Grâce au blog de Pierre Assouline, La République des lettres, j’ai découvert un entretien de Jonathan Littell dans le quotidien espagnol El Pais. Un extrait nous est traduit en Français mais je
suis allée lire l’intégralité de cette entrevue, interloquée par tant de mépris et d’arrogance. Comme vous le savez, Littell est l’auteur des Bienveillantes, roman monstrueux, couronné l’an dernier par le Goncourt et l’Académie française. Un exploit… On se souvient également
que le lauréat n’avait voulu faire aucune déclaration à l’époque. C’était son éditeur qui était allé remercier les jurys à sa place. Antoine Gallimard avait dû justifier son absence en déclarant
que l’auteur « souhaite que son absence ne soit pas un
malentendu et encore moins une forme de mépris pour le jury » mais selon lui, « la littérature n'est pas dans la société du spectacle, que ce qui est important, c'est le
livre ».
Jonathan Littell n’a guère changé… En hiver dernier, il a obtenu la nationalité française comme il le désirait mais préfère vivre en Espagne où son roman vient de paraître sous le titre Las Benévolas. A cette occasion, le journaliste Jesús Ruiz Mantilla l’a interviewé, sans savoir très bien ce qui allait lui arriver…
La première partie de l’entretien concerne le roman lui-même, la façon dont l’auteur a fait ses recherches, élaboré son travail d’écriture… En revanche, la seconde partie concerne les prix littéraires qu’il a obtenus l’an dernier. Littell qui avait déjà montré un certain mépris l’an dernier est bien plus explicite désormais. Il déclare ainsi « J’ai tout fait pour éviter [le Goncourt] mais, malheureusement, oui, ils me l’ont donné » et lorsque le journaliste demande, en toute logique pourquoi il ne l’a pas refusé : il se contente simplement de répondre qu’il n’en voulait pas… Il ne répond donc pas à la question et se justifie : « Je ne crois pas que les prix aient quelque chose à voir avec la littérature. Ils ont davantage à voir avec la publicité et le marketing, mais pas avec la littérature. Je n’aime pas ça ». Certes, certes… Mais il me semble que précisément le fait de cracher sur la presse et les prix est une manière de s’attirer les foudres et par ricochet de participer à la logique de publicité…
Les écrivains fades, sans charisme, n’intéressent pas… Un Littell, inconnu il y a plus d’un an, devient une star en France et dans une partie de monde, mais se permet de maudire la presse et le système en prenant des airs supérieurs, ce n’est pas donné à tout le monde. Le commun des mortels recevant de tels prix se serait contenté de participer aux différentes émissions littéraires et aurait remercié, ému, les jurés… Pas Littell… Pour lui, même s’il gagne suffisamment d’argent grâce à la vente de son roman, ce système n’est qu’une « saleté qui fait s’intéresser plus au statut social qu’à l’art ».
Le journaliste décide alors de rebondir pour lui demander s’il écrit son prochain roman. Pas pour le moment, car le pauvre subit les conséquences de « ce maudit livre », il est « épuisé », épuisé de « répéter cet entretien 30 ou 40 fois ». Le journaliste a la présence d’esprit de lui rappeler qu’il n’en a pas donné tant que cela. Mais pour lui, c’est déjà beaucoup trop. Rien de nouveau n’a surgi de ces rencontres. Alors, il comprend les journalistes qui font leur boulot et doivent vendre leurs journaux, par appât du gain…Mais lui, n’a rien à voir avec ça… Et de reconnaître : « J’ai fait des entretiens intéressants où des éléments nouveaux et importants ont surgi ». Le journaliste a alors tendu le bâton pour se faire battre en demandant si grâce à cette rencontre Littell avait découvert de nouvelles choses : « Non ». « Voulez-vous ajouter quelque chose ? » « Je n’ai rien à ajouter ».
Jonathan Littell qui déteste tant le marketing, les stratégies de vente, sait néanmoins comment se faire maudire et faire courir les bruits sur lui… Se rendre détestable est un moyen déjà éprouvé par de nombreux auteurs pour susciter diverses passions.
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