néanmoins, il a su préserver son jardin secret. Le lecteur est invité à y pénétrer, à découvrir l’identité véritable de David, ses désirs et ses fantasmes. Un jour, tandis que David entre dans son atelier, une femme, à la peau noire, et deux enfants métis se jettent dans ses bras pour fêter son retour au logis. Il ne comprend pas la situation : il ne connaît pas ces personnes. A partir de cette situation absurde, il tente de trouver une explication rationnelle. En vain. Il essaie de retrouver son appartement et sa femme légitime mais échoue. Toute sa vie d’autrefois a disparu. David est condamné à assumer cette nouvelle existence auprès d’une femme en tous points différente de la sienne, une femme qui lui ouvre les portes d’un monde jusque-là interdit  où l’art et la famille font bon ménage.

Pour tout vous dire, la brièveté de ce texte m’a frustrée. Mais, je ne dois pas être la seule et l’auteur a dû être pris par le temps car il a déclaré vouloir écrire la suite en deux volumes. Pourquoi ne pas l’avoir fait en un seul ?

par Anne-Sophie publié dans : A priori... mais
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Lundi 24 décembre 2007

pilate.jpgA priori Eric-Emmanuel Schmitt est un écrivain qui m’agace. A l’instar d’un Paolo Coelho, il veut apporter la bonne parole à ses lecteurs, lui qui a eu la révélation une nuit dans le désert. Ces textes plein de bons sentiments m’irritent voire m’effraient un peu en général. J’avais une image plutôt négative d’un auteur mièvre, illuminé. Les romans racontant la vie de Jésus, même s’ils sont très bien écrits comme La Dernière tentation de Jésus de Níkos Kazantzákis, me gênent un peu parce qu’ils me rappellent trop les prêches de certains curés de mon enfance. Mais, bien décidée à tenter une nouvelle fois l’expérience, pour vous, chers lecteurs, j’ai lu L’évangile selon Pilate de Schmitt.

 

 

 

A priori, donc, ce livre avait tout pour me déplaire : un auteur illuminé, un sujet sensible… Mais je l’ai dévoré ! La première partie m’a un peu inquiétée… Elle est consacrée à Jésus qui prend la parole pour raconter son enfance et les péripéties qui l’ont mené à son arrestation fatale. J’ai appris que l’auteur a commencé à écrire, adolescent, en faisant des pastiches, il affirme même avoir un don pour cela. Je ne puis qu’abonder dans ce sens. En lisant sous sa plume les paroles de Jésus, j’avais l’impression de lire les Evangiles eux-mêmes. Ces paroles pleines de bonté et d’amour ont le don de me mettre mal à l’aise profondément.

 

 

 

Mais, plusieurs aspects positifs m’ont donné envie de poursuivre ma lecture. D’abord, contrairement à ce que je m’imaginais, c’est très bien écrit. L’incipit décrit un lieu, Israël, où Jésus est né et où il va mourir dans les prochaines heures : « Israël est une terre d’oliviers, de cailloux, d’étoiles et de bergers, une terre où les dattes sèchent sur la paille des greniers, une terre d’angoisse où les cœurs mûrissent dans l’attente du sauveur, une terre d’orange, de citron et d’espoir, Israël est mon jardin, le jardin où je suis né, ce jardin même où je dois bientôt mourir ». Dans la seconde partie, Ponce Pilate, préfet en Judée, rapporte la mort du condamné Jésus et le mystère qui l’entoure. Les premières pages débutant cette partie sont enthousiasmantes : Pilate y décrit avec mépris Jérusalem, description en opposition totale avec celle de Jésus. « Je hais Jérusalem. L’air qu’on y respire n’est pas l’air mais un poison qui rend fou. Tout devient excessif dans ce dédale de rues qui ne sont pas faites pour se diriger mais pour se perdre, sur ces chaussées où l’on se cogne au lieu de circuler, parmi ce fracassement de langues qui arrivent de tout l’Orient et qui ne parlent que pour ne pas s’entendre. On crie dehors, on chuchote trop dedans. On ne respecte l’ordre romain que parce qu’on l’exècre ».

 

Ensuite, je n’ai pu lâcher le livre parce que l’auteur a beaucoup d’humour. Il prévoit la réaction des lecteurs lisant ces « paroles d’amour » et raconte avec truculence la façon dont réagissent les gens quand Jésus, à tout bout de champ, leur lance : « Je vous aime ». Ceux-ci s’enfuient en courant, effrayés !

 

 

 

Dans cet Evangile selon Pilate, il est question de comprendre qui était Jésus. Selon Schmitt, il était mauvais charpentier et mauvais Juif, incapable de respecter shabbat et les textes sacrés. Peu à peu, la rumeur court qu’il est le messie tant attendu, lui qui sans s’en rendre compte, réalise divers miracles. L’auteur émet des hypothèses : Judas ne serait pas le traître que l’on croit mais au contraire le plus fidèle des disciples de Jésus, qui par amour pour lui, accepterait de le dénoncer pour qu’il pût accomplir son destin ! De même, la femme de Ponce Pilate aurait été présente lors de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus. C’est parce qu’elle a cru en lui et en sa résurrection que son époux mène l’enquête sur le mystère de la disparition du corps.

 

 

 

En ces temps de fêtes, je suis ravie d’avoir débuté cette nouvelle catégorie, « a priori… mais » avec L’Evangile selon Pilate car, contre toute attente, j’ai passé un très bon moment de lecture et de réflexion.

                                                  

par Anne-Sophie publié dans : A priori... mais
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Dimanche 16 décembre 2007

horizon.gifComme je vous l’ai confié il y a quelque temps, certaines lectures des romans de la rentrée de septembre m’ont tellement déçue que j’ai lu et relu les Classiques… Pourquoi déçue ? Parce que je m’attendais à mieux… Contrairement à ce qu’on pense souvent, le choix d’une lecture est rarement anodin. On peut se fier à la maison d’édition, à la couverture, au titre, au thème abordé, à l’auteur, aux critiques… Bref, quand on choisit un livre, on se crée un « horizon d’attente », c’est-à-dire que notre esprit considère un texte à partir d’une grille d'images et d'idées créées par des lectures antérieures. Chaque nouveau texte se superpose sur les connaissances littéraires du lecteur en le modifiant au fur et à mesure de la lecture. Par conséquent, chaque fois qu’on choisit de lire un livre, on s’attend à des idées plus ou moins précises… Parfois on est déçu, parfois on est heureusement surpris au contraire.

Depuis que je fréquente la blogosphère, je découvre de nouvelles lectures et reviens, après avoir suivi certains conseils de lecture, sur mon point de vue. Parfois, j’ai confirmé mon avis de départ.

En été dernier, vous souvenez-vous, une de mes élèves avait eu la délicate attention de m’offrir Sept jours pour une éternité de Marc Lévy, ce qui m’avait grandement surpris, moi qui me suis efforcée de lui faire découvrir des textes plus élaborés. Certains m’avaient suggéré de lire ce roman avant d’avoir ce jugement définitif.

De même, il m’arrive d’avoir des jugements sévères à l’égard de certains auteurs qui, a priori, ne m’inspirent guère mais mon amie et collègue Eli Flory, qui tient « La Fabrique » dans Le Magazine des Livres m’a assurée qu’elle aimait s’occuper de cette rubrique parce qu’elle est tenue de lire toute l’œuvre d’un auteur à succès qui, a priori, ne l’intéresse guère.

C’est pourquoi, j’ai envie d’inaugurer une nouvelle catégorie sur mon blog intitulée : « A priori… mais » dans laquelle je vous donnerai mon avis avant lecture et mes conclusions. Il pourra s’agir de classiques comme de best-sellers… Les surprises pourront être heureuses comme malheureuses… Enfin, je choisirai des textes connus par tous pour avoir été encensés ou au contraire condamnés.

par Anne-Sophie publié dans : A priori... mais
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