Auteurs-TV est un concept vraiment original et pertinent : un auteur français parle de son travail, de ses méthodes, de sa conception de l’écriture au cours d’un entretien filmé. L’interviewer s’efface complètement derrière sa caméra et laisse parler son invité sans lui couper la parole ni le contredire. Non seulement, l’auteur est mis à l’honneur avec beaucoup de classe mais surtout les propos tenus sont souvent très intéressants.
Aujourd’hui, par exemple, j’ai visionné l’entretien d’Anne Bragance. Cette femme m’a littéralement bluffée. Elle a tenu un discours que l’on n’a guère l’habitude d’entendre ni de lire ordinairement de la part d’un auteur consacré. Ainsi, Anne Bragance, qui a déjà publié 31 livres, avoue avec une certaine candeur qu’elle est assez paresseuse et par conséquent qu’elle ne retravaille jamais ses manuscrits. Autrefois, à l’ère de la machine à écrire, elle mettait 8 mois environ pour écrire un livre, à présent, elle est plus rapide et passe 3 mois devant son ordinateur à peaufiner son histoire !
Elle a également voulu mettre fin au mythe de l’écrivain intellectuel, grand lecteur de littérature classique. Selon elle, les auteurs ont beau affirmer qu’ils aiment lire et relire les Grands, ce n’est pas vrai. Ils lisent peu… Ils veulent se donner bonne conscience. En ce qui la concerne d’ailleurs, elle passe de nombreuses heures quotidiennement à lire ses contemporains, parce qu’elle éprouve le besoin de confronter ses textes aux autres, de se comparer afin d’être certaine qu’elle appartient à une même communauté littéraire.
Pour un auteur, comme Anne Bragance, je trouve osé de confesser publiquement qu’on ne retravaille pas son manuscrit et de casser le mythe de l’écrivain-lecteur.
L’histoire d’Anne Bragance me fait penser (sans vouloir faire d’association abusive voire mensongère) à l’enquête que j’avais menée sur les nègres littéraires et les rewritters (correcteurs) l’an dernier. J’avais ainsi appris que des auteurs, reconnus, transmettent des manuscrits voire parfois des synopsis à l’éditeur, chargé alors de rendre les textes publiables. Pour certains porte-plume, comme Dan Franck (qui vient d’ailleurs de publier son Roman nègre, chez Grasset, il y a quelques jours), tout cela n’est pas grave, c’est une simple mascarade entre auteurs, nègres et éditeurs. Et le lecteur dans cette affaire ?
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