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Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /Août /2008 12:53


La collection Exprim’ chez Sarbacane est née il y a près de deux ans et si la ligne éditoriale est très claire, « une littérature innovante, dynamique et ancrée dans le réel… », on distingue deux veines : la première est dite « urbaine » et puise son inspiration dans le hip-hop. Ce sont des romans noirs, avec un style et une langue percutants. La seconde est, selon les mots de l’éditeur, « plus féminine », moins violente au niveau de l’histoire comme des choix des mots. Gadji ! de Lucie Land est issue de cette veine.

 

Gadji ! est le nom que les Rroms (comprenez, les « bohémiens, [les] gypsies, [les] sales tsiganes) donnent aux étrangers, à ceux qui n’appartiennent pas à la communauté. Et précisément, gadji, est une appellation que la narratrice, Katarina, ne veut surtout pas endosser, elle qui a quitté sa famille, son pays, la Roumanie, pour rejoindre une cousine, en France, afin de réaliser son rêve : aller à l’école.

 

Ce premier roman est un conte initiatique où Katarina va apprendre à vivre, loin des siens, dans un environnement nouveau, pour se découvrir elle-même. L’auteur s’amuse à jouer avec les préjugés du lecteur à l’égard des Rroms : le Rrom est, comme chacun le sait, un voleur, un vagabond, un voyageur. Or, à chaque fois qu’il est question de larcin, la famille de Katarina est blanchie et mise hors de cause ! Quant à l’appellation « gens du voyage », tu parles, pour ce que j’avais voyagé, moi, dans ma vie ! »

 

L’auteur se plaît à décliner les caractéristiques des Rroms : la mère comme les frères de Katarina ne sont pas de fervents défenseurs de l’école : leur savoir viendrait du cœur, de l’intuition… Le père est un accordéoniste qui sillonne les routes pour jouer de la musique dans les mariages et autres cérémonies. Les Rroms vivent entre eux, dans des camps, les enfants aiment jouer près des décharges ou faire du tri d’ordures pour récupérer les objets pouvant être encore utiles. Ils ne vont pas à l’école, passent leurs journées à faire ce qu’ils désirent : « J’ai grandi comme on respire, sans trop y penser, sans qu’on pense trop à moi non plus, à part mon père ».

 

Le roman se distingue en deux parties très nettes : la première se passe en Roumanie. Katarina vit auprès de sa famille dans un camp. Elle décrit ses frères et ses parents comme des êtres attachants, aimant la musique et la danse, attachés aux traditions de la communauté. Cette partie, un peu longue, cède la place à la suivante qui se déroule en France, à Paris, chez la cousine Rrom qui vit avec un Gadji. Katarina s’installe chez eux, va à l’école, découvre un système qu’elle trouve annihilant, ne laissant aucun espace de liberté. Ces chapitres sont bien plus rythmés que la première partie et décrivent avec finesse et humour des scènes de racisme à l’égard des Rroms. Ils traitent également, en filigrane, de l’appartenance à une communauté, et abordent la question de l’identité.

 

En lisant Gadji !, j’ai mieux compris ce que Tibo Bérard insinue lorsqu’il évoque une veine « féminine ». Non seulement le narrateur est une fille, mais surtout les thèmes abordés et la manière de raconter l’histoire (les rapports parents – enfant notamment), témoignent d’une sensibilité qui peut être susceptible de plaire davantage à la gente féminine.

Publié dans : Sans intérêt
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