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Vendredi 27 juin 2008 5 27 /06 /Juin /2008 11:45

Voici un livre époustouflant dont j’ai fait un article pour le Magazine des livres. Je ne résiste pas à m’envie de l’évoquer ici tant il mérite qu’on le découvre. Il s’intitule Cortège des ombres, écrit par l’écrivain Julian Rios (publié chez Tristram).

 

Entre 1966 et 1968, l’écrivain espagnol, Julian Rios, a écrit son premier récit, Cortège des ombres, publié pour la première fois en 2008, en même temps en Espagne et en France. L’occasion ne s’est, selon l’auteur, pas présenté jusqu’alors pour publier ce texte parce qu’il craignait la censure (certains passages évoquent des scènes scabreuses) mais surtout parce qu’il a voulu se consacrer à son premier roman, qui lui accorda d’emblée une certaine notoriété, Larva (publié aux éditions Corti). Ce n’est finalement qu’en 2006, lors d’une rencontre avec son nouvel éditeur français, Tristram, que Le Cortège des ombres a été évoqué.

Dans ce texte, qui peut être lu à la fois comme une suite de nouvelles ou comme un roman aux récits multiples, se recoupant adroitement, l’auteur désire revivre mais surtout recréer son « pays des merveilles, de l’enfance et de l’adolescence, avec des ombres du passé parfois abominables ». On pénètre à Tamoga, une bourgade espagnole située de bord de mer, cernée par les eaux stagnantes des marécages dans lesquels certains personnages malheureux trouveront un point final à leur vie. Dans ce recueil magnifiquement mené, Julian Rios raconte avec ironie et humour noir la mort à venir de personnages hauts en couleur. Ainsi, dès le premier texte, le ton est donné : un voyageur de commerce semble s’être arrêté, un peu par hasard, à Tamoga pour s’y donner la mort. Mais après avoir mené une enquête auprès des différents habitants du village qui se révéla infructueuse, le médecin légiste prit conscience que « parce que s’il est difficile de vivre ici, cette ville, Tamoga, est bien meilleure qu’aucune autre pour y mourir ». Cette pensée se révélera juste : Tamoga semble être vouée à la mort.

Les personnages sont non seulement condamnés à mourir à la fin du récit qui leur est consacré, pire encore, ils sont environnés par ce cortège des ombres, sortes de fantômes du passé qui continuent à hanter leur existence. Ainsi cette pauvre Doňa Sacramento Andreini qui « passait sa vie à regarder de vieilles photographies de famille » et ne voulut plus sortir de sa maison depuis que son mari avait décidé de se suicider. Elle vécut ainsi, durant plusieurs générations, dans son « sanctuaire » à vénérer ses photos, seules compagnes de son existence morbide.

On est à la fois emporté par les histoires à l’humour noir et le style enlevé de Julian Rios qui dans « Palonzo » se plaît à créer de nouveaux mots, plus évocateurs : « choyaimer », « spamoison », « sanglothurlant »… Un texte tranche avec les autres : « La deuxième personne ». Les phrases sont amples et poétiques, l’accent est davantage mis sur la recherche stylistique plus que sur l’histoire : « Comment expliquer ceci, l’apesanteur, cette merveilleuse impression de légèreté et de liberté, quand on pénètre les ténèbres et que la nuit éclate en un souffle aveuglant de lumière et que dix mille millions d’étoiles s’éteignent, se fondent dans un frémissement de glace, et qu’une marée d’étincelles se dissout en une scintillation pendant que tu navigues à la dérive dans l’obscurité sans limites (…) ».

 Contrairement à ce que l’on pourrait croire d’emblée, ces textes indépendants sont étroitement liés et les anecdotes des uns et des autres se recoupent. Ainsi, si certaines allusions semblent obscures, elles trouveront une explication dans les pages suivantes. Finalement, Julian Rios veut raconter la vie de tout un bourg, son quotidien, ses drames et ses secrets. Il prend plaisir à décrire des personnages menant une existence banale, monotone et solitaire mais cachant de terribles secrets à l’instar de cet apothicaire qui a passé son existence à pleurer la perte de son épouse partie avec son neveu.

 

Publié dans : Vraiment bien !
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