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Anne Sophie Demonchy
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Mardi 27 novembre 2007

cin--gif-copie-1.gifVous allez dire que j’ai une dent contre Philippe Besson, mais à vrai dire, c’est le hasard qui me mène de nouveau vers lui… Je le jure ! En janvier, il devrait publier un nouveau roman chez Julliard, Un Homme accidentel, l’histoire d’amour entre un flic et d’un jeune premier, au beau milieu d’une enquête, dans les années 1990 à Hollywood. L’histoire semble bien ficelée et intéressante… d’après le rapport de Livres Hebdo, mais les dernières lignes m’ont interpellée : « Ceux qui ont aimé ses précédents livres vont adorer. Quant au cinéma, ce livre semble taillé pour lui sur mesure, plus encore que Son Frère, adapté à l’écran par Patrice Chéreau ».

 

Depuis quelque temps, on perçoit une nette évolution dans l’écriture des romans : de plus en plus, les auteurs espèrent que leur livre sera adapté en film et par conséquent écrivent des textes qui se prêtent à la transposition aisée vers ce support.

 

Dernièrement, j’ai rencontré deux auteurs qui m’ont dit qu’ils avaient eu recours à des agents littéraires pour pouvoir vendre leurs droits audiovisuels et voir leur livre porté à l’écran.

 

Le phénomène n’est pas nouveau mais il se développe. On remarque que dès qu’un livre se vend bien, il est adapté au cinéma. Et j’en suis ravie car grâce au film, les spectateurs ont souvent envie de découvrir le roman.

 

Ce qui est regrettable, c’est que les auteurs écrivent dans cet objectif-là parce que certains ont tendance à négliger le style, la description de l’univers romanesque au profit d’une intrigue qui tient en haleine. Dès lors, c’est moins le livre en lui-même qui importe que les produits dérivés que l’on vise.

 

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Dimanche 25 novembre 2007

Gallier.jpgJimmy Gallier, le directeur de collection de polars chez Jigal, a eu la gentillesse de me transférer un dossier consacré à sa maison et publié sur le site Pol'Art Noir, dossier me permettant d’en savoir un peu plus sur cette toute petite structure qui existe depuis déjà 21 ans.

 
Que publient les éditions Jigal ?

Jigal s’est installée à Marseille il y a 21 ans. Tous les romans évoquent le Sud, Marseille en particulier et racontent des intrigues policières originales.

Les éditions Jigal, au départ, publiaient chaque année un Guide de la musique. Jimmy Gallier, pour varier les plaisirs, s’est lancé dans l’aventure du polar. C’est l’écrivain Gilles Del Pappas qui lui a apporté son premier manuscrit : Le Baiser du Congre. Comme le roman s’est bien vendu, Jimmy Gallier a développé cette collection en publiant d’autres auteurs, onze jusqu’à présent, tous originaires du Sud de la France, quasi tous fidèles à sa maison. C’est en effet une politique d’auteurs que l’éditeur essaie d’instaurer. Pourtant, s’ils évoquent tous leur région dans leurs polars, les auteurs ne font pas pour autant de polars régionalistes. Ils parlent du Sud, mais les thématiques qu’ils abordent dépassent largement le cadre de leur région. En effet, Train Bleu Train Noir aborde le thème des camps de concentration, Putains de Pauvres !, celui des SDF.

 
Quelle est la ligné éditoriale ?

 Une idée, au-delà du simple fait que ces polars racontent le Sud, réunit les différents auteurs : « Nous nous inscrivons dans la lignée du polar méditerranéen… Montalban, Camilleri, Khadra, Markaris, Sciascia et d’autres encore… Ces auteurs ont des tas de points communs, comme habiter sur les bords de la grande bleue, en aimer la lumière et les ombres, adorer les plaisirs de la vie, de la bouffe par exemple et à travers leurs écrits, avoir une grande gueule, être critique, toujours, pour le plus grand bien de la démocratie ! C’est dans cette direction que l’on souhaite se développer. Alors si des auteurs en herbe et originaires du bassin méditerranéen ont des choses à dire, qu’ils nous contactent sans hésiter ! Par ailleurs, nous essayons de publier des romans qui ont du « sens »… Tant qu’à couper des arbres, autant que cela serve à quelque chose. Alors polar social, polar politique, polar qui gratte où ça fait mal, je ne sais quelle étiquette « coller » là-dessus, mais l’important est que les lecteurs s’y retrouvent ! »

La réécriture des manuscrits n’est pas monnaie courante. Les auteurs sont libres d’écrire ce qu’ils veulent et comme ils veulent. Maurice Gouiran ajoute qu’il arrive à l’éditeur de demander à l’auteur de raccourcir un passage trop long pour rendre le roman plus dynamique.

 
Une politique d’auteurs ?

Maurice Gouiran et Gilles Del Pappas sont les deux auteurs-phares de la maison. Guoiran, il y a huit ans, a envoyé son premier polar à différentes maisons sans trop y croire. Jimmy Gallier s’est montré intéressé non seulement par son manuscrit mais par l’idée que l’auteur lui en présenterait d’autres. Il vise donc une collaboration à long terme.

 
Quelles sont les caractéristiques d’une petite maison indépendantes ?

Jigar publie entre six à huit romans par an ce qui leur permet  de maîtriser toute la chaîne du livre. C’est elle qui s’occupe du choix des livres, comme de la maquette et du marketing. C’est Jimmy Gallier qui lit les manuscrits et les sélectionne. Il effectue donc des choix subjectifs, parfois « injustes » mais c’est selon lui, ce qui constitue la « force » de la maison.

Jigal est diffusé et distribué par ses propres soins, ce qui présente l’avantage d’avoir un rapport direct avec les libraires mais l’inconvénient d’être peu représenté dans les librairies.

En ce qui concerne les stratégies marketing, Jigal s’invite dans des salons du livre, participe à des prix littéraires, propose des publications en format poche…


On pourrait simplement regretter le fait qu'une petite maison indépendante, qui fait du polar marseillais mais ouvert aux thématiques plus larges, soit réduite à une diffusion régionale...

 

Adresse postale :

Éditions Jigal

27, cours d'Estienne

13001 Marseille

 

Adresse Internet :

Site : http://polar.jigal.com

Mail : info@jigal.com

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des éditeurs
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Jeudi 22 novembre 2007

Sans-titre-1-copie-7.gifIl y a quelque temps, j’ai reçu deux livres de la part d’une petite maison d’éditions, JIGAL, établie à Marseille. La ligne éditoriale est claire : publier des polars du Sud, et en particulier de la cité phocéenne (et quelques livres de musique).

 

J’ai donc reçu deux romans de Maurice Gouiran qui a reçu l’an dernier le prix Virtuel du Polar pour son 9ème roman, Sous les Pavés la rage. Il s’agit de Train bleu Train noir et de Putains de pauvres, publiés tous les deux cette année à six mois d’intervalle. Pour le moment j’ai lu le premier et je dois vous avouer que j’ai été bluffée.

 

J’ai un peu résisté pour entrer dans l’histoire, résistance due à ma conception de la littérature. Ce roman cumulait deux défauts à mes yeux : d’abord, le langage est trop oral, familier, ensuite, les narrateurs étant quatre hommes, je me sentais un peu exclue de leur vision du monde et surtout de leur humour. Mais, ces réticences se sont rapidement effacées pour laisser la place au plaisir du texte et surtout de l’intrigue.

 

L’histoire tarde à commencer et je craignais qu’elle ne se réduise à ce qui est écrit en quatrième de couverture : à cinquante ans d’intervalle deux trains quittent Marseille vers le nord. En 1943, le train noir achemine des milliers de Marseillais vers les camps ; en 1993, trois personnages, victimes de ce drame, se retrouvent dans un train bleu les menant en Allemagne. Ces trois "papy" reviennent sur les traces de leur passé pour comprendre pourquoi les vieux quartiers marseillais ont été détruits, anéantis. Très vite on comprend que les nazis ne sont pas les seuls responsables, les Français aussi ont voulu profiter de la situation politique pour nettoyer les bas-fonds de la ville. Mais, ce n’est qu’à partir de ce constat que l’histoire commence vraiment. Il est question d’Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale, à Marseille, d’amitié et de vengeance, car si le temps a passé, les quatre narrateurs, eux, n’ont pas oublié qu’à cause des « Boches », ils ont perdu femme, enfants et parents. Pas question de se réconforter en acceptant que les nazis n’ont accompli que leur boulot. Pas question non plus de croire que le temps a laissé la place à la paix et à la réconciliation. Ils se péraprent donc, ensemble, à commettre un crime : ils ont retrouvé les traces d'un nazi qui a tué leur famille.

 

Ce livre n’est pas léger, malgré ses apparences, et permet de poser des questions profondes sur le poids de l’Histoire, la vengeance, la responsabilité collective d’une Nation et individuelle.

 

Même si les textes sur cette partie tragique de l’Histoire sont légion, ce roman est avant tout un polar. Un meurtre se prépare… l’intrigue est bien ficelée, le dénouement complètement inattendu et diabolique.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Mardi 20 novembre 2007

Vila-Matas m’enchante avec son recueil Bartleby et compagnie. Je demeure très intriguée par l’histoire fantasmée de cette femme latino-américaine très cultivée qui n’est jamais parvenue à écrire son livre parce qu’elle était subjuguée par les influences littéraires de Robbe-Grillet puis de Barthes. Selon Vila-Matas, son amie possédait de nombreuses qualités littéraires dont une incroyable imagination. Elle s’était installée dans le quartier latin dans les années 1970 pensant que la présence des intellectuels et écrivains habitant le quartier l’aiderait à réaliser son projet d’écriture. Hélas, très vite, elle fut paralysée par une tendance littéraire fort à la mode à cette époque : « le chosisme » qui consiste à décrire les objets plutôt que de raconter une histoire. Au lieu de travailler dans son coin, elle a préféré s’installer au Flore et autres cafés de littérateurs. Au commencement, tout s’annonçait bien : elle avait établi un plan clair et précis, ses premières pages étaient fluides mais à partir du moment où son personnage commanda une eau minérale, son roman s’enlisa ! Elle voulu en effet s’inscrire dans le mouvement du chosisme en consacrant près de trente pages à la description de l’étiquette de la bouteille ! Après ce travail laborieux, elle resta bloquée, incapable d’écrire la moindre idée supplémentaire, d’avancer dans l’intrigue. Les mois passèrent pendant lesquels elle se consacra à la lecture de textes se réclamant du Nouveau Roman et particulièrement ceux de Robbe-Gillet. Avec un sourire au coin des lèvres, on se dit qu’elle aime bien les difficultés ! Elle se décida à reprendre son roman, tiraillée par le désir de raconter une histoire de façon traditionnelle et celui de suivre la mode, d’être réactive aux nouveaux mouvements littéraires. Elle ne voulait pas passer pour « une romancière ringarde et réactionnaire ». Elle opta donc pour l’écriture à la Robbe-Grillet. Son coup de grâce tomba lorsqu’elle découvrit les publications de la revue Tel Quel et qu’elle se mit à lire Par où commencer ? de Roland Barthes. Au lieu de rassurer l’auteur novice et de lui donner des conseils précis, ce texte ne fit que la perdre davantage. Elle ne comprenait rien de toute cette dialectique mais sentait que c’était très important et qu’elle ne pouvait passer outre si elle voulait vraiment écrire son roman. Mais ne parvenant pas à surmonter ses complexes, elle n’arriva jamais à mettre un point final à son roman qui demeura inachevé.

Je trouve cette histoire extraordinaire et reflète le parcours de personnes cultivées, aspirant à écrire mais bloquées par les études littéraires qu’elles ont menées, par le discours sur les livres actuels, les postures à adopter, les modes… Tout cela est stérile et vain certes mais si tentant !



Lecture : Bartleby et compagnie de Enrique Vila-Matas, 10/18

par Anne-Sophie publié dans : La littérature en question
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