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Anne Sophie Demonchy
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 15:02

Alex Cousseau est breton. Après avoir exercé différents métiers, dont enseignant de cinéma, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il est l’auteur de nombreux romans jeunesse, dont Je suis le chapeau (Rouergue éditions). Habitant donc, loin de la capitale, Alex Cousseau a accepté de répondre à mes questions par mail. Et je l’en remercie…  

 

Comment vous est venue l'idée d'un roman sur le Grand-Nord et la figure de Knud Rasmussen ?

Après avoir écrit plusieurs romans plutôt intimistes, toujours situés ici et maintenant, j'avais envie d'aller voir ailleurs, un pays et une époque que je ne connais pas. J'ai toujours été attiré par les pays du nord, et c'était pour moi un moyen d'aller au Groenland et au Canada sans payer de billet d'avion !

En fait, le Groënland s'est imposé aussi suite à des lectures "ethnologiques" et "humanistes" (Paul-Emile Victor, Jean Malaurie, pour ne citer qu'eux). J'ai alors entendu parler de Knud Rasmussen. C'était assez frustrant, parce que je n'ai pas trouvé de livre de lui traduit, seulement des extraits. Mais ça en faisait aussi pour moi un personnage mystérieux, inapprochable. D'où l'idée que mes personnages lui courent après sans jamais l'atteindre...

 

 

Vous avez été prof de cinéma... C'est donc sans doute pour cette raison que Je suis le chapeau est très centré sur Nanouk, l'Esquimau. Cependant, le lecteur peut être frustré de ne pas retrouver d'annexe sur le sujet à la fin du livre. Pourquoi avoir délaissé ce sujet en annexe ?

L'idée d'intégrer le film "Nanook"(qui date de 1922) m'est venue au moment où la période (les années 1920) s'est imposée dans mon roman. J'aime bien écrire sur des "passages", des "basculements", et pour le Groënland, ces années-là sont importantes, il y a un avant et un après, pour plein de raisons (identitaires, politiques, économiques, religieuses...) qui, je crois, sont évoquées ou rapidement expliquées dans le roman. Maintenant, c'est vrai qu'il y aurait pu avoir plein d'annexes "pédagogiques" en fin de livre (pas seulement sur le film "Nanook", mais sur le Grand Nord en général). En même temps, mon livre n'est qu'un modeste roman, une fiction, et ce qui m'intéresse le plus chez ce peuple (comme chez n'importe quel peuple) ou dans ce film (comme dans n'importe quel film), c'est son imaginaire. J'ai modestement essayé de mélanger tous ces imaginaires au mien...

 

 

Et Knud Rasmussen...

Et même réponse ! Sans compter qu'encore une fois, je connais très peu de choses sur Knud Rasmussen, que je n'ai jamais lu ses livres, et même pas vu le film qu'il a co-réalisé ("Les noces de Palo") ! J'aurais été bien prétentieux de jouer au savant dans des annexes ! Au contraire, je voulais des annexes "décalées" (et courtes), avec lesquelles le lecteur peut s'interroger sur "ce qui est vrai et ce qui est faux" dans le livre. Ma réponse, c'est qu'il n'y a pas grand-chose de vrai, et pas grand-chose de faux !

 

 

Souvent, vos héros ont un handicap. Ici, Wanda est muette. Est-ce à partir de cette "contrainte" que vous imaginez vos personnages et surtout l'intrigue ?

C'est vrai qu'avant d'arriver au Groënland, j'avais déjà pensé le personnage de Wanda, que je voyais jeune, sauvage, muette, et têtue. Je l'avais d'abord fait naître dans un lieu imaginaire, une petite île qui n'existe pas, au milieu du Pacifique. Même si beaucoup de mes personnages ne sont pas très bavards (je ne le suis pas moi-même, heureusement que cette interview est écrite !), le fait que Wanda soit muette me plaît bien, à l'époque du cinéma muet. Je ne crois pas que l'intrigue soit venue de ce mutisme, mais ça a pu y contribuer. J'aime bien l'idée qu'il y a des choses qui ne s'expliquent pas. Wanda ne peut pas s'expliquer (ou difficilement !), puisqu'elle est muette.

 

 

Vous écrivez des romans pour la jeunesse... Pourquoi avoir fait ce choix ?

J'écris ce que je peux. Je fais assez peu de choix, j'aime bien me laisser porter par la vie, et là il se trouve que je me suis laissé porté par l'écriture pour la jeunesse (romans et albums). Petite précision quand même, premièrement mes "romans pour la jeunesse" s'adressent aussi aux adultes, et deuxièmement j'écris aussi des textes plus "adultes" (surtout des nouvelles), mais aucun éditeur n'en veut, il paraît que "ça ne se vendrait pas". Il ne faut pas oublier ça : les éditeurs ne sont pas là pour publier les textes qu'ils aiment, mais pour publier les textes qu'ils aiment qui ont a priori une chance de se vendre.

 

 

 N'avez-vous pas envie d'écrire pour les adultes ? Quelle différence établissez-vous entre la "littérature jeunesse" et la "littérature adulte" ?

J'ai déjà un peu répondu... J'ai juste envie d'essayer d'écrire pour tous, et de parler à tous, pas comme ces nombreux adultes qui à table parlent "entre adultes", et de temps en temps s'adressent aux enfants, mais toujours de façon moraliste, ou alors niaisement. Pour moi "littérature jeunesse" et "littérature adulte" ne signifient pas grand-chose. Pas plus que 'littérature" tout court. Pas plus que "jeunesse" ou "adulte" tout court. D'après moi ce sont des tiroirs dans lesquels la plupart des gens ne rentrent pas. C'est juste plus pratique pour ranger, mais j'aime bien le désordre !

 

 

Quelles sont les influences littéraires ou culturelles qui nourrissent votre imaginaire ?

Il y en a beaucoup, et de très diverses... Mais pour ce livre en particulier, j'ai envie de dire que les plus évidentes sont celles de la fin de mon adolescence ou de mes vingt ans : le cinéma muet (l'étrange, le mystérieux), le burlesque (le comique, la poésie et la tristesse de Buster Keaton, par exemple, ou de Boris Vian), les grands romans d'aventure (piraterie et compagnie), mais aussi tout ce qui s'intéresse aux gens, ce que j'ai envie d'appeler "poésie documentaire" (qu'il s'agisse d'un film, d'un livre ethnologique, ou même d'un livre philosophique). Je viens de lire la "Lettre à un adolescent sur le bonheur", de Franco Ferrucci, et outre que c'est un livre remarquable qu'on devrait lire à n'importe quel âge, je ne peux pas m'empêcher de penser que mes personnages, Wanda et Oukiok, l'ont certainement lu avant moi ! En parcourant la planète à la recherche du propriétaire d'un mystérieux chapeau, ils se posent tout simplement la seule question valable, celle savoir de qui ils sont, à quoi ils servent, et quelle place ils ont dans ce monde.

 

Publié dans : Interviews
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