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Anne Sophie Demonchy
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Mardi 6 mai 2008

 

Jusqu’à présent, les éditions Sulliver se concentraient essentiellement sur les sciences humaines, depuis quelque temps, elles commencent à publier des fictions. C’est ainsi que j’ai découvert un texte d’André Bonmort, L’âge de cendre.

Ce n’est pas un récit dont voudrait Bernard Fixot & Co, un récit qui emporte les foules, les faisant rire ou pleurer parce que non seulement le style relève de la prose poétique mais en plus, il n’y a gère de trame narrative. Il s’agit, je le répète, d’un récit, celui que l’humanité ferait aux hommes si elle en avait la possibilité. Elle observe ainsi ses enfants, devenus des êtres égoïstes, destructeurs, pollueurs et irresponsables. Les courts chapitres s’enchaînent dressant un constat catastrophique de la situation actuelle de notre planète. Tous les thèmes sont abordés : de la passivité des hommes face aux injustices sociales au déni de l’engagement politique, de l’avachissement général à la bêtise ambiante en passant par les guerres et la mondialisation. La colère gronde à travers ces pages véhémentes et poétiques. C’est un chant lyrique que nous offre l’auteur, exalté par ses sentiments de rage et de désespoir. Dans une langue sophistiquée, il nous met en garde contre ce monde qui s’amollit, s’abêtit passivement, s’installe dans un discours fade et consensuel. Pour résister à ce règne de la laideur, l’auteur a choisi un style propre à dire la beauté de la langue par opposition à l’enlisement des hommes dans la vilénie, la pollution et la destruction. Il pèse chacun des mots, les fait rimer, compte chaque syllabe pour obtenir des structures de phrases bien balancées et faire de ce texte plaidoyer un moment de poésie :

« Chaque nuit le même rêve…

… Chaque nuit, à grandes enjambées, je cours à perdre haleine, implorante, implorée. Chaque nuit, quand je suis endormie, je cours pour tenter d’exorciser la réalité ; je cours pour essayer d’arracher mes enfants au bourbier où ils sont enlisés… ».

 

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Vendredi 2 mai 2008

 

Je reviens après huit jours d’absence pour vous faire part d’un coup de cœur : A l’ombre des humains de Lalie Walker, un polar publié aux éditions Atelier in-8. Contrairement à La Théorie du k.o. que j’ai lu dernièrement, le style ici tient une place de choix. : Lalie Walker mêle une intrigue complexe à une écriture nerveuse et poétique. J’ai particulièrement aimé la façon dont elle évoque ses personnages, tous hantés par leurs démons… Que ce soit les enquêteurs ou les suspects, ils ont tous un grain de folie, une étrangeté inquiétante…

Albertini, l’enquêteur, se trouve un peu par hasard, dans un village perdu au milieu de nulle part, où la tête d’une morte a été tranchée et remplacée par celle d’un autre cadavre : le tueur a voulu mettre en scène un enterrement qui horrifie les villageois. Tous ont l’impression d’habiter un lieu maudit, gouverné par un être violent et malveillant : le père Carsov. C’est le corps de son épouse qui a été profané. Vengeance ou folie ? Carsov est autoritaire, inique, violent. Il a renié ses deux enfants : Livia et Aurèle. Sa fille, d’un caractère fort, a déclaré la guerre contre lui tandis qu’Aurèle est un garçon très fragile, une sorte de doux dingue, qui a préféré se réfugier dans un monde imaginaire plutôt que d’affronter la réalité. Lui aussi serait capable de faire un geste inconsidéré, juste par inconscience.

Mais il y a encore de nombreux suspects qui habitent ce village mystérieux et menaçant, et de nouveaux crimes abominables s’enchaînent inéluctablement. De toutes parts, transpire une odeur morbide où la mort est partout… Chacun la sent rôder, s’approcher irrémédiablement.

Les personnages possèdent tous une psychologie complexe et minutieusement décrite dans un style soutenu. A l’ombre des humains est un très bon roman que l’on classe traditionnellement parmi les thrillers mais qui a l’ambition de rendre compte d’un microcosme particulièrement angoissant et indéniablement humain.

 

Si vous voulez en savoir plus sur Lalie Walker, consultez ici son site

Pour découvrir les éditions Atelier In 8, c’est là

 

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Lundi 21 avril 2008

 


Je ne suis pas une grande amatrice de polars pour la simple et bonne raison que la plupart du temps c’est l’intrigue qui est mise en avant au détriment de l’écriture. Très rapidement, même si je suis prise par l’histoire, je m’ennuie parce que le style est trop relâché.

C’est un peu le reproche que je ferai à Lilian Bathelot, l’auteur de La Théorie du K.O. L’idée de départ n’est pas très originale mais intéressante : un flic, Lopez, découvre les magouilles politiques de Sète et décide de les dénoncer dans la presse locale. Immédiatement, les politiques concernés se mettent en branle pour éliminer le commissaire et ses complices par n’importe quel moyen, pourvu que ce soit rapide et efficace et que les rumeurs cessent de s’ébruiter.

L’histoire est haletante, c’est vrai, on se laisse prendre par la cavale de Lopez et de ses amis. Bathelot dépeint ses personnages avec une certaine empathie si bien que le lecteur s’attache à eux et veut savoir s’ils vont parvenir à trouver une issue de secours. Mais, je n’ai pas été touchée par l’écriture privilégiant la rapidité des actions, leur enchaînement… De même, il n’y a pas de recherche dans la construction du roman, linéaire et si différents événements ayant peu de rapport au premier abord, se croisent, le lecteur comprend vite leurs enjeux et l’intrigue ne repose plus que sur cette course-poursuite entre Lopez et la police. En revanche, la fin du roman est surprenante, révoltante et laisse un goût amer.

 

 

La théorie du K.O. a déjà été publié en 2000 aux éditions Climats et réédité en mars 2008 chez Jigal.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Dimanche 13 avril 2008

 

Comme je vous l’avais signalé au moment de la fête du Printemps des poètes, je connais peu la poésie contemporaine. Une âme généreuse a entendu ma parole et a eu envie de me faire découvrir un très bel auteur en la matière : Ariane Dreyfus, qui vient de publier au Castor Astral un recueil de poèmes intitulé : Iris, c’est votre bleu. La fleur, c’est l’homme, et plus précisément son sexe qui s’ouvre et qui éclôt au contact de son amante. L’amour charnel s’inscrit dans le temps et l’espace. Il est à la fois union des corps et de union de l’être à l’univers. Il est enfin une réconciliation entre soi et l’Autre :

 

 

Je te serre dans mes bras la nuit commençant.

Serrer, mais non,

Trop sombre elle ne nous laisse même pas les arbres.

Je me rapproche. Je vois encore, peut-être encore un peu, je vois le dessin d’une feuille près d’une autre.

Chacun existe, même par terre et je ne vois plus quoi, c’est ici.

La nuit donc, au cas où on aurait oublié.

 

Dans l’obscurité, je vais voir tes yeux ouverts

Très doucement et très vivants.

C’est nous pas engloutis, la montagne noircie garde une seule courbe,

Et la mer, quand le soleil descend la mer brille tellement

Si l’on reste près d’elle,

Pour voir encore.

 

Que ton sexe se détende ou se rende

-Fente infime, lueur soulevée –

Ta douceur demande ma douceur.

 

On a peur qu’il suffirait d’une seule fois,

Alors se coucher

Se coucher autant de fois qu’il faudra

Pour apprendre le mouvement de l’amour sur la terre.

 

 

Si l’Amour est au centre du recueil, d’autres thèmes sont abordés comme celui des maltraitances faites aux femmes dans certains pays ou aux enfants. Ariane Dreyfus croque en quelques mots lapidaires un événement tragique, comme celle par exemple d’ Atefeh Rajabi, une jeune iranienne, exécutée pour avoir été violée à plusieurs reprises par un ex gardien de la révolution de 51. Se sachant condamnée à mort et désespérée, elle retira son hijab et lança sa chaussure à la figure du juge qui la pendit lui-même :

 

Atefeh Rajabi Sahhaleh,

Etre Iranienne. Avoir seize ans.

 

Pas eu le temps, sauf quelques pas,

Une porte qu’elle voulait ouvrir.

 

Pour vivre, quelques pas.

Le regard échangé serait la première clef qui tourne,

L’ouverture d’un baiser,

Une chambre amoureusement.

 

*

Le juge a rugi.

 

Sera pendue et très haut, d’une grue pour bien détacher de la terre. C’est parfait.

C’est quelque chose qu’on voudrait montrer à Dieu.

 

Dieu n’est jamais là. Pas besoin.

Il ne dit rien à une fille qui se débat

- si furieuse qu’elle crie, criant aussi.

*

 

Calmement bougent une corde, une grue, un ciel s’écartant toujours plus.

Qu’ils le fassent,

Un baiser est d’une lenteur plus haute.

 

Plus la mort commence, plus c’est la vérité seulement

Qui caresse le cœur.

 

Une jeune fille qui se balance,

La mort a lieu en dessous.

 

 

Pour en savoir plus sur Ariane Dreyfus et sa façon de composer ses poèmes, je vous conseille de lire l’entretien, en plusieurs parties, qu’elle a accordé au site Poezibao.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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