La Lettrine : le monde littéraire passé à la moulinette
Alors que j’étais très enthousiaste par ce début des Bienveillantes, voici que j’émets quelques réserves. J’ai arrêté ma lecture à la fin d’un long passage d’une rare violence. Max Aue accompagne Ott fouiller un village où il y aurait des résistants au régime nazi qui y seraient cachés. En chemin, tous deux sont inquiets : leurs hommes commencent à être fatigués moralement. Depuis plusieurs jours, ils jettent des juifs dans des fosses après les avoir fusillés… Ils redoutent un incident et ils ont raison. Ils se rendent dans un bois et découvrent encore des cadavres embourbés dans la boue. Soudain, un cri. Sans attendre, les fusils tirent. Une femme, enceinte, tombe à terre, morte. Un infirmier prend l’initiative de mettre au monde l’enfant. Ott, fou de rage, s’empare du nourrisson et « le tenant par les pieds, lui fracassa la tête contre le coin du poêle ». Il se justifie bien sûr : il n’y a aucun avenir pour cet enfant sans mère…
Littell nous décrit un univers ultraviolent : celui de la guerre, d’une guerre contre les civils… Mais, Max Aue, contrairement à ce que l’on a pu lire dans certains journaux, s’interroge et n’exécute pas les ordres sans y réfléchir. Il obéit certes, mais il ne dort pas sur ses deux oreilles : il fait des cauchemars de puissance et domination vaines. Il est aussi victime de coliques qui lui tordent le ventre. Tuer des femmes et des enfants le remue et ne pas être considéré par quiconque également car « de toute façon personne n’avait cure de ce que je pouvais penser. Notre système, notre Etat se moquait profondément des pensées de ses serviteurs ». Max Aue a l’impression de faire un travail absurde. Il réalise, en observant son comportement et celui de ses hommes que « leurs réactions, leur violence, leur alcoolisme, les dépressions nerveuses, les suicides, [sa] propre tristesse, tout cela démontrait que l’autre existe, existe en tant qu’autre, en tant qu’humain, et qu’aucune volonté, aucune idéologie, aucune quantité de bêtise et d’alcool ne peut rompre ce lien, ténu mais indestructible. Cela est un fait. Non une opinion ».
Max Aue est beaucoup moins cernable qu’il ne laissait paraître en premier lieu… Il est inquiet du déroulement des exécutions, mais en même temps, il a fait le choix de la radicalité, rejetant ainsi « le confort des lois bourgeoises ». Mais il s’agit de « la radicalité de l’abîme, (…), de cela au moins [il] était intimement persuadé, les suivre, jusqu’au bout, les yeux grands ouverts ».
à très bientôt
Salut Anne-Sophie !
Je n'ai pas encore cet énorme bouquin (c'est prévu), mais en tout cas j'aime beaucoup l'idée de le commenté au fur et à mesure.
Voilà, c'est tout.
A bientôt !
Passe un bon week end et à bientôt
Bon week end et à très bientôt
C'est plus soft. Si je me souviens bien ce livre parle de la vie d'un jeune soldat Allemand (qui est l'auteur) durant la guerre. L'histoire est souvent écrite par les vainqueurs alors il est intérressant de voir comment les choses étaient vécues de l'autre côté.
Bye,
je connais très bien ce roman, très bien écrit d'ailleurs. Mais, c'est un récit sur la guerre des tranchées, entre soldats. La Seconde Guere mondiale est d'emblée plus "violente" puisque les victimes sont les civils! Merci néanmoins pour ce conseil de lecture.
Au plaisir de vous relire
Au plaisir de te relire
je suis d'accord avec toi, il faut avoir le coeur accroché et se dire que certaines comparaisons sont de pures provocations... Moi aussi, j'ai eu très mal en lisant ces lignes où le narrateur se souvient avoir marché sur ces insectes comme aujourd'hui sur les morts...
A très bientôt
Ton blog est tout à fait remarquable, hop dans mon bookmark :)
A propos de ta chronique, je trouve les livres sur la 2nde guerre mondiale et se penchant du côté nazi assez rares... Maintenant la guerre, ce n'est pas forcément ma tasse de thé !
Je reviendrai farfouiller dans tes chroniques, ça me donnera certainement de bonnes idées de lecture :)
Bon samedi.