Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Il y a quelques heures à peine, j’ai appris le décès de FP Mény, l’auteur de
Conquête du désastre (aux éditions Sulliver). FP Mény n’est guère connu du grand public. C’est un sans abri, un marginal. C’est la gendarmerie d’un village de Corrèze qui a
averti ce matin l’éditeur de sa mort. Son corps a été retrouvé dans une grange : il s’y était sans doute réfugié pour se protéger du mauvais temps. L’auteur avait 43 ans. J’ai relu le livre
avec un regard nouveau au vu de cette annonce. Conquête du désastre est un récit autobiographique mettant en scène le personnage FP Mény, sorte de vagabond
errant de ville en ville, à l’affût de rencontres littéraires et d’expositions. Contrairement à ce qu’on s’imagine, les SDF peuvent également avoir une vie culturelle riche. FP Mény en
l’occurrence est un grand lecteur, ce qui cause la surprise des organisateurs qui lui demandent s’il se trouve là par hasard ! Dans son livre, FP Mény fait notamment référence à Genet (un
marginal lui aussi), Michon, Pérec, Lautréamont, Rimbaud, Verlaine, Flaubert… Pourtant, il ne faut pas oublier ce qu’est la vie d’un SDF, et si FP Mény aime l’art et les lettres, il n’en est pas
moins un misérable :
« Tu vois c'est pas vraiment passionnant la vie d'un SDF, c’est toujours pareil en fait, moi je tiens parce que j’écris je lis et je me dis que t’en as bien d’autres qui s’emmerdent autant voire pire, alors je trouve que le plus important c’est d’être encore vivant ».
Et de poursuivre :
« c’est triste d’en arriver là, plus d’amours plus d’amis plus de sexe et pourtant quelque part au fond de moi, j’ai le sentiment que c’est ça, justement, que je suis plus près de la réalité si je suis tout seul et pas, tu comprends, j’aime pas faire la fêter alors je reste seul, je tiens aussi parce que j’ai eu des vies avant heureusement (…), je me disais que j’aimerais avoir un endroit au monde où rentrer chez moi, pas tant pour un logement, plus pour une terre, en fait, je me disais que je ferais mon alya si j’étais juif, je trouverais presque qu’ils ont de la chance d’avoir un endroit au monde qui les attend, moi j’ai rien ».
Je trouve ces lignes magnifiques parce qu’elles évoquent sans concession tout le désespoir d’un type qui n’a rien : pas de famille, pas de boulot, pas de toit. Rien. Et qui va crever comme ça un jour dans une grange, seul. Mais en même temps, il ne se plaint pas : puisque la société l’a rejeté, il n’en veut guère non plus. Il n’est pas prêt à courber l’échine pour plaire : son livre en est la preuve. Certains passages sont surréalistes, l’auteur divague, joue avec les mots, rebondit et par ricochet déroule ses phrases qui parfois sont absurdes, fantasques, insensées. D’autres pages au contraire sont très réalistes et relatent le quotidien d’un type rejeté parce qu’il pue, boit, vit en marge. Il raconte notamment sa rencontre avec une graphiste à un déjeuner qui a refusé de s’asseoir à côté de lui. Il rapporte également quelques anecdotes de son quotidien. Les astuces pour ne pas se faire repérer, ne pas attirer sur lui l’attention et éviter ainsi les histoires inutiles avec la police ou les bien-pensants.
C’est un texte très original, étrange, en marge de la République des lettres. FP Mény se moque des belles phrases. Il se laisse guider par son inspiration, invente des mots, lâche des vulgarités, non par provocation mais par conviction car selon lui « dans l’univers défloqué des culs blancs où des demi-penseurs côtoient des demi-mondains qui se prennent pour des demi-dieux
On préfère du vent bien ordonné à du propos mal fagoté ».
Le site de l'auteur : http://efpe.free.fr/
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