Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy
@ hotmail.fr
Twitter : @asdemonchy
Parfois on se dit qu’il faut absolument lire tel ou tel livre, que si l’on
continue à laisser filer ainsi le temps, cela n’aura plus de sens et puis l’on passera à autre chose parce que la rentrée littéraire approche à grand pas et que l’on est déjà submergé…
L’Arbre d’ébène de Fadéla Hebbadj (éditions Buchet-Chastel) fait partie de ces romans parus en septembre dernier et dont on m’a dit le plus grand bien. Histoire d’un petit garçon,
Nasser, arrivé clandestinement en France avec sa mère et apprenant à s’émanciper…
L’Arbre d’ébène traite d’un sujet d’actualité : les sans-papiers et leur condition de vie en France… L’auteur utilise la voix d’un enfant de huit ans, Nasser, pour raconter le traumatisme qu’il a vécu lors de la traversée en bateau de fortune, aux côtés de sa mère, seule femme de l’équipage, de nombreuses fois violée par les hommes. Nasser, arrivé en France a trouvé un squat dans les beaux quartiers de Paris (rue de la Chaussée d’Antin. Mais contrairement aux autres enfants, il n’a pas le droit de circuler tranquillement dans la rue ou d’aller à l’école. Il est un clandestin…
Ce roman, au langage simple, dénonce notre société qui ne daigne pas prêter attention au problème de l’immigration si ce n’est d’un point de vue économique et non éthique. Nasser, lui, se moque de cette vision matérielle du problème, lui souhaite plus d’harmonie, de solidarité : l’Afrique lui manque car ce Continent lui apportait plus de soutien et de réconfort. Ici, rue de la Chaussée d’Antin, il a peur. Quand sa mère est hospitalisée après avoir fait un malaise, le médecin en profite pour appeler la police et la dénoncer ; quand il se retrouve seul à la gare du Nord, il assiste à des scènes de viol… Toutefois, si le problème économique n’est « pas le problème » de Nasser, les termes « riche », « confort », « frigo rempli » reviennent comme un leitmotiv… Et finissent par agacer.
Le problème de Nasser est de trouver à s’émanciper. Sa mère malade cherche à trouver un véritable logement pour elle et son fils. Souvent seul et livré à lui-même, Nasser rencontre une libraire qui lui donne à lire La Vie devant soi de Romain Gary. Ce livre a un véritable impact sur son destin puisque, comme Momo, il voudrait avoir le même lien affectif avec sa mère. Hélas «une mère donne la vie, mais elle donne aussi la peur et la mort.» Nasser doit donc s'émanciper de Mama et apprendre à devenir un homme dans ce milieu hostile.
Au final, on sort de ce livre en se demandant si Nasser parviendra à s’acclimater et à s’apaiser. Des réminiscences littéraires et cinématographiques surgissent : Romain Gary, Philippe Lioret, Fabrizio Gatti… Tous entrent en écho avec ce texte plus complexe qu’il n’y paraît, si l’on veut bien s’y attarder un peu.
Derniers Commentaires