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Anne Sophie Demonchy
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Mardi 30 octobre 2007

Sans-titre-1-copie-5.gifGrâce au blog de Pierre Assouline, La République des lettres, j’ai découvert un entretien de Jonathan Littell dans le quotidien espagnol El Pais. Un extrait nous est traduit en Français mais je suis allée lire l’intégralité de cette entrevue, interloquée par tant de mépris et d’arrogance. Comme vous le savez, Littell est l’auteur des Bienveillantes, roman monstrueux, couronné l’an dernier par le Goncourt et l’Académie française. Un exploit… On se souvient également que le lauréat n’avait voulu faire aucune déclaration à l’époque. C’était son éditeur qui était allé remercier les jurys à sa place. Antoine Gallimard avait dû justifier son absence en déclarant que l’auteur « souhaite que son absence ne soit pas un malentendu et encore moins une forme de mépris pour le jury » mais selon lui, « la littérature n'est pas dans la société du spectacle, que ce qui est important, c'est le livre ».

Jonathan Littell n’a guère changé… En hiver dernier, il a obtenu la nationalité française comme il le désirait mais préfère vivre en Espagne où son roman vient de paraître sous le titre Las Benévolas. A cette occasion, le journaliste Jesús Ruiz Mantilla l’a interviewé, sans savoir très bien ce qui allait lui arriver…

La première partie de l’entretien concerne le roman lui-même, la façon dont l’auteur a fait ses recherches, élaboré son travail d’écriture… En revanche, la seconde partie concerne les prix littéraires qu’il a obtenus l’an dernier. Littell qui avait déjà montré un certain mépris l’an dernier est bien plus explicite désormais. Il déclare ainsi « J’ai tout fait pour éviter [le Goncourt] mais, malheureusement, oui, ils me l’ont donné » et lorsque le journaliste demande, en toute logique pourquoi il ne l’a pas refusé : il se contente simplement de répondre qu’il n’en voulait pas… Il ne répond donc pas à la question et se justifie : « Je ne crois pas que les prix aient quelque chose à voir avec la littérature. Ils ont davantage à voir avec la publicité et le marketing, mais pas avec la littérature. Je n’aime pas ça ». Certes, certes… Mais il me semble que précisément le fait de cracher sur la presse et les prix est une manière de s’attirer les foudres et par ricochet de participer à la logique de publicité…

Les écrivains fades, sans charisme, n’intéressent pas… Un Littell, inconnu il y a plus d’un an, devient une star en France et dans une partie de monde, mais se permet de maudire la presse et le système en prenant des airs supérieurs, ce n’est pas donné à tout le monde. Le commun des mortels recevant de tels prix se serait contenté de participer aux différentes émissions littéraires et aurait remercié, ému, les jurés… Pas Littell… Pour lui, même s’il gagne suffisamment d’argent grâce à la vente de son roman, ce système n’est qu’une « saleté qui fait s’intéresser plus au statut social qu’à l’art ».

Le journaliste décide alors de rebondir pour lui demander s’il écrit son prochain roman. Pas pour le moment, car le pauvre subit les conséquences de « ce maudit livre », il est « épuisé », épuisé de « répéter cet entretien 30 ou 40 fois ». Le journaliste a la présence d’esprit de lui rappeler qu’il n’en a pas donné tant que cela. Mais pour lui, c’est déjà beaucoup trop. Rien de nouveau n’a surgi de ces rencontres. Alors, il comprend les journalistes qui font leur boulot et doivent vendre leurs journaux, par appât du gain…Mais lui, n’a rien à voir avec ça… Et de reconnaître : « J’ai fait des entretiens intéressants où des éléments nouveaux et importants ont surgi ». Le journaliste a alors tendu le bâton pour se faire battre en demandant si grâce à cette rencontre Littell avait découvert de nouvelles choses : «  Non ». « Voulez-vous ajouter quelque chose ? » « Je n’ai rien à ajouter ».

Jonathan Littell qui déteste tant le marketing, les stratégies de vente, sait néanmoins comment se faire maudire et faire courir les bruits sur lui… Se rendre détestable est un moyen déjà éprouvé par de nombreux auteurs pour susciter diverses passions.

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Samedi 27 octobre 2007

                                                    Photo : Olivier Roller
J
oëlle Losfeld est une éditrice que j’aime beaucoup pour son charisme, son intelligence et son goût pour les belles lettres. Ses auteurs phares sont Albert Cossery, Michel Quint et Dominique Mainard. Mais son catalogue compte près de 450 titres. J’ai rencontré l’éditrice (appartenant au groupe Gallimard) à plusieurs occasions. Je vous propose donc aujourd’hui un entretien que nous avons eu au printemps dernier :

 

Vous avez une politique d’auteurs, quelles sont vos stratégies pour faire découvrir les auteurs ?

Je ne crois pas que les stratégies marketing puissent marcher avec des maisons d’édition comme la mienne, c’est-à-dire qui proposent une littérature qui n’est pas formatée pour le goût du public, si tant est que l’on connaisse vraiment son goût. Je n’ai pas de stratégies spéciales : je vais voir les journalistes, les libraires, je fais  peut-être un peu plus de travail de militantisme auprès des libraires.

C’est par la durée qu’on impose finalement aux gens ce qu’on a envie et choisi de faire. Ca fait plus de 17 ans que je sillonne les routes pour aller voir les libraires, avec les journalistes j’ai construit des relations. Mais je n’ai pas les moyens de faire de grosses campagnes d’affichage pas plus qu’un certain nombre de choses.

Quand je publie un livre, j’ai l’impression qu’il va marcher, que ça va intéresser tout le monde, or par définition je devrais savoir maintenant que bien évidemment ce n’est pas vrai, que ce choix est très subjectif et que lorsqu’on fait un choix subjectif, il faut respecter la subjectivité des autres.

En revanche, ce qui arrive souvent dans les petites maisons d’édition, à force de travail et d’un peu de chance, on a un best-seller de temps en temps. Moi j’ai eu un long-seller avec Effroyables jardins de Michel Quint, j’ai eu aussi Dominique Maynard et Albert Cossery (qui a beaucoup aidé ma maison).

 

Quel est le rôle des petites maisons d’édition ?

D’abord, il faut donner une ligne éditoriale et accueillir des auteurs qui sont dans la filiation de cette ligne avec un esprit qui les rassemble qui n’est autre que l’inquiétante étrangeté, avec toutes les connotations que cela peut avoir : le dépassement des normalités.

Ce que je défends, c’est la politique d’auteurs. Il peut m’arriver d’avoir un seul livre d’un auteur à mon catalogue mais en général, j’ai envie d’accompagner le travail d’un auteur pendant toute la durée qu’il m’est possible.

Il me semble essentiel que j’assiste des gens qui sont dans l’état de création. Moi je suis une ordonnatrice et non une créatrice. Le rôle d’un éditeur ce n’est pas de materner ses auteurs mais de les accompagner physiquement dans des endroits où ils n’ont pas toujours envie de se retrouver tout seuls, c’est d’être ensemble dans un salon, dans une librairie, être interrogés ensemble, participer à cette élaboration. Mon rôle à moi, dans la mesure du possible, c’est d’être présente au moment où eux vont être exposés. Ce n’est pas devenir amie avec les auteurs. Je ne suis pas d’ailleurs sûre que ce soit souhaitable. Mais il faut qu’il y ait de la complicité et de la confiance.

 

Comment travaillez-vous avec vos auteurs ?

Parmi les sujets de fâcherie avec les auteurs, il se peut qu’il y ait le travail du texte. Il y a de nombreux auteurs qui ne veulent pas. Alors soit vous prenez le texte et vous l’éditez soit vous ne le prenez pas.

Quand j’accepte une texte, j’ai des propositions à y faire, j’essaie de convaincre l’auteur que je ne suis pas là pour lui apporter du tort mais que si j’estime qu’il y a un petit redressement de la colonne vertébrale du texte à faire, c’est parce que je peux juger en tant que lectrice et en tant que éditrice mais ce n’est pas pour l’ennuyer. J’essaie toujours d’établir un dialogue.

Quand on signe le contrat, on prépare la couverture, on corrige les épreuves, tout se passe bien, mais après il y a la commercialisation du livre. C’est à ce moment-là que l’on peut se fâcher parce qu’il y a des auteurs qui estiment que vous vendez mal leur livre, qu’il n’y a pas d’articles, que les livres ne sont pas dans les librairies, que lorsqu’ils relèvent leur relevé de compte c’est pas suffisant.

Mais s’il y a une confiance entre l’auteur et l’éditeur, les fâcheries sont moins fréquentes.


Comment envisagez-vous l’édition de demain ?

Je voudrais être optimiste. Je ne pense pas que le livre va disparaître. On est dans une mauvaise période et l’on peut craindre comme le dit André Schiffrin dans son livre L’Edition sans éditeurs (La Fabrique, 1999) une concentration des grandes maisons d’édition et la disparition des moyennes. Les petites maisons d’édition seront toujours là. On est dans un enjeu à l’heure actuelle de monopole. Il y a aussi une concentration des librairies, voyez ce que la Fnac devient.

Et puis il y a un problème : les librairies. Disparition des maisons indépendantes, difficulté des librairies comme des maisons indépendantes car le combat est lié.

Enfin, le lectorat. Quand vous regardez les chiffres de vente, vous vous apercevez qu’il y a deux ans vous aviez une rotation du fonds qui marchait plus que maintenant. Par exemple, les auteurs qui ont du succès, il faut faire trois fois plus d’effort qu’avant pour les imposer. Et ce n’est pas parce qu’ils sont imposés aux 1er et 2ème livres que le 3ème livre va marcher. Il y a moins de fidélisation à un auteur qu’il n’y en avait auparavant. On est un peu dans une société de zapping et pour la lecture, c’est pareil.

Nos médiateurs sont les libraires. Ce sont eux qui font connaître notre maison en mettant nos livres sur table, en vitrine, en mettant un petit mot sur la couverture du livre. De notre côté, on doit inciter les auteurs, même si parfois il n’y a personne, à faire des rencontres ou des lectures dans les librairies, à rencontrer les lecteurs. Je me rends également dans les librairies pour faire connaître ma maison et les livres que je publie.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des éditeurs
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Lundi 22 octobre 2007

Sans-titre-1-copie-4.gifLautre soir, je suis allée au cinéma voir Deux vies plus une. Les critiques ne semblaient pas enthousiastes mais le sujet m’intéressait. Une institutrice, mariée et mère d’une adolescente aspirant à plus d’indépendance, tient une sorte de journal intime dans des cahiers d’écolier, sorte de collages de réflexions burlesques, sur sa famille, son quotidien, agrémenté de photos et de dessins. Un jour, alors que son entourage ne prend pas au sérieux ses activités qu’elle tient d’ailleurs secrètes, elle décide de s’acheter un ordinateur pour mettre de l’ordre dans ce fatras et l’envoyer à un éditeur.

 

Emmanuelle Devos interprète donc cette instit qui a l’impression d’être passée à côté de sa vie. Elle ne peut se confier à personne, hormis à son père, décédé. Ses proches ne comprennent pas son besoin de solitude pour griffonner quelques mots dans un carnet.

 

Finalement, elle rencontre un éditeur qui serait prêt à la publier, à condition qu’elle retravaille complètement son manuscrit. Il préfère ses carnets, plus libres, plus féroces, que le texte policé qu’elle lui a transmis. Cette proposition est tout à fait crédible. Nombreux sont les éditeurs qui sont intéressés par un univers, mais pas satisfaits de la construction du texte. Parfois, certaines maisons disposent d’un rewriteur chargé d’aider l’auteur à réécrire le manuscrit. Dans le film, Emmanuelle Devos retravaille seule son texte, en étroite collaboration avec l’éditeur. On les voit notamment une nuit, dans un appartement, choisissant les bouts de textes et les illustrations qui seront publiés. On se dit qu’ils tombent amoureux, mais il n’en est rien. La réalisatrice Idit Cébula a bien montré la relation particulière (en la menant ici à son paroxysme) entre l’auteur et son éditeur. Il n’est pas question d’amour mais de complicité intellectuelle. Cette relation n’existe pas toujours, loin s’en faut, mais elle existe bel et bien.

 

Ce qui est moins crédible en revanche c’est la rencontre entre ces deux-là. Dans cette scène, les valeurs sont inversées. Ce n’est pas l’auteur qui est ému mais l’éditeur. Celui-ci se rappelle très bien avoir rencontré Emmanuelle Devos à une signature de l’un de ses auteurs dans une librairie quelques mois auparavant et est particulièrement heureux d’avoir reçu son manuscrit même s’il ne souhaite pas le publier tel quel. Franchement… le jour où un éditeur se pâme devant un jeune auteur jamais publié (à moins d’être Jonathan Littell et de proposer un livre comme Les Bienveillantes…)… Je cherchais une fin à cette hypothèse, mais cela me paraît si inconcevable que je sèche…

 

Enfin, quand elle apprend qu’elle va être publiée, Emmanuelle Devos perd les pédales et donne sa démission au Rectorat. Elle veut vivre de sa plume, faire vraiment ce qu’elle aime. Son mari veut l’en dissuader. Logique, il n’est pas convaincu par ce qu’elle fait et estime qu’il est très difficile d’être remarqué quand autant de livres paraissent chaque année. Mais quand elle demande à son éditeur si un jour elle pourra gagner sa vie grâce à ses livres, lui aussi lui avoue qu’il ne peut pas le savoir. En effet, combien d’auteurs sont tentés par cette voie de l’inactivité professionnelle pour se consacrer corps et âme à l’écriture ? Cette perspective est périlleuse. On se souvient en effet de l’essai de Bernard Lahire, La Condition littéraire (publié l’année dernière) révélant que seulement 2% des auteurs parviennent à (sur)vivre grâce à leurs publications. Nombres d’éditeurs déconseillent très fortement à leurs auteurs de quitter leur emploi pour écrire. Dominique Gaultier pense par exemple que c’est la meilleure façon pour un auteur de ne penser qu’aux à-valoir, c’est-à-dire aux avances d’argent, et non à l’écriture elle-même. D’autres comme, Héloïse d’Ormesson, sont plus modérés mais affirment qu’on ne peut connaître à l’avance le succès d’un livre encore moins la carrière d’un auteur.

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Jeudi 18 octobre 2007

quidam.gif
P
ascal Arnaud est l’éditeur de Quidam, une petite maison indépendante, installée à Meudon, en région parisienne. J’ai eu la chance de le rencontrer à deux reprises : la première fois à la librairie le Divan dans le 15ème arrondissement de Paris. L’un de ses auteurs, Jérôme Lafargue, présentait son premier roman, L’Ami Butler, livre magnifique que j’évoque dans Le Magazine des livres n°6 et que l’on peut lire sur le site des éditions Quidam. La seconde fois, ce fut à la librairie du Merle Moqueur le dimanche 7 octobre. A cette occasion, Pascal Arnaud nous a appris que Jérôme Lafargue vient de recevoir le prix des librairies Initiales, très bonne nouvelle pour un éditeur encore peu connu et non diffusé, hélas, dans toutes les librairies.

 

 

 

Les éditions Quidam sont nées il y a 5 ans grâce à la complicité de l’illustrateur Moebius qui a fait cadeau d’un de ses dessins à Pascal Arnaud, une sorte de lutin, mascotte de la maison d’édition.

 

Pascal Arnaud travaille seul. Néanmoins Maïca Sanconie s’occupe de la gérance. Elle est également auteur de deux livres chez Quidam : un recueil de nouvelles Amor et un roman, De troublants détours. C’est le recueil qui fut le premier texte publié chez Quidam.

 

 

 

La ligne éditoriale de Pascal Arnaud est assez claire et audacieuse : « Quidam Editeur se consacre à la littérature contemporaine, française et étrangère, avec une prépondérance pour des ouvrages dont le style jaillit de la forme. La maison a l'intention d'élaborer dans les marges de la production courante une collection d'auteurs européens en particulier, oubliés, délaissés ou parfois incompris à cause de leur trop grande singularité ».

 

 

 

Pascal Arnaud aime donc les beaux textes, précieux et marginaux. Rares sont ceux qu’il a découverts par la poste. Il m’a même confié qu’il préférait trouver lui-même les auteurs grâce aux revues littéraires. Ainsi Zones Sensibles de Romain Verger est le premier manuscrit accepté par la poste. Pascal Arnaud a également découvert Jérôme Lafargue grâce à la revue en ligne de Dominique Poncet, La Main de Singe (sur Lekti.com, excellent site défendant l’édition indépendante et vendant en ligne tous ces livres). L’auteur avait rédigé une biographie d’un écrivain fictif. L’éditeur a alors contacté Jérôme Lafargue et lui a demandé s’il avait un projet de roman en cours. Celui-ci, en effet, tentait de finir L’Ami Butler dans lequel on retrouve de nombreuses biographies imaginaires.

 

 

 

J’aime cette maison (qui a hélas encore peu de presse) parce qu’elle propose des romans très différents de ce que l’on a l’habitude de lire. Pascal Arnaud a un site vraiment très bien fait dans lequel on retrouve son catalogue complet avec la présentation des auteurs, un résumé du livre, les critiques, et surtout un extrait de chaque texte ce qui permet d’avoir un aperçu.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des éditeurs
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