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Anne Sophie Demonchy
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Dimanche 31 août 2008
Dans un billet intitulé : « car le temps des mauvaises écritures est passé », paru le 29 août 2008, sur son blog, François Bon donne quelques « conseils aux jeunes littérateurs » et surtout aux blogueurs que nous sommes. Nous connaissons le travail de fond phénoménal que l’auteur mène sur Internet, et son ambitieuse entreprise de publie.net. Aujourd’hui, il s’insurge contre le traitement des romans qui font la rentrée littéraire. En effet, la presse s’occupera d’une petite centaine de romans qui feront l’actualité et les 500 autres passeront à la trappe. Aussi, François Bon nous interroge-t-il sur le rôle que nous avons à jouer, nous blogueurs, dans tout ce fatras…

 

La question est bien plus complexe qu’elle n’y paraît en réalité et recoupe d’une certaine manière celle que se posent les journalistes dans la presse ou la télévision… Les médias sont contraints, pour survivre (François Bon montre bien que les pages consacrées à la littérature dans Le Monde des Livres s’étiolent…), de traiter des livres qui deviendront des best-sellers, publiés chez de grands éditeurs qui payent des pages de pub dans ces mêmes journaux. Parfois, les journalistes se risquent à évoquer des auteurs tout à fait inconnus du grand public mais ceux-ci sont fondus dans la masse d’articles… Martine Laval, dans Télérama, s’est spécialisée également dans la critique de livres issus des maisons indépendantes et parce qu’elle est reconnue, et que son jugement est souvent juste, les lecteurs la suivent. Même phénomène avec Le Matricule des anges qui consacre la majeure partie de ses pages à des auteurs de qualité mais dont on fait peu écho ailleurs. Mais, cela a un prix…

 

En ce qui nous concerne, nous ne sommes pas contraints de traiter des livres dont tout le monde parle puisque nous ne sommes pas rémunérés… Pourtant, notre objectif est de survivre sur la toile et par conséquent, d’être lus.

 

J’ai ouvert mon blog il y a deux ans seulement et avant cela, je ne connaissais rien de cet univers, ni les sites littéraires, ni les forums… Rien. Je suis entrée en terre inconnue. Très vite, je me suis rendu compte que nous avions une très grande liberté d’expression, nous pouvions défendre des textes sans avoir la pression des grands médias. Et pourrant… Force est de constater que les lecteurs ont envie de connaître notre avis sur les livres qui font l’actualité. Je prends un exemple flagrant : Les Bienveillantes fut le grand roman de la rentrée 2006, le roman dont tous les médias ont parlé, qui a suscité moult débats et polémiques. Difficile de passer à côté. Dès mon premier billet sur le sujet, j’ai reçu des messages d’encouragements de la part d’éditeurs, de lecteurs. J’ai été reprise dans un magazine aux Etats-Unis (qui s’intéressait de près à Littell) et dans Le Nouvel Obs… Ces billets, et en particulier le premier, font encore aujourd’hui partie des cinq premiers billets lus sur mon blog depuis sa création !

 

Un autre exemple plus criant encore : chaque jour, je consulte les mots clés qui ont permis d’arriver sur mon blog. Les internautes, contrairement à ce que l’ont voudrait croire, sont très friands de Christine Angot et de son aventure avec Doc Gynéco… Nombre d’entre eux ont ainsi tapé des mots comme « Angot et son amant », « qui est l’amant d’Angot », « Angot et Pierre Jourde », « Angot / Naulleau »…

 

Je suis complètement François Bon quand il estime que les blogs doivent être un contre-pouvoir aux médias, mais j’ai une autre vision de la façon d’y accéder. Non seulement, c’est une évidence, nous devons défendre des auteurs trop peu connus et qui méritent de l’être, mais aussi traiter de l’actualité littéraire, d’une autre manière, moins conventionnelle, plus libre. Il serait enfin complètement stupide de suivre les tendances des médias, d’être de simples moutons sans nous faire notre propre avis sur les romans qui se déversent dans les librairies… Me concernant, je remercie quelques éditeurs qui me font confiance comme Quidam ou justement la collection que dirige François Bon au Seuil, « Déplacements », éditeurs qui proposent des livres très éloignés de ce qui s’écrit et surtout se publie aujourd’hui. Je sens certaines personnes sceptiques concernant le Seuil. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, certaines collections voire livres issus de maisons prestigieuses n’ont pas facilement accès aux médias réticents à des genres « moins accessibles » au grand public. Quant à Quidam… C’est une maison à suivre avec intérêt car elle prend de véritables risques en publiant des auteurs complètement inconnus et qui ont envie d’explorer le genre romanesque… La presse la suit. Un peu. Trop peu. Je pense à d’autres éditeurs que je suis (pour l’instant pour Le Magazine des Livres) comme L’Arbre vengeur, Anacharsis ou Tristram. J’écris des articles les concernant non pas sur mon blog mais pour le Magazine pour une raison simple : ces éditeurs préfèrent un article dans un canard plutôt que sur un blog même si je ne suis pas certaine qu’en terme de visibilité ils y gagnent toujours. Parce que j’aime leur travail, je respecte leur choix… mais cette position montre combien les éditeurs sont encore frileux à l’égard d’Internet et de son pouvoir prescripteur. Cela ne m’empêche pas de mettre en ligne, une fois le numéro indisponible en kiosque, ces fameux articles. N’oublions pas, enfin, que contrairement aux autres médias, nos blogs archivent instantanément tous nos billets qui restent consultables librement.

 

Publié dans : D'un blog à l'autre
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