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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 21:52

thierry-jonquet.jpg Jusqu’alors, je n’avais pas lu un seul roman de Thierry Jonquet. Peu friande de polars ou plus exactement me laissant peu aller à ce genre, je n’avais pas eu le loisir de découvrir cet auteur mort il y a bientôt deux ans des suites d’une crise d’épilepsie. Thierry Jonquet fait partie des grands noms du roman noir. Ayant exercé de nombreuses professions, il s’inspire de ses différentes expériences comme terreau de ses histoires.

 

C’est ainsi qu’il est momentanément ergothérapeute dans un centre de gériatrie à Draveil, en Île-de-France. De ce travail auprès des personnages âgées, il écrit Le Bal des débris (Librio), les débris étant, vous l’aurez bien compris, les vieillards de l’hospice !

 

L’histoire se déroule donc dans un centre hospitalier pour vieux. Le personnage central, Frédéric, exerce un métier inintéressant : il est chargé de pousser des chariots entre le service de rééducation et celui d’ergothérapie. Son existence est peu reluisante… Aucun avenir ne s’offre à lui sinon la permanence au bureau de la CGT, poste que lui propose sa femme militante. Sa vie morne et sans relief prend fin le jour où un patient moins vieux que les autres est hospitalisé : Alphonse Lepointre qui se trouve être un ancien truand. Les deux hommes sympathisent très vite au point de comploter un hold-up au sein de l’hôpital : une vieille femme réside sous surveillance. Persuadés qu’elle possède du bien, les deux lascars imaginent un plan pour le lui piquer. Je ne vais pas vous raconter la suite mais sachez qu’elle sera riche en rebondissements.

 

le-bal-des-debris.jpgCe qui m’a séduit dans ce roman, c’est moins l’histoire de ces deux bras cassés qui peinent à dépouiller la vieille que la gouaille et l’humour indéniables de Jonquet. Alors qu’il décrit un univers glauque, triste à pleurer avec des personnages sans éthique, l’humour – noir – affleure à chaque page. On ne peut s’empêcher de rire de la bêtise de ces personnages, de leur maladresse, de leur manque d’organisation… Et puis, le style, familier, argotique et nerveux, ne peut laisser indifférent. Particulièrement ancré dans la langue contemporaine – celle des années 1980 – quelques expressions autrefois très usitées le sont moins aujourd’hui. Je me demande si l’on prendra le même plaisir à lire ce roman dans quelque temps, lorsque celles-ci auront complètement disparu de notre langage.

 

Enfin, Jonquet qui a donc vécu l’expérience de la gériatrie, prend un plaisir certain à décrire cette réalité pénible et cruelle… Les vieux y sont dépeints avec force détails. Certains n’apprécieront pas ce qui pourrait passer pour de la moquerie, mais les lecteurs de B.S. Johnson et son RAS infirmière chef, reconnaîtront l’humour qui caractérisent ces auteurs face à ce sujet si difficile : évoquer ces vieux, c’est évoquer la mort qui approche, inéluctablement. Par le rire, Jonquet exorcise la mort, la tient à distance. Pour notre plus grand plaisir.

Publié dans : Au hasard de ma bibliothèque
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