Anne-Sophie Demonchy
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Liliana Lazar est l’auteur d’un premier roman très prometteur, Terre des Affranchis. C’est en juin dernier que j’ai eu la chance de l’interviewer autour d’un café dans une brasserie parisienne. Rencontre.
Votre roman se passe à Slobozia en Roumanie, village où vous avez passé votre enfance. En quoi Terre des Affranchis est-il un roman autobiographique ?
Je retranscris les lieux, l’atmosphère, les coutumes… Mais j’y mêle fiction et réalité. Comme dans mon roman, il existe un lac, qui n’a pas de nom, craint par les gens qui affirment qu’il ne faut pas s’en approcher. Il y a un mystère autour de ce lac. Il y a souvent du brouillard, quelque chose se dégage de ce lac qui se trouve en plein milieu de la forêt.
Dans mon village il y a bien eu des batailles avec les Turcs. Un monastère a été édifié suite à une victoire contre les Turcs. En Moldavie, il y avait de nombreuses guerres.
Dans mon roman, j’avais envie de mettre en contexte l’histoire, pour mettre le lecteur dans l’ambiance.
Ensuite, j’avais envie aussi de raconter tous les rituels propres à la Roumanie. Par exemple, les scènes d’enterrement sont réalistes. Quand quelqu’un meurt, il faut prendre garde de bien tuer les Moroï [les esprits].
J’ai entendu ces légendes tout au long de mon enfance par ma mère et ma grand-mère. J’ai été imprégnée de ces histoires.
Dans votre roman vous expliquez à la fois ce qui s’est passé sous Ceausescu et vous racontez une histoire merveilleuse (loup garou, fantômes, forêt magique, sorcier, monstres...), avec des légendes. Est-ce que vous vous sentez proche de ce que produisent les auteurs français ?
En effet, je ne voulais pas raconter une histoire franco-française et encore moins écrire un roman réaliste. Les légendes, le merveilleux sont très présents dans la vie quotidienne des Roumains. Mon roman est le reflet d’une réaliste, celle de mon village, même si aujourd’hui ça a beaucoup changé et que la génération actuelle n’a plus cet ancrage dans le passé. Mais les vieux de mon village, s’ils lisent ce livre, se reconnaîtront dans ces pages.
Aujourd’hui les gens sont moins superstitieux que ce que vous racontez dans le livre ?
Oui aujourd’hui les gens sont moins superstitieux parce que les traditions se perdent. Mais c’est encore d’actualité dans les villages.
Est-ce votre premier coup d’essai ou bien avez-vous publié d’autres textes précédemment ?
Non, c’est mon premier coup d’essai. J’avais bien sûr écrit quelques bouts de textes mais jamais rien d’abouti. D’ailleurs avant d’arriver en France, je ne pensais pas pouvoir être publiée. Je suis arrivée en France il y a bientôt treize ans et c’est vrai qu’ici j’ai compris que tout le monde avait sa chance alors qu’en Roumanie, j’avais l’impression que l’écriture appartenait à une élite. En France, j’ai senti une liberté.
Justement dans Terres des affranchis vous décrivez une Roumanie assez noire. Il y a beaucoup de pourris, de corrompus. Heureusement quelques personnages sortent du lot mais ils font figure d’exception.
En fait, le village est un lieu fermé. Je n’avais pas envie d’en donner une image aussi noire mais au fur et à mesure de l’écriture, mes personnages ont évolué. Même si j’avais préparé la trame du roman, j’ai fini par m’écarter de mon idée de départ.
Le Mal triomphe à la fin…
Oui et non, peut-être que Victor changera son destin. Je lui laisse encore une chance. On ne sait jamais…
Sans révéler la fin, Victor, véritable tueur en série, est toujours protégé par quelqu’un qui le soutien dans ses actes maléfiques.
Mais à la fin, je lui accorde une issue de secours. Peut-être que finalement, il fera le bon choix… C’est vrai que je n’aime pas les personnages négatifs marqués. Mais Victor est tellement fort que c’est lui qui mène l’histoire. Mais n’oublions pas l’ermite Daniel qui est le personnage positif par excellence… Il y a également le bon prêtre qui contrebalance le mauvais, le policier qui sous ses airs de petit fonctionnaire collaborant avec le régime, se pose des questions, il a un cheminement personnel. Eugénia la sœur de Victor est quelqu’un de bon et de droit, qui essaie de le protéger. Comme les gens vivent entre eux, il suffit qu’il y en ait un qui dirige le groupe pour que les autres le suivent. Quand le prêtre qui collabore au régime de Ceausescu arrive au village, il a des choses à cacher, pourtant les gens ne se posent pas de questions et suivent ses prêches et agissent de façon surprenante…
A ce sujet vous faites dire à l’un de vos personnages, « la démocratie c’est nous »…
Les gens n’ont pas l’information et l’éducation pour passer d’une dictature à une démocratie, ils ont l’impression que tout est permis. Ils ne craignent rien, font justice eux-mêmes…
C’est ce que vous avez montré également par rapport à la religion…
Je voulais surtout montrer que l’église abrite de bonnes et de mauvaises personnes. Elle est à l’image des gens qui la fréquentent. D’où mes deux prêtres antagonistes : l’un au service du Bien, l’autre du Mal. C’est l’administration qui a placé ce dernier prêtre dans ce village pour contrôler les gens. Il fallait miner l’église de l’intérieur. Comme ce sont des gens très isolés, ils ne se rencontrent qu’à de rares occasions, des fêtes ou à l’église le dimanche. Mais ils échangent peu. Pourtant, il y a beaucoup de choses qui arrivent de l’extérieur : un nouveau régime, un nouveau prêtre, l’ermite Daniel… Les gens se méfient des étrangers : Daniel serait un être maléfique puisqu’on ne sait pas d’où il vient. Il faut donc le faire partir ou le faire disparaître…
Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec la Roumanie ?
Ma famille habite encore là-bas, donc j’y retourne souvent. Je suis très nostalgique et très attachée à mon pays même si certaines choses ne me plaisent pas.
Avez-vous envie d’écrire un nouveau roman sur votre pays ?
Oui, j’ai vraiment envie de continuer à raconter l’histoire de mon pays. Dans ce premier livre, j’ai abordé beaucoup de thèmes et raconté les coutumes, l’atmosphère, l’Histoire pour permettre au lecteur de s’immerger dans le texte et de comprendre la mentalité des personnages.
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