La Lettrine : le monde littéraire passé à la moulinette


Léonora Miano, souvenez-vous, est un auteur engagé. Elle est camerounaise, mais vit en France depuis 1991. En 2005, elle publie donc son premier roman chez Plon, L’Intérieur de la nuit, l’année suivante, encouragée par la reconnaissance des critiques comme des lecteurs (elle reçoit deux prix littéraires et son roman est classé 5ème au palmarès des meilleurs livres de l’année par Lire), elle revient avec un nouveau roman sur l’Afrique : Contours du jour qui vient (Plon).  

Il s’agit de l’histoire d’une fillette de 12 ans, Musango, qui habite dans une région imaginaire d’Afrique, ravagée par les guerres civiles. Quand son père vient à décéder, sa mère l’en rend responsable : Musango serait ensorcelée. Elle la chasse donc. Musango, comme des milliers d’enfants (dont la plupart sont des enfants soldats), est livrée à elle-même. Elle est recueillie par différentes personnes : certaines sont malveillantes. Elles utilisent les enfants abandonnés pour les exploiter, les prostituer. D’autres, au contraire, les accueillent chez elles et les protègent quelque temps.

Musango doit apprendre à vivre seule, loin de sa mère. Pourtant, elle part à sa recherche, essaie de comprendre pourquoi elle l’a toujours rejetée. Sa survie n’a qu’un objectif : retrouver celle qui l’a mise au monde.

Comme de nombreux romans publiés cette année, Contours du jour qui vient est un long monologue, entrecoupé de quelques dialogues. Ce qui importe c’est de comprendre la détresse et l’évolution intellectuelle et psychologique d’une enfant perdue au milieu d’un pays en proie à la violence et à la superstition religieuse.

Léonora Miano veut dénoncer ce mysticisme dont ont recours les hommes pour asseoir leur autorité et abuser des femmes qui n’osent se défendre. En effet, au début de son aventure, Musango est recueillie par un Gourou qui s’occupe de former des prostituées afin de les mener en Europe. Voici ses méthodes d’apprentissage : « il récite des prières écrites par lui et des incantations. Elle ne mange que des légumes verts. Vie Eternelle dit qu’il sait qu’elle verra bientôt son sang, qu’elle doit se tenir prête. Ils vont travailler sur elle jusqu’à ce qu’elle soit enceinte, ce qui la purifiera et lui accordera la protection du Très-Haut pendant le voyage ». Léonora Miano a fait des recherches sur les pratiques religieuses en Afrique, cela se ressent. Elle imprègne son roman d’incantations et de prières. Parfois, néanmoins, ces passages sont longs et finissent par agacer…

Néanmoins, tandis que les femmes sont soumises, Musango observe, analyse et refuse ce monde qu’on lui propose : tandis que le gourou ne cesse de psalmodier que l’homme est supérieur à la femme (ces propos proviennent de saint Paul), la fillette remarque : « (…) la gloire de l’homme telle que professée en ces lieux réclame leur totale soumission et que cette dernière passe par une mort qui ne dit pas son nom. C’est pour cela qu’elles ont été créées, pour être des cadavres vivants ».

Léonora Miano remet également en cause les croyances des hommes, africains comme européens, qui s’imaginent que ce continent est voué à un destin tragique et violent. Musango déclare, et à travers elle l’auteur : « notre peuple n’a pas soudain enfanté une génération de petits êtres malfaisants, et bien des démons n’existent qu’au fond de nous. C’est ce que nous croyons qui finit par prendre corps, et par nous dévorer (…). Je crois que la misère est une circonstance, non pas une sentence ». Alors, si en effet, Musango dépeint un peuple en perdition, l’espoir est présent, elle nous annonce les « contours du jour qui vient ».

 

 

Dim 28 jan 2007 12 commentaires

Ton site est vraiment chaleureux, bravo ! Je suis tombé sur ce site qui raconte les aventures d’un jeune journaliste et je suis encore mort de rire :



 



http://jujulepigiste.over-blog.com



 



Encore bravo !

Arnaud - le 28/01/2007 à 14h42
je viens de lire "l'intérieur de la nuit"  , j 'ai bien aimé ce livre qui nous amène au coeur de l'Afrique, toutefois il y a des scènes d'un réalisme certain qui sont très dures.
pom' - le 28/01/2007 à 14h59
Je me lance dans "l'interieur de la nuit".... A suivre
Gambadou - le 28/01/2007 à 18h05
Je te dirai aussi ce qu'en j'en panse car je suis aussi en train de le lire! A bientôt!
beatrix delarue - le 28/01/2007 à 18h10
J'ai lu ce roman fantastique parce qu'il raconte vraiment ce qui se passe dans cetterégion que nous connaissons peu. Il permet de réfléchir au quotidien des Africains soumis aux guerres civiles, à la superstition...
Fred - le 29/01/2007 à 11h53

En août dernier, je cherchais désespérement un psychologue qui puisse être mon tuteur pour mon stage de cette année. Quand j\\\'ai parlé de stress post traumatique, je pensais aux jeunes réfugiés et enfants soldats. Mais mon tuteur m\\\'a demandé s je n\\\'étais pas intéressée par les enfants accusé de sorcellerie... Si vous aviez entendu le "non" presque paniqué de ma part!


Il y a de ces sujets que je n\\\'ose toujours pas aborder, même faisant part de ma culture et de ses détournements.


Et avant de lire son oeuvre, j\\\'admire Léonora Miano pour cette volonté de dénoncer tout ce qui va mal.

Jo Ann v. - le 29/01/2007 à 15h22
C'était un sujet intéressant en effet mais c'est vrai que lorsqu'on est touché, comme toi, d'un sujet qui nous tient à coeur, avoir dessus une démarche critique et objective est difficile.
Anne-Sophie
En lisant ton post, cela m'a rappelé un article lu il y a quelques temps de cela sur "Le Monde" et qui parlait des jeunes femmes africaines, victimes de sorcellerie et d'envoûtement pour les forcer à se protituer en Europe. Cela nous paraît édifiant à lire et à entendre, mais ce que raconte Léonora Miano dans son livre n'est que le reflet de cette société africaine, perdue entre modernité et traditions séculaires. Le roman à l'air très intéressant. Je le note pour le lire très bientôt.
Nanne - le 30/01/2007 à 09h49
En effet, Miano raconte avec un certai n réalisme le sort de ces femmes, très jeunes, que l'on recueille et que l'on envoie en Europe, sorte d'Eldorado, pour s'y prostituer. je n'ai pas lu cet article mais je vais le chercher pour en savoir un peu plus. Dans ces prochains jours je compte lire L'Intérieur de la nuit qui raconte encore le quotidien de certains enfants africains.
Anne-Sophie
J'attendais ta critique avant de savoir si je me lançais dans ce livre, même si tu dis qu'il y a des passages qui se trainent en longueur je suis  bien tentée de le lire. ;-)
Florinette - le 30/01/2007 à 11h27
N'hésite pas. Certains passages sont longs mais l'ensemble est très bien écrit et fait réfléchir aux conditions de vie des Africains.
Anne-Sophie
Après les OUbliés, je vais me laisser tenter par le Miano. Il est encore bien vbisble dans ma librairie. Et tu m'as donné envie de le lire....
Bastien - le 03/02/2007 à 11h10

Merci, de donner envie de lire L.Miano.


Ne vous sentez pas insultée par mes propos concernant votre lecture de L'intérieur de la nuit.


J'appelle eurocentrée, toute vision globalisante de l'Afrique, qui laisserait penser que ce n'est pas un continent très divers, mais une sorte de totalité, que les auteurs africains ne font pas oeuvre de littérature mais en quelque sorte d'anthropologie, qu'ilsne font pas des choix d'auteurs, mais du documentaire...


Cette vision consiste à considérer que seuls les occidentaux sont en mesure de produire de l'universel, tandis que les autres ne peuvent que parler d'eux-mêmes....


L'universel est présent, chez cet auteur. Il me semblait que vous ne le voyiez pas.

May - le 12/02/2007 à 12h10