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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /Fév /2007 16:08

André Bucher est un auteur atypique. Paysan, comme il aime se définir lui-même, il vit dans une ferme dans les montagnes au-dessus de Sisteron. Il y pratique l’agriculture biologique, et en hiver, seulement, lorsque la nature sommeille, il se consacre à l’écriture. En janvier est paru son quatrième roman : Déneiger le ciel (Sabine Wespieser).

L’auteur affirme qu’il s’est inspiré d’une de ses mésaventures qui lui est arrivée il y a quelques années : il est tombé en panne de tracteur en pleine nuit. Il a donc voulu raconter les angoisses et la terreur que l’on peut éprouver seul, la nuit, dans la neige et le froid.

C’est donc David, soixante ans, qui vit cette expérience le 23 décembre. Pour la première fois, il décide de ne pas déneiger la commune. Il doit venir en aide à deux amis coincés par la neige. Son tracteur en panne, il va les rejoindre à pied. C’est le point de départ d’une histoire onirique. David traverse les forêts en dansant et en chantant des airs de jazz, de blues et de rock’n roll tandis que les souvenirs l’assaillent. Il repense à sa femme morte de nombreuses années auparavant, à la fille de Muriel, qui a disparu de façon énigmatique, à sa fille qui a décidé de divorcer.

David, dans son errance, réfléchit à sa condition humaine.

La nature se métamorphose sous ses yeux : « puis le silence, cloué à terre, comme une réticence, pensé et obstiné. Un silence blanc à perte de vue dont il aurait aimé jaillir puis s’envoler. Même la nuit lui paraissait nue ». La vie devient un songe : « le souvenir [d’un être cher]  s’altère davantage au fil du temps. Alors, ce qui correspondait à la réalité d’une personne vivante se transforme en imagerie ou en ombre ». A un autre endroit, David se dit qu’ « on joue toujours la même scène. Sans spectateur ». S’il est vrai que les références à Giono sont claires dans cette célébration de la nature, celles de Shakespeare dominent. En effet, dans Songe d’une nuit d’été les valeurs sont inversées : le rêve devient réalité, la féerie plane dans la forêt magique. Bucher reprend le thème baroque de la vie vécue comme une pièce de théâtre où les hommes ne sont que des comédiens jouant le rôle de leur personnage. Mais l’évocation shakespearienne est perceptible également dans le souvenir qu’a David de la jeune fille perdue, Martine. En effet, celle-ci a fui le village à 17 ans, sans explication. Les recherches ont été infructueuses et l’affaire classée. Mais cette nuit-là, David pense à elle et imagine qu’elle s’est sans doute noyée dans la rivière, comme Ophélie, la sœur d’Hamlet : « le regard perdu dans l’onde, il fixait les remous d’un tourbillon sous l’arche du pont. Il vit alors la tête de Martine sortir de l’écume ébouriffant sa chevelure, ensuite les épaules et les hanches monter puis descendre, et enfin le ruisseau devenir rivière s’éloigner entre ses jambes ».

Ce texte est à la fois poétique et musical, les mots sont choisis avec soin, la cadence des phrases est mesurée : « Les fidèles, en rangs d’oignons, munis de cannes à pêche, accoudés au bar comme à un bastingage. Pas encore endormis non, juste anesthésiés, dans un rêve de saumons et de truites, que l’on pêche comme des idées. La rivière en contrebas s’élançant vers la mer intriguée. Et enfin le ciel au matin s’approchant de l’agora avec un drap bleu supplémentaire pour enlacer leurs épaules ».

Publié dans : Vraiment bien !
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