Anne Sophie Demonchy
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Il y a quelque temps, j’ai reçu deux livres
de la part d’une petite maison d’éditions, JIGAL, établie à Marseille. La ligne éditoriale est claire : publier des polars du Sud, et en particulier de la cité phocéenne (et quelques livres
de musique).
J’ai donc reçu deux romans de Maurice Gouiran qui a reçu l’an dernier le prix Virtuel du Polar pour son 9ème roman, Sous les Pavés la rage. Il s’agit de Train bleu Train noir et de Putains de pauvres, publiés tous les deux cette année à six mois d’intervalle. Pour le moment j’ai lu le premier et je dois vous avouer que j’ai été bluffée.
J’ai un peu résisté pour entrer dans l’histoire, résistance due à ma conception de la littérature. Ce roman cumulait deux défauts à mes yeux : d’abord, le langage est trop oral, familier, ensuite, les narrateurs étant quatre hommes, je me sentais un peu exclue de leur vision du monde et surtout de leur humour. Mais, ces réticences se sont rapidement effacées pour laisser la place au plaisir du texte et surtout de l’intrigue.
L’histoire tarde à commencer et je craignais qu’elle ne se réduise à ce qui est écrit en quatrième de couverture : à cinquante ans d’intervalle deux trains quittent Marseille vers le nord. En 1943, le train noir achemine des milliers de Marseillais vers les camps ; en 1993, trois personnages, victimes de ce drame, se retrouvent dans un train bleu les menant en Allemagne. Ces trois "papy" reviennent sur les traces de leur passé pour comprendre pourquoi les vieux quartiers marseillais ont été détruits, anéantis. Très vite on comprend que les nazis ne sont pas les seuls responsables, les Français aussi ont voulu profiter de la situation politique pour nettoyer les bas-fonds de la ville. Mais, ce n’est qu’à partir de ce constat que l’histoire commence vraiment. Il est question d’Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale, à Marseille, d’amitié et de vengeance, car si le temps a passé, les quatre narrateurs, eux, n’ont pas oublié qu’à cause des « Boches », ils ont perdu femme, enfants et parents. Pas question de se réconforter en acceptant que les nazis n’ont accompli que leur boulot. Pas question non plus de croire que le temps a laissé la place à la paix et à la réconciliation. Ils se péraprent donc, ensemble, à commettre un crime : ils ont retrouvé les traces d'un nazi qui a tué leur famille.
Ce livre n’est pas léger, malgré ses apparences, et permet de poser des questions profondes sur le poids de l’Histoire, la vengeance, la responsabilité collective d’une Nation et individuelle.
Même si les textes sur cette partie tragique de l’Histoire sont légion, ce roman est avant tout un polar. Un meurtre se prépare… l’intrigue est bien ficelée, le dénouement complètement inattendu et diabolique.
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