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Anne Sophie Demonchy
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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 19:54

Vendredi soir, j’ai écouté Du jour au lendemain sur France Culture : André Schiffrin était l’invité d’Alain Veinstein, à l’occasion de la sortie de son autobiographie, Allers retours, Paris-New York, un itinéraire politique (Liana Levi). C’était très intéressant : dans la première partie de l’entretien, Schiffrin est revenu sur sa conception de l’édition développée dès 1999 dans son essai qui a fait date, L’Edition sans éditeurs. Certains lui avaient reproché d’avoir été trop pessimiste lorsqu’il dénonçait le monopole des grands groupes éditoriaux. Huit ans ont passé et finalement, il estime avoir été encore trop optimiste : « à l’époque, je voyais, comme tout le monde ici, qu’il y avait l’exception culturelle française. Il y avait bien deux grands groupes qui contrôlaient 2/3 de l’édition mais il y avait quatre grandes maisons indépendantes… et depuis bien des choses ont changé ». En effet, tandis qu’il y avait une sorte de d’équilibre qui prévalait : des livres qui se vendaient bien permettaient de financer les autres, aujourd’hui, certains groupes veulent que chaque livre soit rentable. Ce fut notamment l’objectif d’Hervé de La Martinière lorsqu’il a racheté Le Seuil en 2004. Pour Schiffrin, « c’est la mort dans l’âme de l’édition si on veut que chaque livre soit rentable » : les premiers livres de Kafka se sont vendu en Allemagne entre 500 et 800 exemplaires ! Les idées innovantes, originales ne font pas obligatoirement vendre. Schiffrin en vient même à dénoncer l’autocensure des maisons d’édition qui ne veulent pas prendre de risques.

 

Le métier d’éditeur aurait donc changé. Il serait moins intellectuel mais plus commercial : « dans tous nos pays occidentaux que ce soit les Etats-Unis, l’Angleterre ou la France, au 20ème siècle, on s’attendait à une rentabilité de 3% pour les maisons les plus commerciales et les plus intellectuelles. Maintenant, les grands groupes veulent 10% sinon 20 voire 30% et ça change entièrement le catalogue (…). Ca veut donc dire que beaucoup de livres vont disparaître ». Et Schiffrin de poursuivre, indigné : « c’est la première fois dans l’industrie du monde que les idées sont jugées par leur rentabilité plutôt que par leur intérêt ». Il dénonce ainsi les grands groupes comme Hachette-Lagardère qui possèdent à la fois télévision, radio, presse, armement et diffusion : « les gens qui contrôlent la diffusion contrôlent tout ». Face à cette surpuissance des grands groupes ; les petites maisons peinent à résister : elles n’ont pas la même visibilité et n’ont pas le même accès dans les librairies.

 

Néanmoins, si Schiffrin défend les petites maisons d’édition, il remarque qu’elles n’ont plus ne prennent pas de risque et que les livres qui ne sont pas publiés par les grands groupes ne le pas toujours par les petites car pour prendre des risques, « il faut de l’argent, il faut de la diffusion et il faut du temps ». Les éditions Le Temps qu’il fait en savent quelque chose. Elles traversent une crise financière très grave et lancent un appel :

 

« Quelques années après l'incendie de l'entrepôt de notre distributeur Les Belles Lettres qui nous avait valu un formidable élan de solidarité, Le temps qu'il fait est à nouveau en grande difficulté.

 

Nous traversons en effet une tempête sans précédent, dont nous craignons fort qu'elle nous soit fatale : après notre changement de distributeur à l'automne, nous avons été contraints l'hiver dernier de renoncer aux activités de l'imprimerie et, comble de malchance, nous enregistrons chez notre nouveau distributeur CDE/SODIS un taux de retour record, auquel notre petite économie ne saurait survivre bien longtemps.

 

Après bien des hésitations liées à notre désir de réserve et surtout à notre volonté farouche de tout tenter pour trouver les solutions dans notre travail d'abord, nous nous décidons à vous informer de ces difficultés et à venir une nouvelle fois vous demander votre soutien.

 

Bien sûr, la meilleure aide que vous puissiez nous apporter consiste avant tout à acheter les livres du Temps qu'il fait, pour vous, vos parents, vos amis…

 

En vous remerciant d'avance de votre amitié et de votre fidélité. »

 

Georges Monti - Marie Claude Rossard

 

Publié dans : Polémiques
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