La Lettrine : le monde littéraire passé à la moulinette

L’école de la chair de Yukio Mishima, tout un programme, vous dites-vous ? Petits coquins ! La couverture est suggestive mais très chic (de longues jambes chaussées d’escarpins des années 1960) laisse à penser que ce roman initiatique nous décrira les aventures tumultueuses et érotiques d’une femme de la haute société japonaise. Eh bien… s’il est question d’apprentissage et de l’ascension d’un jeune homme grâce à ses relations amoureuses avec une styliste reconnue, de sexe, point !

Néanmoins, ne soyez pas si déçus car l’analyse de la société nippone est passionnante : une femme, dans la quarantaine, et plutôt gâtée par la vie puisqu’elle a été élevée dans une famille pro-occidentale et argentée, fait la connaissance d’un éphèbe dans un bar gay. Un habitué la met en contact avec lui, la prévenant que le jeune homme accepte toute proposition dès l’instant qu’elle soit accompagnée de cadeaux et de billets de banque. Taéko commence à perdre ses illusions et fait son entrée à l’école de la chair. Pour obtenir les faveurs de Senkitchi, elle se plie à tous ses caprices : dîner dans des bouges, parties de tir à la carabine et autres occupations toutes plus vulgaires les unes que les autres. Taéko ne se sent pas à l’aise dans cet univers où elle se sent humiliée mais elle est amoureuse de ce garçon à la vie débridée mais au regard angélique.

Les réflexions psychologiques et sociologiques où le narrateur oppose l’art de vivre occidental à celui de l’Orient imprègnent ce beau roman. Passion, trahison et quête de reconnaissance sont les principaux thèmes abordés. Mais on pourrait reprocher à Mishima d’avoir négligé la part sensuelle et érotique qu’on attend avec un tel titre, d’autant que le jeune homme est un gigolo à la réputation sulfureuse. Taéko est amoureuse de lui parce qu’elle aime son physique et les caresses qu’il lui prodigue. La lectrice que je suis aurait aimé plus de détails…

 

 

 

Pour être franche, j’aurais pu m’en douter un peu car il y a quelques années, j’ai vu son adaptation au cinéma. C’est Benoît Jacquot qui en signe le film, Isabelle Huppert incarnant Taéko et Vincent Martinez le jeune amant. Le réalisateur a eu la bonne idée de transcrire cette histoire dans les années 1990, en France. Si l’histoire diffère, l’atmosphère est fidèle au roman. On retrouve les incompréhensions intrinsèques à ce couple mal assorti, le désir de la femme d’âge mure pour un garçon terriblement beau mais terriblement égoïste qui a décidé de monter dans l’échelle sociale en vendant son corps. Le thème était donc abordé mais de façon subtile quoique plus palpable que dans le roman.

 

Mar 24 jui 2007 4 commentaires

Ah j'avais adoré ce livre.



La lectrice que je suis aurait aimé plus de détails… La lectrice ou simplement la femme? :-)


En même temps ça reste d'autant plus mystérieux qu'il ne décrit pas précisément la part sexuelle du roman. Si Mishima avait décrit des pratiques sexuelles qui ne te plaisent pas, cela n'aurait-il pas changé ta façon de percevoir le livre? Le silence est parfois bien plus évocateur.

Kill Me Sarah - le 25/07/2007 à 09h52
Tu as complèement raison. Le pouvoir évocateur de ce roman est très fort.
Anne-Sophie
j'ai commencé mishima par ce roman, il y a plus de dix maintenant, et j'avais trouvé ça completement raté... ennuyeux, pour tout dire, complètement en décalage avec le titre, et truffé d'interminables digressions sans grand intéret... Evidemment mon regard a changé depuis, en découvrant d'autres livres, mais il faudrait que je relise celui-ci... (je me rappelle d'ailleurs l'avoir donné, ô sacrilège, à quelqu'un lors d'un voyage...)
mister pat - le 25/07/2007 à 10h47
Oui, c'est un sacrilège... Tu devrais le relire, c'est vraiment très bien écrit.
Anne-Sophie

Ben, s'il n'y a rien de croustillant et vu que même les lectrices sont frustrées... je ne vais pas me jeter dessus immédiatement ! :-)


Plus sérieusement, j'aimerais bien voir l'adaptation au cinéma.


La prostitution masculine, le gigolo, la femme de 40 plus les différences sociales : ça fait un mélange appétissant !


Cordialement!

Hoplite - le 25/07/2007 à 15h03
Le film est très bien fait, pas du tout cliché. Et les comédiens tiennent leur rôle à la perfection !
Anne-Sophie

Certains de Mishima sont effectivement ... déroutants.


Pensez donc que le roman "La Musique" nous conduit dans une étude sur l\\\'orgasme féminin (pour faire très court).


Votre résumé est très intéressant.


Gangoueus 

Gangoueus - le 28/07/2007 à 10h40
Merci, je suivrai votre conseil.
Anne-Sophie