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Anne Sophie Demonchy
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Jeudi 15 mai 2008

Les Français sont moroses : la crise économique pèse sur leurs épaules, les réformes font peur comme le chômage ou la baisse du pouvoir d’achat… Alors pour retrouver un peu de baume au cœur, ils trouvent refuge dans le divertissement. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Guy Lagache, présentateur sur M6 de l’émission « Capital ». Pour nous le prouver, dimanche il proposait une enquête sur les nouveaux rois du divertissement qui eux, contrairement à vous et moi, arrivent à tirer leur épingle du jeu et à ne pas se soucier de leur pouvoir d’achat.

Je ne vous rapporterai pas ce qui s’est dit sur les humoristes ou les chanteurs, je vous laisse le soin de revoir l’émission vous-mêmes sur M6 Replay, je me contenterai de vous faire part de l’enquête sur les coulisses de l’édition, enquête qui ne manquait pas d’intérêt. Bien sûr, une enquête sur les rois du divertissement ne pouvait se faire sans Bernard Fixot. L’éditeur montrait ses stratégies pour ne publier que des best-sellers. J’avais donné quelques recettes il y a quelques jours ici-même mais pour « Capital », Bernard Fixot a bien voulu en donner d’autres. Pour fabriquer un best-seller donc, il faut trouver des personnages symboles d’une grande cause : Ingrid Betancourt, Souad, la jeune femme brûlée vive par sa famille parce qu’on l’a vue parler à un garçon … Ces femmes sont des héroïnes, selon l’éditeur, et notre société a besoin de ces personnes porteuses d’espoir. Il ne suffit pas d’avoir une histoire exceptionnelle pour que les lecteurs aient envie d’acheter le livre, il faut aussi que les auteurs soient présents sur les plateaux télé et sachent répondre aux questions des journalistes et susciter l’émotion. Bernard Fixot nous montre ainsi une vidéo où Ingrid Betancourt s’entraîne à parler devant une caméra…

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans cette enquête ce ne sont pas les stratégies de vente des éditions XO, mais le portrait de l’éditeur Bertil Scali. A l’origine, Scali est une petite maison d’édition, née il y a quatre ans à peine et ne comptant que 5 employés. Sa spécialité est la musique, rock et Folk en particulier. Elle publie également des romans, des dictionnaires sur la littérature… Bref, des livres de qualité, réservés à un lectorat confidentiel. Mais depuis quelques mois, Bertil Scali, pour faire vivre sa maison, a décidé de changer, en partie, sa ligne éditoriale. A côté des ouvrages spécialisés, Scali publie des livres grand public. Au moment du tournage de l’enquête, Claire l’Hoër signait son livre humoristique sur les Ch’tis, surfant ainsi sur le succès de Danny Boon. Depuis, la mère de Michel Houellebecq, Lucie Ceccaldi a fait paraître un livre qui a fait couler beaucoup d’encre et qui, sans doute, se vend comme des petits pains : L’Innocente. Grâce à ces sujets en plein dans l’actu ou fortement polémiques, Scali parvient à toucher un public plus large, à faire parler d’elle dans tous les médias, y compris sur M6 ! Finalement, c’est avant tout cela que montrait cette enquête : comment une petite maison (fort prolixe au demeurant puisqu’en 2007 déjà, elle publiait 4 livres par mois) parvient à survivre voire à prospérer dans un milieu difficile.

 

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Jeudi 17 avril 2008

J’ai attendu quelques jours, histoire que la colère retombe avant de vous faire part d’une mauvaise expérience qui m’est arrivée il y a quelques jours chez un revendeur de livre parisien bien connu : Gibert Joseph.

Je reçois, comme vous le savez, un certain nombre de livres, c’est vrai. Mais j’en achète surtout. Des fictions comme des essais politiques (pour mon site) fraîchement parus, des poches, des ouvrages parascolaires, des classiques… Certains livres sont intéressants, d’autres nettement moins et mon appartement (c’est ainsi) n’a pas de murs extensibles. Il m’arrive donc quelques fois l’an de revendre les livres sans intérêt en échange de bons d’achat (je ne compte pas sur ce troc pour me faire de l’argent de poche !). Certains livres sont repris, d’autres non. En règle générale, je comprends la logique : les livres achetés d’occasion et les éditions vieillies sont refusées. Il en est de même pour les romans ou les livres politiques périmés au bout de huit semaines maximum. Pour ces ouvrages, il est donc préférable de les revendre le plus rapidement possible si l’on ne veut pas qu’ils encombrent ses étagères.

Tout fonctionnait parfaitement jusqu’à présent. Mais il semble que les règles aient changé. Lundi, je suis arrivée avec un sac contenant divers ouvrages. Le vendeur, très rapidement, me demande si j’ai une carte de presse. Je suis étonnée, ne comprends pas la question.

« Non, je n’ai pas de carte de presse, pourquoi ?

- Ces livres sont neufs, on ne peut pas les reprendre » 

Je suis atterrée… Je demande des explications étant donné que les livres que je lui présente ont été achetés ces deux derniers mois chez Gibert Joseph.

« Nous n’avons pas le droit de reprendre des livres neufs. Nous avons des contrôles stricts. Si les représentants nous demandent des comptes, nous devons leur présenter les preuves que ces livres ont bien été achetés ou bien que la personne qui les revend possède une carte de presse.

- Puisque vous ne voulez pas me reprendre mes livres « neufs », prenez au moins mes poches.

- Impossible : on prend le lot ou rien. Puisque vous n’avez pas de carte de presse, et que vous avez des livres récents, nous ne regardons pas la suite.

Notez la mauvaise foi du vendeur qui n’avait pas envie de passer plus de temps à s’expliquer. Mais, j’ai voulu aller jusqu’au bout de cette histoire… J’ai donc rencontré le responsable qui n’était guère plus commode. Selon lui, il faudrait, si je souhaite vendre mes livres les plus récents, garder à l’intérieur de chacun d’eux, mes tickets de caisse.

- Et les pigistes, comment font-ils ?

- C’est la même chose : ils n’ont pas le droit de revendre ces livres s’ils n’ont pas de carte de presse.

 

Finalement, il n’y a que les journalistes, qui ne sont pas en situation précaire ou simples lecteurs, qui sont autorisés à vendre des livres récents. Les autres sont priés de s’adresser ailleurs. Alors tant pis, je ne dépenserai plus mes sous chez Gibert Jospeh. Vu la concurrence dans le quartier, je ne devrais pas avoir de difficulté à trouver mieux ! 

 

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Lundi 24 mars 2008

Sans-titre-1-copie-5.gifIl y a un an environ, j’avais écrit un billet d’humeur à propos de ces maisons d’édition qui se servent des blogs pour promouvoir leurs livres sans pour autant vouloir entrer véritablement en contact avec ce nouveau média. Les encourager à acheter leurs dernières parutions, oui ; leur envoyer des services de presse, non.

Il semblerait que les choses depuis aient un peu évolué. Mais doucement. Juan Asensio, alias Stalker, dans l'un de ses billets, a recensé les maisons d’édition ayant accepté de lui envoyer quelques bouquins. Il ne s’est pas gêné pour afficher la liste de celles qui ne souhaitent pas collaborer avec lui. Je pourrais élargir, avec nous, blogueurs. L’une d’elle lui rétorque qu’il n’est pas un véritable journaliste. Il se trouve que j’ai eu plusieurs fois affaire avec cette maison, réputée. La première fois, c’était il y a un an. Nous voulions, pour Le Magazine des livres, faire le portrait des femmes éditrices. Tout naturellement, nous nous sommes tournées, Eli Fleury et moi, vers cette éditrice. Or, celle-ci a refusé, parce qu’elle n’avait eu aucun écho de notre magazine. En octobre dernier également, j’ai participé à la promotion du prix des lecteurs du Livre d’économie organisé par le Sénat. Les sites politiques sélectionnés devaient faire la critique d’une douzaine de livres d’économie et convaincre les internautes de découvrir les livres et de voter sur Internet pour l’un d’entre eux. Il se trouve qu’un livre de cette maison peu coopérative a été choisi pour figurer sur la liste du prix d’économie. Normalement, nous aurions dû recevoir ce livre en service de presse, mais l’éditrice a refusé expliquant qu’elle ne le fournirait que s’il figurait sur la liste finale. C’est ce qui s’est produit et finalement nous avons reçu le livre quelques jours seulement avant la remise du prix qui n’a évidemment pas gagné le prix.

Mais cette maison n’est pas la seule à se montrer suspicieuse à l’égard des blogs et des sites… Pour Le Magazine des livres, je collabore avec une très grande maison, qui m’envoie TOUS ses livres en service de presse. Je ne peux évidemment les traiter tous d’une part parce que certains ne m’intéressent pas et d’autre part parce que Le Magazine ne peut être une vitrine de cette maison. Régulièrement, j’ai au téléphone les attachées de presse qui me vantent tel ou tel livre en priorité. Un jour, j’ai glissé la possibilité d’évoquer l’un de ces livres sur mon blog (qu’elles ne connaissent pas) :

-Anne-Sophie, là, je mets un bémol. Voyez-vous ce livre mérite un grand éclairage médiatique… Il serait dommage de ne pas faire un papier dans la presse…

C’est son choix. Suite à son bémol j’ai décidé, de mon côté, de ne pas traiter de ses livres sur mon blog. En écrivant ces lignes, je perçois qu’il y a un véritable rapport de force qui s’instaure désormais entre éditeurs, blogueurs et journalistes.

Conserver une certaine distinction entre journalistes et blogueurs est très important : sur un blog personnel, il n’y a pas d’enjeux financiers ce qui n’est pas le cas des journaux tenus de traiter dans l’urgence les livres et les événements qui marquent l’actualité. Nous, blogueurs, sommes libres d’agir à notre guise, d’adopter notre propre rythme de croisière et le ton que l’on souhaite. Bref, nous sommes libres !

 

 

(ce billet inaugure une série sur le sujet… parce que contrairement à cette conclusion optimiste, la situation est plus complexe)

 

François Bon poursuit le débat sur son site

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Vendredi 1 février 2008

Sans-titre-1-copie-1.gifLa France s’émeut de ce pauvre professeur placé en garde à vue 24 heures après avoir donné une gifle à un mouflet de 11 ans qui a osé le traiter de « connard ». Immédiatement alerté par son fils, le papa s’est présenté au collège dans son uniforme de gendarme, pour demander des explications. Pas convaincu, il est allé déposer plainte. Le soir même, des policiers se sont présentés au domicile du bourreau pour le placer en garde à vue.

La presse fait ses choux gras de cette affaire. Les auditeurs, très remontés, s’expriment à la radio pour donner raison au professeur. Enfin l’autorité est de retour et l’on veut torpiller les efforts ! D’une voix unanime, ils sont persuadés que si leur enfant avait reçu une baffe pour avoir insulté un professeur, ils auraient donné raison à l’adulte voire auraient collé une autre claque à l’enfant. Quelques enseignants, néanmoins, ont rappelé qu’il n’est pas de leur devoir de corriger corporellement un élève.

Ne croyez pas que j’envoie la pierre à mon collègue qui reçoit au contraire tout mon soutien. En classe, il arrive que les tensions soient si fortes que l’on ait envie d’exploser. Certains enfants sont si durs qu’on aurait envie de leur renvoyer toute leur violence en pleine face. Mais, on se retient. Ce n’est pas du laxisme, loin s’en faut sinon de la conscience professionnelle. Je suis persuadée que ce professeur a eu ce geste spontané sans penser à mal mais au fond de lui il savait qu’il avait perdu le contrôle de lui-même. Il n’a pas agi pour se faire obéir ou asseoir son autorité mais par impulsion.

Depuis hier, j’entends différentes choses à ce sujet qui me choquent. Lors de la revue de presse à la radio, je ne sais plus quel journal défend la gifle en rappelant que Camus admirait son instituteur, Monsieur Germain, qui chaque jour lui administrait des coups de règle, ses sucres d’orge. Je m’inscris en faux contre cette pratique qui n’est pas digne d’une éducation moderne… Depuis quelques années, certains ont la nostalgie de l’école de la IIIème République. Autrefois, on avait une belle écriture ; autrefois, on ne faisait pas de fautes d’orthographe ; autrefois, on respectait le professeur. Avec cette affaire de la gifle, les nostalgiques vont plus loin encore : autrefois, on recevait des coups de règle et c’était bon ! Camus n’a-t-il pas, en effet, grâce à ces sucres d’orge, reçu le prix Nobel de littérature ?

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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