Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy
@ hotmail.fr
Twitter : @asdemonchy
Il y a deux ans déjà,
Jérôme Lafargue publiait un extraordinaire premier roman : L’Ami
Butler. Il revient en cette rentrée littéraire avec un nouvel opus, très
différent : Dans les ombres sylvestres (éditions
Quidam).
Audric, le narrateur, appartient à une famille étrange et dès le commencement admet qu’ « il est difficile de se faire une place dans le monde lorsque l’on est arrière-petit-fils
d’un occultiste aux pouvoirs effrayants, le petit-fils d’un aviateur lunatique et le fils d’un surfeur de légende ». L’histoire de sa famille commence le 2 janvier 1905, jour où
l’arrière-grand-père, Elébotham Gueudespin (nom aussi mystérieux et glauque que son propriétaire) décide de trancher la gorge d’un inconnu. Cet acte tragique ne l’émeut pas, bien au
contraire : « Elébotham se sentait bien plus qu’un homme : ses yeux et sa sérénité d’elfe sauvage faisaient de lui un hybride dans un monde qui ne restituait guère plus que des
épaves en guise d’individus ». Loin d’être poursuivi pour son meurtre, Elébotham peut vaquer à sa guise et vivre en toute liberté. Il décide de s’installer dans le village isolé de Cluquet,
coincé entre l’océan et le Bois du Loup Gris pour y mener une existence paisible parmi les villageois qui le craignent autant qu’ils l’admirent pour ses dons de magicien.
Elébotham disparaît pourtant au cours de la Première guerre mondiale, laissant une veuve et un orphelin qui deviendra aviateur et aura lui-même un fils, Jaguen, maître non de la forêt comme son
grand-père mais de l’océan. Jaguen meurt à son tour laissant son fils de 17 ans, Audric, orphelin. Celui-ci ne possède a priori aucun don, contrairement à ses aïeux.
Dans les ombres sylvestres est sous le signe du roman de SF :
Santiago de l’écrivain Mike Resnick. Audric est persuadé que ce livre l’influence et que sa famille est maudite. Ne parvenant pas à assumer son héritage, il
demeure prisonnier de son passé. Le surnaturel se mêle au réel et les vérités s’effondrent… Audric tente de percevoir le monde au-delà des évidences.
Parce que le monde de la forêt est le lieu par excellence du merveilleux, Jérôme Lafargue lui attribue un rôle effrayant et enchanteur. La première partie du roman se concentre sur ce Bois du
Loup gris : « nous partions de la maison tôt le matin, longeant la crête de la dune pendant quelques minutes avant de plonger sur le bois, qui s’ouvrait par un chemin de sable où
parfois affleurait un peu d’herbe. Encore couverts de rosée, des ajoncs, des genêts et des chênes morts encadraient les premiers mètres, avec l’océan en bruit de fond (…) »
Dans les ombres sylvestres offre une véritable réflexion sur le poids de l’héritage familial. Audric, particulièrement sensible, se sent inférieur à ses aïeux qui possédaient tous un don pour la magie, l’aviation ou le surf, et régnaient sur l’océan ou la forêt. Pourtant ce roman est loin d’être pessimiste car il montre le cheminement intellectuel et sentimental d’un personnage qui parvient à se détacher de son fardeau et affronter son propre destin. Dans les ombres sylvestres envoûte, pour longtemps. Jérôme Lafargue est décidément un auteur prometteur !
Dans les ombres sylvestres, Jérôme Lafargue, éditions Quidam, 185 p., 16€
Derniers Commentaires