Le Magazine
littéraire fait peau neuve… Nouvelle maquette, nouveaux pigistes, nouvelles rubriques. Le résultat est très convaincant. Le magazine laisse
désormais une large place aux auteurs qui proposent des textes inédits. C’est ainsi que j’ai pu lire une nouvelle d’Etgar Keret, La Piqûre. On retrouve les thèmes déjà
développés dans le recueil Crise d’asthme : angoisses du quotidien, onirisme, quête d’identité, présence du
corps oppressante…
Dans La Piqûre donc, un homme embrasse sa compagne langoureusement mais au lieu de lui procurer du plaisir, il la pique et la blesse. N’osant rien lui dire, elle panse simplement sa mystérieuse plaie. Le réel fait alors place au fantasme : une nuit, elle découvre sous la langue de son compagnon une fermeture Eclair. Quand elle l’ouvre, elle laisse s’échapper un homme avec un sexe incirconcis : c’est l’autre, celui qu’il était avant de quitter l’Allemagne pour épouser cette femme et devenir Juif. A cause d’elle, il a abandonné son pays, sa musique et ses projets. En tant qu’Allemand, il n’est pas accepté par sa belle-famille qui change d’opinion à son égard une fois converti. A cause de l’ouverture de la braguette, la jeune femme a retrouvé un homme violent, en colère et qui n’aime pas vivre dans un pays si différent du sien, persuadé que les Juifs n’aiment pas les Allemands. Mais elle, est persuadée du contraire : ce ne sont pas les Juifs qui n’aiment pas sa musique c’est simplement que celle-ci est difficile d’accès, en Israël comme en Europe. Selon elle, si son mari n’est pas parvenu à s’intégrer dans ce pays ce n’est pas parce que les Juifs gardent une certaine rancœur envers les Allemands, c’est parce que lui n’a pas accepté les us et coutumes d’Israël et n’a pas voulu se remettre en cause.
Cette nouvelle est bien plus profonde qu’elle n’y paraît : à partir d’une scène banale, Etgar Keret aborde des thèmes fondamentaux comme la quête de soi, les choix de vie et ses leurres.
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