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Anne Sophie Demonchy
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Dimanche 16 mars 2008

Sans-titre-1-copie-4.gifLe Magazine littéraire fait peau neuve… Nouvelle maquette, nouveaux pigistes, nouvelles rubriques. Le résultat est très convaincant. Le magazine laisse désormais une large place aux auteurs qui proposent des textes inédits. C’est ainsi que j’ai pu lire une nouvelle d’Etgar Keret, La Piqûre. On retrouve les thèmes déjà développés dans le recueil Crise d’asthme : angoisses du quotidien, onirisme, quête d’identité, présence du corps oppressante…

 

Dans La Piqûre donc, un homme embrasse sa compagne langoureusement mais au lieu de lui procurer du plaisir, il la pique et la blesse. N’osant rien lui dire, elle panse simplement sa mystérieuse plaie. Le réel fait alors place au fantasme : une nuit, elle découvre sous la langue de son compagnon une fermeture Eclair. Quand elle l’ouvre, elle laisse s’échapper un homme avec un sexe incirconcis : c’est l’autre, celui qu’il était avant de quitter l’Allemagne pour épouser cette femme et devenir Juif. A cause d’elle, il a abandonné son pays, sa musique et ses projets. En tant qu’Allemand, il n’est pas accepté par sa belle-famille qui change d’opinion à son égard une fois converti. A cause de l’ouverture de la braguette, la jeune femme a retrouvé un homme violent, en colère et qui n’aime pas vivre dans un pays si différent du sien, persuadé que les Juifs n’aiment pas les Allemands. Mais elle, est persuadée du contraire : ce ne sont pas les Juifs qui n’aiment pas sa musique c’est simplement que celle-ci est difficile d’accès, en Israël comme en Europe. Selon elle, si son mari n’est pas parvenu à s’intégrer dans ce pays ce n’est pas parce que les Juifs gardent une certaine rancœur envers les Allemands, c’est parce que lui n’a pas accepté les us et coutumes d’Israël et n’a pas voulu se remettre en cause.

 

Cette nouvelle est bien plus profonde qu’elle n’y paraît : à partir d’une scène banale, Etgar Keret aborde des thèmes fondamentaux comme la quête de soi, les choix de vie et ses leurres.

 

 

par Anne-Sophie publié dans : Salon du livre 2008
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Vendredi 14 mars 2008

Si vous allez au Salon du livre, n’hésitez pas à rencontrer deux auteurs des éditions Quidam, la maison d’édition qui remporte tous mes suffrages : Alain Lacroix et Romain Verger. J’ai fait une critique élogieuse de Constellation dans Le Magazine des livres qui sortira dans ces prochains jours. Et évidemment, vous connaissez mon penchant pour Grande Ourse.

 

 

Quidam Editeur
 sur le stand Région Ile-de-France [G 65].

Samedi 15 mars à 15 heures :

Alain Lacroix
, auteur de Constellation, répondra à la question L'Europe est-elle une fiction ?

Il dédicacera ensuite son roman ainsi que le
dimanche 16 mars à 16 heures.


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Mardi 18 mars à 17 heures :

Romain Verger dédicacera Grande Ourse.

 

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par Anne-Sophie publié dans : Salon du livre 2008
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Lundi 10 mars 2008

mon-michael.jpgEn général, un livre qui me plaît ne met guère de temps à être dévoré : s’il reste entre mes mains plus de deux jours, c’est mauvais signe. J’aime lire de longues heures durant, me laisser envahir par l’histoire et le style. Si j’abandonne le livre au bout de quelques minutes, pour quelque raison que ce soit, et que je ne daigne le reprendre le jour même, je sais que le charme est rompu et que je ne le finirai pas. Pourtant, certains livres font exception. Dernier exemple en date : Mon Michaël, le deuxième roman d’Amos Oz, publié en 1968 et paru en France en 2005 seulement.

Ce texte m’a profondément émue et troublée. L’auteur est parvenu avec une très grande sensibilité à se mettre dans la peau d’une femme qui perd pied… Elle tient un journal et analyse son quotidien et ses « choix de vie » qu’elle a en réalité refusé d’assumer. Dès le début, elle rapporte un dicton de son père : « mon pauvre père Joseph disait : les gens forts sont libres de faire tout ce qu’ils veulent, mais même les gens les plus forts ne sont pas libres de vouloir ce qu’ils veulent. Quant à moi, je ne suis pas des plus fortes ». Et elle le prouve : elle rencontre un jeune homme, tandis qu’elle est étudiante en lettres, Michaël, séduisant, gentil mais empoté, gauche, et peu enclin à la passion. Malgré ses réserves, elle accepte de l’épouser très rapidement.

Tandis qu’elle passe ses journées et ses nuits à rêver à une vie meilleure, au moins différente, Michaël semble aimer son existence telle qu’elle est. Il enseigne à l’Université, fait une thèse en géologie et a trouvé une femme qui le comble de joie. Hanna est une sorte d’Emma Bovary qui a abandonné ses études pour son foyer et qui désormais trouve refuge dans les fantasmes. De façon récurrente, elle rêve à deux jumeaux, issus de son enfance, deux petits guerriers qui passent leur temps à s’affronter. Parfois, Michel Strogoff fait son apparition et montre sa force et son courage. Ces rêves incarnent à la fois la guerre du Sinaï ainsi que celle qu’elle mène contre elle-même.

Dans ce journal, Hanna se veut allusive. Ainsi, le lecteur doit reconstituer le puzzle à partir de tous les indices parsemés de façon désordonnée tout au long du roman. Avant même que Michaël ne la demande en mariage, il sait que « l’homme qui sera [son] époux devra être très fort ». Par la suite, elle ne cesse de répéter qu’elle a de mauvais pressentiments alors que rien ne le laisse présager.

Ainsi, le temps ronge la vie et plonge Hanna dans la nostalgie. Elle s’ « accroche aux mots et au souvenir comme à un parapet » mais n’est jamais disponible à vivre l’instant présent, qu’elle juge trivial, banal. Ce sont les souvenirs et les mots qui parviendront à le magnifier. Cette constatation et cette fuite du moment présent la plongent dans une profonde mélancolie et la tiennent à distance du monde et des gens qui évoluent autour d’elle comme des fantômes mais n’ont plus d’incidence sur elle.

C’est un très beau texte que j’ai longuement dégusté comme si j’avais besoin de garder auprès de moi Hanna et ses fantasmes, ses angoisses du quotidien et de l’avenir dans un pays en guerre.

par Anne-Sophie publié dans : Salon du livre 2008
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Dimanche 2 mars 2008

514CS6NHS1L._SS500_.jpgC’est un bien étrange petit recueil de nouvelles que je viens de lire, un recueil très éloigné des préoccupations politiques israéliennes. Il s’intitule Crise d’asthme. L’écrivain et réalisateur Etgar Keret compose des textes aux antipodes de ceux d’un Amos Oz (dont je vous reparlerai dimanche prochain) ou d’un Yehoshua. Etgar Keret appartient en effet à la nouvelle génération des auteurs israéliens désireux de se tourner vers des préoccupations plus universelles et non de concentrer ses œuvres sur le conflit israélo-palestinien. Pas question dans ce recueil d’aborder les thèmes de la religion, des cultures ou du territoire.

Ces quarante-huit « textes clips » comme la quatrième de couverture se plaît à les définir, nous plongent dans des univers réalistes mais emprunts d’absurdité. La violence affleure chaque nouvelle de façon déstabilisante. Ainsi, dans « Casser le cochonnet », un petit garçon rêve d’avoir un Bart Simpson en poupée mais son père refuse, voulant lui apprendre la valeur de l’argent. Pour ce faire, il lui achète une tirelire que l’enfant surnomme Hasenuss, du nom de l’ancien locataire. Chaque jour, le petit glisse une pièce dans la fente du cochonnet jusqu’au jour où son père estime que celui-ci est suffisamment plein pour payer Bart. Avec un air sardonique, il propose alors à son fils de tuer son ami avec un marteau ! Je vous avais prévenus, l’univers de Keret est fantasque. Une autre nouvelle, « Mon frère est déprimé », relève plutôt de l’humour noir. Le narrateur se sent désemparé parce que son frère veut se suicider. Il lui avoue son projet tandis qu’ils promènent leur rottweiler. Sans crier gare, le chien se jette sur un enfant et lui dévore le visage. La mère hurle et pour la calmer, le frère dépressif l’abat d’un grand coup de barre sur la tête et le narrateur de conclure : « C’est son droit, il est déprimé ».

Ces nouvelles, sans être géniales ni renouveler le genre, se lisent avec plaisir.

Comme il est bon de rire du malheur des autres !

par Anne-Sophie publié dans : Salon du livre 2008
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